Natalie Dessay, Philippe Cassard, et Debussy

Rencontre | LEMONDE | 25.02.12 | 18h28

La parution d’un disque de mélodies de Claude Debussy par Natalie Dessay, accompagnée par le pianiste Philippe Cassard (dont deux volumes de musique de piano et de piano à quatre mains du compositeur français paraissent dans le même temps chez Decca), constitue une double aubaine : c’est la première fois que la soprano se lance, au disque et au concert (notamment à Paris, le 26 février, à la Salle Pleyel), dans ce répertoire ; cet enregistrement propose, en première gravure mondiale, quatre mélodies inédites de jeunesse.

Il serait exagéré de dire que ces pages sont des oeuvres essentielles dans le catalogue vocal de Debussy, mais elles offrent pourtant, au-delà de leur charme frais et capricant, de vraies qualités musicales et musicologiques : « La mélodie Les Elfes est une incroyable ballade fantastique (on sait Debussy amateur des Histoires extraordinaires d’Edgar Poe traduites par Baudelaire), avec longue introduction du piano, récit légendaire, chevauchée nocturne avec une citation quasi textuelle du leitmotiv des Walkyries », précise le pianiste, qui prépare pour Actes Sud un essai consacré à Debussy. « Ce qui atteste que le jeune compositeur avait pu entendre beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’à maintenant l’opéra de Wagner, peut-être joué par un de ses amis dans la réduction pour piano de Félix Mottl, le chef de chant attitré de Bayreuth. »

Natalie Dessay est moins enthousiaste quant à cette mélodie de quelque sept minutes : «  Les Elfes n’est pas celle que je préfère : elle est très longue, fatigante, avec des ruptures de ton, des bizarreries, ça sent parfois l’exercice de style », dit-elle, avec sa franchise coutumière, avant d’ajouter : « Et quelle difficulté ! » Mais la soprano reconnaît les avoir aimées d’emblée : « Surtout Le Matelot qui tombe à l’eau et L’Archet. La première, c’est juste une vignette, le « plouf ! » du marin, la lune, quelques notes de musique, et déjà des dissonances assez culottées. »

Ces manuscrits inédits ont une histoire peu banale, que raconte avec délice Philippe Cassard : « Une spectatrice assidue des enregistrements publics de mes émissions à France Musique m’a un jour fait don d’une dizaine de manuscrits de mélodies de jeunesse de Debussy. Son aïeul, organiste, l’avait fréquenté à la classe de César Franck. Un ami commun, fortuné, compositeur amateur, Henri Kunkelman, retrouve Debussy à Bayreuth, il aide probablement ce jeune compositeur sans le sou, ce qui lui vaut d’être remercié par des manuscrits de mélodies. A la veille de sa mort, Kunkelman les lègue au grand-père de ma bienfaitrice. »

Le musicologue Denis Herlin, qui dirige la monumentale édition Durand-Costallat de l’oeuvre intégrale de Debussy, a réalisé un travail considérable de mise au net de ces manuscrits. « Il a reconstitué l’itinéraire et l’histoire de ces pages inconnues en détective digne de Sherlock Holmes « , se souvient le pianiste. « Et accompli un travail de fourmi sur l’écriture en pattes de mouche de Debussy ! »

Natalie Dessay n’a pas été facilement convaincue par la perspective d’enregistrer ces mélodies et de les donner en concert, un exercice dont elle est peu familière : « J’ai chanté Lieder et mélodies avec le pianiste Ruben Lifschitz jusqu’à la fin des années 1990, mais ce genre m’a toujours laissée insatisfaite par rapport au plaisir du jeu et du spectacle à l’opéra « , confie la soprano. « L’idée de me retrouver à nu, sans les décors, les costumes, les partenaires et les répliques, dont je suis si coutumière sur les scènes lyriques, ne m’enchantait guère… » Mais Natalie Dessay, qui n’aime plus guère les rôles de soprano colorature auxquels sa voix la prédestinait, avait décidé, en 2009, au Theater an der Wien, en Autriche, d’ajouter celui de Mélisande, de Pelléas et Mélisande, à son répertoire.

« J’ai ainsi pu entrer de plain-pied dans l’univers debussyste« , explique-t-elle. « J’ai une vénération pour cet opéra. » Dessay étant Dessay, une sorte d’anti- diva, ce n’est évidemment pas pour la seule beauté énigmatique du rôle qu’elle l’apprend : « Je ne crois pas qu’un seul autre compositeur ait écrit une partition d’orchestre aussi sublime, à chaque note, chaque seconde. Peut-être n’ai-je appris ce rôle que pour entendre cet orchestre près de moi. »

Cassard, avec son enthousiasme communicatif, résume sa collaboration avec la soprano : « Travailler ce répertoire aux côtés de Natalie a été un vrai régal pour moi. J’entends enfin un Debussy juvénile, gracieux mais simple et franc, empli de douceur et de flamme amoureuse. J’ai essayé d’adapter mon jeu à cette voix claire et intense, aux pianissimi frémissants. Il ne faut pas forcer, mais être souple dans la sonorité, avec des basses douces mais présentes. »

Selon lui, Dessay ne joue pas à la cantatrice mais « rapproche son style d’interprétation de la meilleure chanson française, à l’opposé du caractère guindé, bourgeois, artificiel dont cette musique a été affublée pendant des générations. La classe, l’élégance ne sont pas pour elle une posture à rechercher, mais un état d’esprit parfaitement naturel. »

Même son de cloche du côté de la chanteuse : « Le travail avec Philippe s’est réparti sur un an, entre les productions d’opéra auxquelles je participais. Chez l’un, chez l’autre. On s’est tout de suite bien entendu, on partage des goûts communs, la bonne cuisine, la politique, la série « Columbo », le thé vert, la chanson française, et l’amour du cirque (mais lui ne pratique pas !). Il y a eu un échange constant, des idées partagées sans jamais la moindre anicroche, et je crois que cette complicité s’entend dans le disque et se vérifie encore plus au concert. »

Dessay, prudente, toujours pétrie de doutes, ce qui est partie importante de son charme inquiet, confie de surcroît, à propos du concert qu’ils viennent de donner ensemble à Montpellier : « Philippe et moi y faisions nos débuts, je crois que j’ai trouvé cette confiance que je cherchais, j’ai eu du plaisir à chanter, à incarner les textes de ces mélodies et à les offrir au public. » Et d’ajouter, presque étonnée de sa propre audace : « Philippe et moi parlons même d’élargir notre répertoire à des Lieder allemands, c’est dire ! »


Mélodies de Debussy, Chausson, Chabrier, Duparc, pièces pour piano de Debussy (« Clair de lune ») et Fauré (« 4e Nocturne »). Par Natalie Dessay (soprano), Philippe Cassard (piano), Salle Pleyel, 252, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e, M° Ternes, le 26 février à 16 heures. Tél. : 01-42-56-13-13. De 10 € à 110 €.

« Clair de lune : mélodies de Claude Debussy ». Par Natalie Dessay (soprano), Philippe Cassard (piano). 1 CD Virgin Classics.

Renaud Machart

Hygiène et santé publique du temps de Mozart.

Hygiène, santé publique et lutte contre les maladies

Ce thème comprend Trois dossiers :

– Dossier I. La Médecine du temps de Mozart
Dossier II. Hygiène et Santé publique du temps de Mozart. Dossier ci-joint
Dossier III. Le savoir médical du temps de Mozart

Au XVIIème siècle, siècle de raison, Descartes postule alors que tous les hommes sont également raisonnables, et adopte la raison comme base de sa philosophie . Selon lui , il ne faut « jamais laisser une question sans réponse » mais « réfléchir sur chaque sujet » [1].

Le XIXème siècle verra, quant à lui, l’émergence des idées de santé publique et d’hygiènisme, avec l’arrivée massive des populations rurales vers les agglomérations urbaines, due à l’essor de l’industrie.

Hygiène individuelle et publique [2] [3] [4]

Au début du 18ème siècle, la propreté et l’hygiène ne font pas partie des préoccupations de la population des villes et des campagnes. On ne fait alors aucune relation entre la maladie et la propreté du corps, les usages domestiques ou la qualité des aliments. Néanmoins, on a la notion de ce qui est salutaire, et ce qui est nuisible.

Au début du XVIIIème siècle, les bains, autrefois largement utilisés, ne se pratiquent plus. On ne fait sa toilette que pour des occasions exceptionnelles. L’emploi du savon et de l’eau est jugé dangereux, l’eau risquant de pénétrer dans le corps et d’y provoquer des effets néfastes. Contre les odeurs, on utilise les parfums. [5] [6]

Dans les villes, les habitants vivent dans des conditions d’hygiène déplorables. Personne ne respecte les règles de salubrité, pourtant établies depuis le XVIème siècle dans certaines villes françaises. N’oublions pas que chez les plus pauvres, des dizaines de personnes s’entassent parfois dans quelques mètres carrés d’habitation, vivant dans des conditions d’hygiène déplorables ou les maladies contagieuses n’épargnent personne. [2]

Les propriétaires aménagent parfois dans leur maison un lieu d’aisance [6] que la famille Mozart, de passage à Paris, découvre :

« Avez-vous déjà entendu parler de cabinet d’aisance anglais ? – On en trouve ici dans presque tous les hôtels particuliers. Des deux cotés, il y a des conduites d’eau que l’on peut ouvrir après s’être exécuté ; l’une envoie l’eau vers le bas, l’autre, dont l’eau peut être chaude, l’envoie vers le haut. Je ne sais comment mieux vous expliquer cela avec des mots polis et bienséants, je vous laisse le soin d’imaginer le reste ou de me poser des questions lorsque je serai de retour. Ces cabinets sont en outre les plus beaux qu’on puisse imaginer. Généralement, les murs et le sol sont en majolique, à la hollandaise ; à certains endroits construits à cet usage, qui sont soit laqués en blanc, ou en marbre blanc ou même en albâtre, se trouveni les pots de chambre de la porcelaine la plus fine et dont le bord est doré, à d’autres endroits il y a des verres remplis d’eau agréablement parfumée et aussi de gros pots de porcelaine remplis d’herbes odorantes ; on y trouve aussi généralement un joli canapé, je pense pour le cas d’un évanouissement soudain. » [7]

Mais les locataires utilisent plutôt pour leurs besoins naturels des chaises percées ou des pots de chambre, dont ils jettent le contenu par la fenêtre ou dans une fosse prévue à cet effet. De même, l’âtre de la cheminée sert couramment d’urinoir. Le prix de l’eau est très élevé, et on doit donc précieusement l’économiser. On se lave donc à- plusieurs dans la même bassine ou la même casserole qui sert ensuite à préparer le repas. Certaines maisons aristocratiques sont équipées d’un cabinet de toilette, rarement d’une baignoire.

Les bains publics, que seuls quelques privilégiés peuvent fréquenter, sont peu nombreux. [6]

Les pâtés de maisons sont entourés de ruisseaux ou d’égouts ou stagnent des eaux putrides et nauséabondes. Les caniveaux véhiculent des immondices. Les trottoirs n’existent pas, et seules quelques rues sont pavées. [2] Les denrées « fraîches » achetées chez les commerçants sont souvent pourries. Les tas de fumier s’amoncellent dans les rues.

La santé du nourrisson [8] [9] laisse aussi à désirer. Au XVIIIème siècle, l’alimentation au sein reste une nécessité vitale pour l’enfant, mais les nourrices, issues des couches les plus pauvres de la population, négligent souvent l’enfant ou sont elles-mêmes porteuses de maladies. De nombreux nourrissons et enfants abandonnés sont également confiés à des nourrices, à la campagne. Le voyage pour rejoindre ces nourrices est parfois fatal aux plus jeunes d’entre eux. Les enfants qui ne peuvent être confiés à une nourrice sont nourris, à la campagne, au lait de chèvre. On utilise des petits récipients en terre cuite ou une « corne » à allaiter jusqu’au début du XVIIIème siècle.

L’autre alternative au lait de nourrice est le « pap », ou panade, surtout connu en Angleterre. Il s’agit de pain bouilli avec de l’eau ou de la bière, auquel est ajouté du sucre. Ce mélange est également fort utilisé à Salzbourg, et Mozart et sa soeur en sont nourris étant enfants. Le problème de l’alimentation du nourrisson n’échappe pas à Mozart, faisant l’objet de passages dans la correspondance :

« Je me soucie de la fièvre de lait ! – car elle a des seins assez gonflés ! – Maintenant, contre ma volonté, et cependant avec mon accord, l’enfant a une nourrice ! – Ma femme, qu’elle soit ou non en mesure de le faire, ne devait pas nourrir son enfant, c’était ma ferme résolution – Mais mon enfant ne devait pas non plus avaler le lait d’une autre ! – J’aurais préférer l’élever à l’eau, comme ma soeur et moi – Toutefois la sage-femme, ma belle-mère et la plupart des gens ici m’ont proprement prié de ne pas le faire pour la bonne raison que la plupart des enfants nourris à l’eau en meurent parce que les gens d’ici ne savent pas s’y prendre ; – cela m’a donc incité à céder – car je ne voudrais pas qu’on put m’en faire reproche. » [7]

Au cours du 18ème siècle, l’hygiène commence à changer [2] : on commence à se servir de savon ; le nettoyage quotidien des dents est recommandé ; l’usage des couverts de table se répand ; on recommande l’air pur des campagnes, sensé , lutter contre les mauvaises exhalaisons. On s’occupe du nettoyage des rues. Après la chaise percée, les « W.C. à l’Anglaise » font leur apparition, ainsi que le bidet dont l’utilisation va se répandre largement. Le linge n’est plus considéré comme le meilleur instrument de propreté.

Les premières notions d’hygiène publique (déjà enseignée dans les écoles publiques allemandes depuis le 17ème siècle) commencent à être connues sous l’influence des « Lumières ». [10] Les premières campagnes sanitaires font également leur apparition, ayant pour cibles la lutte contre l’alcoolisme, qui fait des ravages, ainsi que l’hygiène maternelle et infantile . On porte en effet une attention toute particulière à la santé de l’enfant et du nourrisson.

L’allaitement dès la naissance, l’encouragement de l’allaitement maternel, l’utilisation du biberon de verre entrent dans les moeurs. A la moitié du XVIIIème siècle, des cours d’accouchements aux sages-femmes seront organisés. A ces mesures succède une diminution de la mortalité infantile notable.

Le concept de contagion ( bien que connu depuis l’Antiquité) et de transmission par un agent extérieur reste encore très flou. [2] A la suite de la découverte par Leeuwenhoek d’« animalicules » dans le sang et le sperme , le XVIIIème siècle reprend la théorie de la « pathologie animée », selon laquelle les germes de la contagion sont des êtres vivants comparables aux parasites.

Les codes sanitaires, édictés depuis le XVIème siècle concernant la syphilis, et depuis le début du XVIIIème la phtisie pulmonaire, sont très impopulaires et donc mal observés. L’inoculation de la variole connaît un succès variable selon les pays européens. Les villes et les habitations commencent progressivement à s’assainir. La lutte contre la malaria s’organise [11] ; on réalise des « topographies médicales », qui en donnent des localisations épidémiques , en France. En France, la loi du 22 juillet 1791, visant à la répression des exhalations putrides, établit les règles de surveillance des fosses. On décide également d’éloigner les cimetières des villes.

En 1793 est créée dans chaque commune une commission chargée de veiller à l’ hygiène publique [11]. Puis en 1794, la Convention prendra la mesure d’inclure l’enseignement de l’hygiène dans les études médicales. Le conseil d’hygiène et de salubrité de Paris est créé en 1796. Les pouvoirs publics commencent à prendre conscience de l’importance de la santé publique et s’intéressent aux règles d’hygiène de nos voisins européens. Quelques initiatives individuelles sont également à souligner. Ainsi, l’abbé Jacquin, dans son livre « De la santé, ouvrage utile à tout le monde » [12] publié en 1771, met en garde contre le danger des maladies contagieuses, et préconise un matériel à usage médical propre à chaque individu (en particulier pour la saignée). Citons également Jean-Noel Hailé, qui occupa la première chaire d’hygiène et de physique médicale, créée en 1796 à Paris, alors qu ’en Allemagne, la chaire d’hygiène sociale est créée par Johann¬Peter Franck ( 1745-1841). Baudelocque (1746-1810) insiste sur l’importance de l’air pur dans les hôpitaux. Lavoisier fait des propositions pour le contrôle de l’hygiène hospitalière. Il prône le dépistage des maladies contagieuses et l’amélioration de l’hygiène du corps et des vêtements des malades et médecins. Didelot dans son « Avis aux gens de la campagne » [13], quant à lui, dresse un tableau de la pratique médicale en France. Il insiste sur l’importance de l’hygiène et du rythme de vie, sur l’aspect psychosomatique de certaines affections, dénonce tout excès, fait des propositions pour éviter les maladies infectieuses, et annonce les prémices de l’écologie.

Le XVIIIème siècle multiplie les projets de réforme hospitalière, sous l’impulsion de l’Angleterre et de l’Allemagne [2] [14]. En France, jusqu’à la Révolution, on distingue les hôpitaux généraux, les « hôtels-Dieu » et les « maison-Dieu ». L’Hôpital général de Paris, premier hôpital général de France, fut créé au XVIIème siècle. Les hôpitaux généraux, d’administration en majorité laïque, sont chargés, selon une ordonnance royale, de « loger, enfermer et nourrir les pauvres mendiants, invalides, natifs des lieux ou qui y auront demeuré pendant un an, comme aussi les enfants orphelins ou nés de parents mendiants ». Les « hôtels-Dieu », hôpitaux comprenant du personnel médical, accueillent les malades qui ne sont ni lépreux, ni vénériens ni pestiférés . Des médecins sont attachés en titre à chaque établissement, mais leurs visites y sont très irrégulières. Puis les « maison- Dieu », sorte de petit hôpital au sein de maison particulière, subsistant grâce à des dons et legs, et qui prennent en charge également des malades.

Au total, les établissements hospitaliers, où de nombreuses congrégations religieuses trouvent leur place, sont destiner à soulager toutes les infortunes, et à remédier autant sinon plus à la pauvreté qu’à la maladie. En France, c’est l’incendie de l’Hôtel-Dieu à Paris, en 1772, qui va déclencher le mouvement de réforme des hôpitaux, après celui d’Angleterre et d’Allemagne. Le projet de reconstruction est l’occasion de nombreux débats et publications, notamment en ce qui concerne l’hygiène au sein des hôpitaux . Tous sont d’accord sur le fait que, désormais, l’hôpital doit avoir pour centre d’intérêt la guérison du patient, et doit donc être salubre et « bien aéré ».

Ainsi Jacques Tenon, rapporteur en 1788 d’une commission nommée par l’Académie des sciences et chargée par Louis XVI de visiter les différents hôpitaux de Paris, écrit que l’hôtel-Dieu est « construit contre ses propres intérêts ». Dans son « mémoire sur les hôpitaux de Paris », en 1788, il remet en cause la structure et l’organisation des hôpitaux parisiens, et en particulier de l’Hôtel-Dieu (créé au VIIème ou VIIIème siècle) dont l’emplacement et la structure, après l’incendie de 1772, sont appelés à changer. Il dénonce dans ce mémoire les conditions d’hygiène auxquels sont soumis les malades et les convalescents. Aucune distinction n’est faite entre contagieux et non-contagieux, malades présentant des plaies, opérés, femmes ayant accouché ou en fin de grossesse, enfants trouvés, « fous », convalescents , etc. Tous sont placés indistinctement dans les mêmes salles et sont entassés à plusieurs dans le même lit. Le taux de mortalité globale y est très élevé. Tenon, après avoir visité les hôpitaux de Paris mais aussi certains hôpitaux de Province et d’Angleterre, préconise dans ce mémoire des mesures visant à améliorer l’hygiène des hôpitaux. Il propose que les malades soient un par lit, que les salles communes soient plus grandes, que les malades soient répartis, dans les salles selon la maladie dont ils sont atteints, de répartir ceux-ci dans différentes maisons rattachées à l’Hôtel- Dieu, de changer l’architecture de l’hôpital afin qu’elle réponde à ces nouvelles mesures, etc. Il introduit dans son mémoire les plans détaillés des différents hôpitaux visités et propose un projet d’hôpital pour femmes enceintes et malades, un autre pour malades incurables. Ce souffle de réforme hospitalière en France sera suivi, après la Révolution, par des tentatives de réformes sociales concernant le système hospitalier (les administrations municipales étendront leurs pouvoirs au contrôle des hôpitaux, etc.).

La reconstruction de l’Hôtel-Dieu de Paris ne verra le jour qu’au XIXème siècle.
Au début du XIXème siècle, l’hôpital deviendra non seulement un centre de soins pour les malades, mais aussi le centre de la formation des médecins et de la médecine clinique.
A la fin du XVIIIème siècle, grâce à l’amélioration de l’hygiène individuelle et aux mesures d’hygiène publique, on assiste au début de l’amélioration du niveau de vie dans l’ensemble de la population, malgré la détérioration des conditions de vie des habitants des villes du fait de l’augmentation de la population des villes et de l’augmentation des prix.

Épidémiologie

C’est à la fin du XVIIIème siècle qu’est né le concept de « Santé publique », savoir à la fois médical et social.

La société royale de médecine, fondée le 26 avril 1776, est alors chargée de rechercher les mesures à prendre pour enrayer les épidémies et les épizooties. C’est ainsi qu’est créée la « Commission de médecine » de Paris, dont le secrétaire général est Vicq d’Azyr, chargée de tenir une correspondance avec les médecins de province pour « tout ce qui peut être relatif aux maladies épidémiques et épizootiques ».

Les membres de la société royale effectuent, en relation avec des confrères de province, une enquête permanente sur les maladies, se rendant fréquemment sur place pour étudier les problèmes.

Ils espèrent ainsi rompre l’isolement des médecins de province en leur fournissant des listes de signes cliniques, de diagnostic, de types de médications susceptibles d’arrêter épidémies et épizooties.

De plus, ils élaborent les tableaux sanitaires du royaume, qu’ils présentent régulièrement à Louis XVI. Ils étudient également les effets des variations climatiques sur la santé, cherchant un lien entre succession des saisons et épidémies, s’inscrivant ainsi dans la longue tradition de la médecine « aériste », chère à Hippocrate, et espèrent établir un tableau des maladies, région par région.

Dans ce projet, plus de 150 médecins correspondants sont impliqués dans toute la France, et doivent remplir des tableaux imprimés, où figurent les paramètres extérieurs et les observations -médicales. C’est ainsi que sont trouvées des différences de « caractères » entre les habitants du Nord de la France et du Midi, attribuées aux variations de pluie, de soleil, d’altitude et de vent.

Les topographies médicales contribuent, au XVIIIème et au XIXème siècle, à l’étude des climats, sites, cours d’eau et modes de vie. Les recherches de la Société royale portent aussi sur l’analyse des eaux naturelles et médicamenteuses.

Lutte contre la maladie [15]

Depuis toujours, les hommes ont compris qu’ils pouvaient préserver leur santé.

Ainsi, pour Hippocrate, il fallait aider la nature, qui essayait toujours de réparer le mal, par l’hygiène et le régime. C’est lui qui donne son premier élan à la prévention. Les premières mesures destinées à limiter les épidémies furent prises dès le Moyen-Age à l’égard des lépreux, pestiférés et vénériens qui furent isolés du reste de la population.

A la fin du XVIIIème siècle, les traitements préventifs, surtout prisés par les riches, ont pour but d’éviter les excès d’humeurs, considérés comme la cause des maladies. On a donc recours aux saignées, purgations et lavements, parfois plusieurs fois par jour.

Les pouvoirs publics sont peu empressés à mettre en oeuvre de réelles campagnes de prévention à grande échelle. Il faut rappeler que, traditionnellement, le fait de prévenir incombe à l’Etat, tout comme la lutte contre les épidémies , alors que l’assistance aux malades incombe à l’Eglise. Ainsi, à la fin du XVIIIème, plusieurs mesures de prévention sont annulées, dont celui concernant la prévention de la contagion de la phtisie pulmonaire. C’est grâce à des médecins hygiénistes, représentés entre autre par Franck en Allemagne, Thompson en Bavière, Sinclair en Angleterre, que chercher à prévenir la maladie ou à arrêter sa diffusion feront partie de l’art de guérir.

En ce qui concerne la prévention des maladies vénériennes, la France instaure dès le début du XVIIIème la surveillance médicale obligatoire des prostituées, suivie de près par les autres pays d’Europe.

L’Allemagne, quant à elle, se distingue par un programme de lutte contre la prostitution et les maladies sexuelles avec le code de l’impératrice Marie- Thérèse qui définit en 1769 la fréquentation de prostituées comme un attentat aux moeurs, passible de punitions allant jusqu’à l’exil et à la torture. Vienne est alors le centre de la prostitution de l’empire germanique. C’est une « commission de moralité » qui est chargée des arrestations et de l’application des peines. L’influence de cette commission sera bien moindre après l’abolition de l’ordre des Jésuites en Autriche, en 1773.

En 1774, la lutte contre la prostitution passe entre les mains du gouvernement. A cette époque, -on considère que , sur 20 prostituées, une seule n’est pas syphilitique. En 1782, à Vienne, on compte de 2000 à 10 000 prostituées. En 1787, le code criminel et pénal général punit l’ « immoralité » en tant que délit public. C’est le début des rafles de filles publiques. On entreprend également la suppression des maisons publiques, en partie rouvertes devant la multiplication de la prostitution clandestine. Les maisons de passe seront alors non autorisées légalement, mais tolérées comme un mal nécessaire.

L’Empereur Léopold II instituera l’accès gratuit au traitement pour les vénériens, ainsi que la suppression de la correction publique.

L’idée de prévention des maladies se développera réellement en France après la Révolution, et sera dès lors diffusée par des ouvrages écrits par des médecins, pour qui face à la maladie et à la mort, l’homme peut beaucoup.

C’est alors qu’apparaît le mythe de la disparition totale de la maladie, dans une société délivrée de la misère et donc des maladies. L’assistance au malade et au déshérité devient une idée forte.

L’inoculation de la variole [16]

La méthode de l’inoculation de pus variolique devient célèbre au XVIIIème siècle, au moment ou l’Europe connaît de nombreuses épidémies meurtrières de « petite vérole ». La méthode d’inoculation de la variole la plus anciennement connue est chinoise. Elle est mentionnée pour la première fois en Occident en 1700. Elle consiste à prélever le contenu des pustules varioliques sur un malade avec un petit coton, à le laisser sécher dans un récipient fermé et à l’introduire ensuite dans les narines de l’enfant. Elle reproduit l’invasion naturelle de la maladie.

Une méthode différente, dite « à la turque » se répandit en Europe, et est décrite pour la première fois en 1714. Elle consiste à perforer avec une aiguille l’épiderme en le soulevant légèrement pour introduire du pus de varioleux. La sécurité dépend de règles strictes. Cette méthode fut tout d’abord pratiquée en Angleterre, vers 1720.

L’inoculation est discutée mais exceptionnellement pratiquée hors d’Angleterre dans la première partie du 18ème siècle.

La variole fait peur ; on fuit les personnes touchées par la maladie, par peur de la contagion. Dans les formes graves, les lésions sont sévères, emportant le malade dans d’affreuses souffrances . A l’occasion de graves épidémies, vers 1750, elle est remise à l’honneur, soutenue par les Encyclopédistes, qui voient là une « machine de progrès ». A cette date, elle touche pratiquement tous les pays d’Europe, mais n’est appliquée qu’à un petit nombre de gens, principalement dans chez les riches.

« Samedi dernier, on a inoculé la variole à sa Majesté la fille de l’empereur, la Princesse Theresia et aux Princes Ferdinand et Maximilian. Vous pouvez vous imaginer l’émoi suscité ici. » [7] « Les nobles personnages inoculés se portent bien. Tout le monde veut maintenant se faire inoculer. » [7] Le principe de l’inoculation de la variole repose sur une constatation empirique fondamentale : les sujets qui ont subi une attaque de variole et ont survécu sont pour toujours protégés vis-à-vis de la maladie. L’hypothèse de base est donc que la contagion n’attaque pas deux fois la même personne, comme le suppose Léopold lorsque Nannerl est atteinte : « Ma fille a heureusement guéri de la variole ! C’est la preuve que les quelques maladies qu’elle avait eues étant enfant n’étaient pas la véritable variole, comme je le pensais bien. » [7]

Après l’inoculation, la réaction est généralement bénigne, rarement mortelle, elle est nulle ou insignifiante chez ceux qui avaient déjà contracté la maladie par le passé.

L’inoculation universelle remplace les grandes épidémies par une endémie permanente, beaucoup moins dangereuse, car une petite éruption locale se substitue à une éruption généralisée. Ce principe, sous l’influence des Encyclopédistes, est représenté comme une « grande révolution à faire dans les esprits », malgré certains théologiens qui considèrent qu’il n’est pas permis de donner un mal pour procurer un bien, et malgré certains médecins qui craignent que l’inoculation dans un milieu non infecté ne soit à l’origine d’une épidémie iatrogène. Dans la population, le procédé fait également des sceptiques. Voici ce que Léopold Mozart en pense , dans une lettre aux Hagenauer :

« Savez vous ce que les gens veulent tous ici ? Ils veulent me convaincre de faire inoculer la variole à mon fils. Mais comme j’ai suffisamment donné à entendre mon aversion pour ce procédé, ils me laissent maintenant en paix. Ici, c’est la mode générale, mais on ne peut le faire en ville sans autorisation, et uniquement à la campagne, car du fait des bons résultats de l’inoculation, les gens petits et grands- se sont fait inoculer en masse, de sorte que l’on trouvait parfois 3, 4 personnes ou plus atteintes de la petite vérole dans une même maison. Comme cela aurait pu avoir des conséquences fâcheuses, on ne peut plus le faire qu’à la campagne ou demander l’autorisation auprès de l’intendant de Paris. Pour ma part, je m’en remets à la grâce de Dieu. Il dépend de sa bonté divine de laisser en ce monde ce miracle de la nature qu’il a bien voulu y mettre ou de le reprendre à Lui. Je veillerai sur lui de la même manière, c’est certain, que nous soyons à Salzbourg ou en quelque lieu qui soit au monde. » [7]

Le risque de provoquer la mort d’un enfant sain pèse lourd sur la responsabilité des parents et des médecins, même si ce risque est inférieur à celui de mourir plus tard de la contagion naturelle. En 1763, en France, le Parlement interdit provisoirement l’inoculation, « en attendant que le dossier soit clairement jugé par les facultés de médecine :.. ». Peu de temps après, l’autorisation d’inoculer dans les communes est accordée, et l’inoculation se répandra au sein de la population, atteignant les classes défavorisées, permettant un net recul de la maladie dès la fin du XVIIIème siècle.

On édifie même des maisons spécialisées dans l’inoculation, accueillant les plus démunis :

« A propos, avez-vous entendu parler du succès de l’inoculation de la variole ? A Meidling, près de Schonbrum, l’impératrice a mis une maison à la disposition des enfants traités par l’inoculateur anglais. Il s’agit d’enfants pauvres, qui reçoivent chacun – ou plutôt leurs parents – un ducat à leur admission. Quarante ont déjà été inoculés avec succès. L’empereur et l’impératrice viennent presque chaque jour leur rendre visite et soutiennent de toutes leurs forces cette entreprise. En revanche, presque tous les médecins sont furieux. Ce n’est pas étonnant, cette maladie et le traitement rapportaient généralement gros, quelle qu’en soit l’issue. Dieu merci, notre inoculateur était le meilleur ! . » [7]

Par la suite, Jenner améliorera la protection vis-à-vis de la variole en imposant l’inoculation de la « cow-pox », maladie bénigne des vaches, assurant une immunité contre la variole jusqu’à Pasteur et ses découvertes.


Rédacteur : Docteur Gwenaëlle Martiné, pour Médecine des arts®
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Revue Médecine des arts, n°71. Numéro spécial Instrument à vent

[1] 1. Lindeboom G.A., Descartes and Medecine, Ed. Amsterdam : Rodopi, 1979, 134 pages

[2] 2. Hildesheimer F., Fléaux et société : de la grande peste au cholera, XIVème – XIXème siècle. Ed. Hachette, 1993, 175 pages.

[3] 3. Mikailoff N. Les manières de propreté. Du Moyen-Age à nos jours. Ed. Maloine, 1999, pp 99-117.

[4] 4. Rival N., Histoire anecdotique de la propreté et des soins corporels. Ed. Jacques Grancher, 1986, 334 p.

[5] 5. Negrier P., Les bains à travers les âges. Librairie de la construction moderne, 1925, 345 p.

[6] 6. Vigarello G., Le propre et le sale. Hygiène du corps depuis le Moyen-Age, Ed. Du Seuil, 1985, 284 p

[7] 7. Mozart W.A. Correspondance, tome I à VI. Edition de la Fondation Internationale Mozarteum Salzbourg, réunie et annotée par W. A. Bauer, O.E. Deutsch et J.H. Eibl. Edition française et traduction de l’allemand par Geneviève Geffray.

[8] 8. Drake T.G.H, Infant feeding in England and France from 1750 to 1800. American Journal of diseases of children, 24 janvier 1930, pp 1049-1061.

[9] 9. Chast F. Histoire contemporaine des médicaments. Paris-Edition. La découverte, 1995, 388 p.

[10] 10. King L.S. The Medical world of the eighteenth century. The University Chicago Press, 1958, 346 p.

[11] 11. Sand R. Vers la médecine sociale. Ed. Baillère, 1948, 671 p.

[12] 12. Jacquin Armand Pierre. De la santé, ouvrage utile à tout le monde. 2ème édition, Ed. Paris-Durand, 1763, 424 p.

[13] 13. Daremberg C. Histoire des sciences médicales. Tome II. Ed. Baillère et Fils, 1870. 1300 p.

[14] 14. Imberg J. Les hôpitaux en France. Collection « Que sais-je ». Presses Universitaires de France, 1996, 172 p.

[15] 15. Riley J.C. The 18th Century campaign, to avoid disease. Basingstoke London : Macmillan, 1987, 213 p.

[16] 16. Moulin A. M. L’aventure de la vaccination. Ed. Fayard, 1996, 498 p.

Le budget de la culture amputé malgré les promesses

LEMONDE | 24.02.12 | 13h59

Le ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand, à l'Elysée à Paris, le 8 février 2012.
Le ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand, à l’Elysée à Paris, le 8 février 2012.AFP/LIONEL BONAVENTURE

Souvenons-nous, c’était il y a quelques mois seulement : en octobre 2011, alors qu’il dévoilait son projet de budget pour 2012, le ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand, saluait « le choix courageux » du gouvernement qui avait choisi de ne pas diminuer les crédits à la culture, contrairement aux voisins européens. Quelques semaines plus tard, le 18 novembre 2011, lors du Forum d’Avignon, Nicolas Sarkozy se gargarisait des bienfaits de la culture, « un investissement qui va nous permettre de sortir de la crise, et non une dépense qu’il faudrait couper », lançait le président de la République.

Aujourd’hui, les artistes déchantent : des coupes budgétaires sont annoncées et, à l’appel de divers syndicats, des rassemblements sont prévus vendredi 24 février devant les directions régionales des affaires culturelles, à Paris et en région. Le Syndeac, Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, dénonce « les amputations budgétaires » prévues par le projet de finances rectificatives, adopté par l’Assemblée nationale et rejeté par le Sénat, majoritaire à gauche.

La mission « culture » perdrait 34,1 millions d’euros, dont 21,1 millions pour le programme Patrimoines, 3,5 millions pour la création et 9,4 millions pour la transmission des savoirs et la démocratisation culturelle ; la diplomatie culturelle subirait une baisse de 6,2 millions d’euros, tandis que le programme médias et industries culturelles s’allégerait de 22 millions d’euros. A cela s’ajoute une « ponction de 15 millions d’euros au minimum, dès 2012, sur les crédits de la culture », poursuit le Syndeac, en vue de financer le projet contesté de Centre national de la musique (CNM). Dans le collimateur, aussi, l’augmentation du taux de la TVA « sur la billetterie, sur les coûts de cession des spectacles et une partie des subventions reçues ».

Gel des crédits

Les syndicats déplorent que le gel de 6 % des crédits ne soit toujours pas levé : cette « réserve budgétaire » représente un manque-à-gagner de 47 millions d’euros pour le programme création, et de 20 millions d’euros pour la transmission des savoirs. D’ordinaire, Nicolas Sarkozy annonçait le « dégel » lors de ses voeux au monde de la culture. Cette année, non. Le président du Syndeac, François Le Pillouër, se souvient pourtant d’une promesse, lors d’un déjeuner à l’Elysée : « C’était le 14 novembre 2011. Il y avait des professionnels de la culture. En réponse à ma question sur le dégel, Nicolas Sarkozy avait lancé : « Je l’ai toujours fait et je le ferai. » »

Depuis, pas de nouvelles. « Nous n’avons aucun retour, ni du ministère de la culture ni de l’Elysée. On vient juste d’apprendre que le conseiller culturel de Nicolas Sarkozy, Olivier Henrard, a désormais rejoint l’équipe du candidat à la présidentielle. On nous a dit : il ne faut plus lui écrire à l’Elysée, mais à lafranceforte.fr »


Sur le Web : www.culturecommunication.gouv.fr et www.syndeac.org.

Clarisse Fabre

Le Théâtre Paris-Villette menacé

Le Théâtre Paris-Villette veut croire en son avenir et organise une fête de soutien vendredi 24 février dans la soirée. « Nous voulons rassembler les forces, et dessiner un portrait de ce théâtre avec les artistes qui ont marqué son histoire », résume son directeur, Patrick Gufflet. Ce théâtre défricheur, où le metteur en scène Joël Pommerat fut programmé à ses débuts, est subventionné à 97 % par la Ville de Paris, à hauteur de 865 000 euros, mais Patrick Gufflet ne sait pas si la subvention sera versée en 2013. Le bâtiment du théâtre appartenant à l’Etat, il s’est tourné vers le ministère de la culture pour obtenir son soutien. En attendant, le Paris-Villette a mis en place un site Internet, Lebaiserdelamatrice.fr, où on peut exprimer son soutien, moyennant une règle du jeu : se filmer, grâce à une caméra reliée à l’ordinateur, tout en lisant une page d’A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

« Et si on faisait des états généraux de la culture? »

Artistes et animateurs donnent leur point de vue sur la vie culturelle à Périgueux. S’ils reconnaissent des acquis, ils sont nombreux à réclamer une politique plus dynamique.

Les vélos sur l'Isle au festival Art et Eau, une animation qui n'a pas convaincu.

Les vélos sur l’Isle au festival Art et Eau, une animation qui n’a pas convaincu. (photo archives jean-christophe sounalet/« so »)

Satisfaits ? mécontents ? Comment jugez-vous la vie culturelle à Périgueux ? Après avoir rencontré le maire Michel Moyrand, « Sud Ouest » donne la parole à ses acteurs

Bien sûr, la question, complexe, ne peut se résoudre en quelques phrases. Et les situations sont différentes. Mais les réactions sont révélatrices.

Il faut partir des acquis. C’est ce que souligne Roger Roche, président de Ciné Cinéma, rappelant que la précédente municipalité n’avait pas soutenu le projet de salle d’art et essai à l’ancien Montaigne. « La municipalité actuelle a augmenté de manière très significative notre subvention et a assuré la pérennité de l’emploi de notre salarié, Jean-Michel Hellio. »

Manque de reconnaissanceEst-ce suffisant ? Ciné Cinéma regrette de n’avoir pas « l’outil efficace pour développer une politique d’éducation à l’image » et voudrait créer une Maison de l’image animée.

La position de Some Produkt est assez comparable. « La Ville nous donne 2 700 euros par an et nous subventionne sur des projets ponctuels », constate Marc Roumagne, son programmateur.

Mais l’association souffre d’un manque de reconnaissance. « Nous organisons 35 à 40 concerts par an, nous animons des quartiers populaires. Nous aimerions que la Ville nous accorde une subvention égale à celle du Département, qui est de 4 000 euros. »

La nouvelle mairieLes chiffres, justement. Luc Guiot, facteur de piano, n’est pas d’accord avec Michel Moyrand, qui affirme consacrer à la culture 247 euros par an et par habitant. « On globalise une fois de plus. On y fait entrer l’entretien des bâtiments et tout ce qui part dans les grosses structures. Au bout de la chaîne, il ne reste que très peu d’argent pour les artistes. »

Il s’élève contre certains choix. « On n’avait pas besoin d’une nouvelle mairie. Avec les technologies actuelles, on pouvait s’en passer. Et c’est complètement déraisonnable de sortir la mairie du centre historique de la ville. »

Michel Grégoire, ancien de France Inter qui a animé à Périgueux le festival Au pied de la lettre, est encore plus radical. Il ne mâche pas ses mots. « La politique culturelle de Périgueux ? C’est affligeant, accablant, confus. Il n’y a qu’une vision comptable. Pas d’ambition, juste un constat d’impuissance. »

L’attente d’un dynamismeL’échec d’Art et Eau ? « C’était prévisible. C’était un hochet pour les écolos. Un festival à la godille. Il y avait mieux à faire en reprenant les traditions des lavandières et la vie des rues Neuves. »

De toute évidence, quels que soient les interlocuteurs, cette manifestation ne laissera pas de regrets. « C’est une bonne chose de l’arrêter. Elle était parachutée. Il vaut mieux consolider ce qui existe déjà », ajoute Jacky Raimbault, de la librairie Des Livres et Nous. Il en appelle à une réflexion en profondeur sur le terrain.

Nicolas Lux, photographe et animateur du Printemps du Proche Orient, est de cet avis. « La culture, ce n’est pas seulement une question de finances. On aimerait qu’on réfléchisse en terme de développement avec les associations qui travaillent tout au long de l’année. Et si on faisait des états généraux de la culture ? »

Beaucoup d’interlocuteurs révèlent ce sentiment de manque, cette attente d’un vrai dynamisme. D’autres n’ont pas souhaité s’exprimer. Ce qui montre à quel point la culture est liée à la politique et par conséquent fragile. Aussi, plus que jamais a-t-elle besoin d’affirmer une image forte.