Le Grand Prix Lycéen des Compositeurs….

http://blogs.mediapart.fr/edition/contretemps-du-spectacle-vivant/article/220312/le-grand-prix-lyceen-des-compositeurs-de

Organisé à l’initiative de la Lettre du Musicien et de Musique nouvelle en liberté (association de promotion de la musique contemporaine associée à la Mairie de Paris), le Grand Prix Lycéen des Compositeurs va cette année au compositeur Philippe Hersant. Choisi parmi les sept compositeurs en lice (Franck Bedrossian, Edith Canat de Chizy, Bernard Cavanna, Hugues Dufourt, Philippe Hersant, Philippe Manoury et Bruno Mantovani), il a été élu par les 4000 élèves des 200 classes des 92 lycées participant au projet… Dont 1500 étaient ce matin au Théâtre du Châtelet pour la remise du prix…

Quelques chiffres pour remettre en perspective le succès de l’opération:

Nombre d’élèves dans les lycées :

2.128.350 en 2010 [Source Insee]

Nombre de lycées :

4277

Pourcentage d’élèves concernés par la musique :

4000/2128350 = 0.19% soit une misère…

Lycées concernés par l’opération :

92/4277 = 2.15% un peu mieux mais peu convaincant.

Une fois de plus une infime minorité est intéressée par la musique contemporaine et le succès tout relatif de l’opération courageuse ne doit pas cacher le désert français qu’est la musique contemporaine…

Floremon.

Une partition de Mozart jouée pour la première fois

23 mars 2012

Mozart au piano, à 7 ans. – Daines Barrington, 1781

Une partition pour piano de Wolfgang Amadeus Mozart, totalement inconnue jusqu’à présent, a été présentée et jouée pour la première fois vendredi à Salzbourg, dans la maison où vécut le compositeur autrichien et sa famille.

Cet allegro molto pour piano, sorte de sonate de 84 mesures, a été composé par Mozart à 11 ans vers 1767-68 et retrouvé dans un cahier portant la date de 1780, d’après la musicologue Hildegard Herrmann-Schneider.

«L’écriture du nom, Del Signore Giovane Wolfgango Mozart, est incroyablement précise», a déclaré Ulrich Leisinger, directeur du département de recherches de la Fondation Mozarteum. Ce qui a convaincu les experts salzbourgeois qu’il s’agissait bien d’une composition du jeune génie.

L’écriture n’est pourtant pas attribuable ni à Mozart ni à son père Leopold, mais à une connaissance proche.

Ce nom «est connu jusqu’ici comme utilisé uniquement par le père quand il inscrivait le nom de son fils sur les partitions», a souligné Hildegard Herrmann-Schneider.

Le morceau a été exécuté par le claveciniste autrichien Florian Birsak sur le piano-forte de Mozart, qui se trouve dans le salon de danse de la maison familiale du compositeur.

Hildegard Herrmann-Schneider a fait cette découverte au Tyrol dans le cadre de recherches pour le Répertoire international des sources musicales (RISM). «C’était une découverte très chanceuse», a-t-elle commenté, précisant que le livre de partitions de 160 pages, qui comporte également des compositions de Leopold Mozart, avait été retrouvé dans un grenier d’une maison particulière.

La partition attribuée à Wolfgang Amadeus Mozart occupe trois pages de ce cahier. Ce morceau «n’est pas de n’importe qui, on y voit déjà des petites touches de l’immense Mozart qu’il deviendra», a commenté Florian Birsak.

Au cours des dernières années, deux autres partitions pour piano inconnues de Mozart avaient été retrouvées: en 2006 dans les archives de l’archevêché de Salzbourg et en 2009 dans les archives de la Fondation Mozarteum.

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La musique pour soigner le corps et l’esprit

Olivier Bellamy

journaliste animateur radio

Dans la haute antiquité égyptienne, les médecins étaient des musiciens qui prescrivaient des chants de modes différents en fonction de la pathologie diagnostiquée. Cette approche intuitive de la maladie a été balayée par la science et considérée comme une fantaisie poétique par les savants occidentaux. Naturellement, il ne s’agit pas de revenir aux temps anciens et de nier les fantastiques progrès techniques qui ont permis de sauver des vies, mais n’avons pas nous négligé trop longtemps certains aspects thérapeutiques et jeté le bébé avec l’eau du bain ? Après tout, les architectes des pyramides n’ont pas grand-chose à envier à ceux d’aujourd’hui. C’est ainsi que l’étude du cerveau, grâce à l’IRM, a permis de mettre en lumière le pouvoir des sons sur le bien être de l’individu.

Martina Niernhaussen n’est pas un apprenti sorcier, elle est une authentique musicienne qui a étudié le piano, la viole de gambe, l’art lyrique et la direction de choeurs en Hollande. Elle a même travaillé avec Leonard Bernstein qui maîtrisait parfaitement la force de la musique sur les âmes. Les hasards de la vie l’ont conduite à offrir ses compétences en milieu hospitalier et sa carrière s’en est trouvée radicalement modifiée.

Victime d’un grave accident de voiture, à 23 ans, elle a ressenti la souffrance, l’isolement, et compris à quel point la musique pouvait avoir une utilité bien plus grande qu’un simple plaisir des sens.

Tout en dirigeant des choeurs à un haut niveau d’excellence (Ecce Cantus à Paris, Apta Julia dans le Lubéron), elle a suivi un cursus de musicothérapie et s’est passionnée pour cette matière qui n’en est qu’à ses balbutiements. A l’hôpital Cognac-Jay à Paris et à Percy-Clamart, elle s’occupe d’adolescents autistes, fait chanter des malades dans les services et organise des petits concerts en soins palliatifs. Sérieusement, régulièrement, en liaison avec le personnel médical, et surtout avec une approche essentiellement humaine. Car la hauteur des sons ne suffit pas. Cette démarche n’aurait pas le même impact salvateur dans une optique purement technique. C’est aussi parce que Martina Niernhaussen est une femme sensible, attentive à la souffrance, douée d’empathie que l’expérience donne des résultats. Nous avons tous le souvenir d’un médecin particulièrement chaleureux qui, par sa bonté, nous a permis de mieux vaincre la maladie, ou d’un enseignant exceptionnel qui nous a permis de comprendre et d’aimer ce qui nous semblait abscons ou étranger à nous-mêmes.

Et certaines musiques, parfois très simples, comme « Ô douce nuit », sont chargées d’un amour de générations entières et successives qui confèrent à ces quelques notes un pouvoir considérable. Yehudi Menuhin, lui, lorsqu’il allait jouer du violon dans les casernes anglaises, pour les soldats blessés, s’était rendu compte qu’une mélodie comme l’Ave Maria de Schubert éveillait aussitôt un sentiment profond de fraternité humaine et faisait couler des larmes de bonheur sur les joues de tous ceux qui revenaient de l’enfer. De la même façon que Le Petit Prince de Saint-Exupéry est chargé de l’émerveillement de millions d’enfants qui assurent à ces phrases, jugées parfois trop simples par les universitaires, d’une force émotionnelle et symbolique qui échappe à l’analyse et soulève pourtant des montagnes. Décidément, oui, vraiment, « on ne voit bien qu’avec le coeur ».

A lire : Du premier cri au dernier souffle de Martina NIernhaussen (éditions Archipel)

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La chonique de Claude Samuel. Merci à Diapason et à Quobuz

Le Salon du livre – Takemitsu, Hosokawa – Le droit à la différence – Le mystère de la création – Les paires de Matisse – L’Atelier d’art lyrique de l’Opéra – Le centenaire de Massenet

19 mars 2012 11:27 – Hosokawa, Massenet, Matisse

C’est aujourd’hui, lundi 19 mars, que se termine le Salon du Livre, édition 2012, salon auquel j’ai résolument décidé de ne pas me rendre. Après, je dois dire, de multiples expériences. Mais toute cette accumulation d’ouvrages, dont ma lecture ne dépassera jamais la page de couverture, me décourage. A chaque stand, de nouvelles découvertes, de nouvelles tentations, et, pour finir, des frustrations. Dur à vivre. Sans oublier que je pourrais aussi, pendant ces trois heures d’errance, relire une vingtaine de pages de Proust, ou avancer dans ce monument périlleux qu’est l’Ulysse de Joyce, livre de chevet arraché de temps en temps à sa somnolence…

Un trouble délicieux

Et, finalement, sinon à des fins commerciales, les coups de projecteurs ne sont-ils pas antinomiques avec l’intimité de la lecture ? La Part de l’ombre si justement cernée par Tanizaki ou, si vous préférez, L’empire des signes, selon Barthes. Réflexions d’actualité pour ce Salon partiellement dédié au Japon, ce pays si lointain qui échappe à nos codes de compréhension. C’est avec un sentiment de trouble délicieux que je retourne régulièrement dans cet immense archipel, dont je ne parle pas la langue, dont je sais que toute velléité d’apprentissage linguistique serait, en quelque sorte, inconvenant. Mes amis Japonais, qui sont montés – avec quel talent ! – à l’assaut de nos références musicales occidentales, sont néanmoins irréductibles à nos valeurs propres. En un temps où l’on parle à tout propos du « droit à la différence », c’est dans la relation avec le monde musical japonais que je le ressens le plus intensément ; et c’est, sans doute, Toru Takemitsu qui, sans la moindre intention, m’y a initié, autant par son comportement que par sa musique dont la double filiation est si naturellement assumée. Ce que je retrouve, dans la génération suivante, avec Toshio Hosokawa dont la carrière occidentale est aujourd’hui si spectaculaire.

Toru Takemitsu ou la tradition revivifiée

Que ce soit dans ces expressions nouvelles, dans les grandes formes traditionnelles, du nô au kabuki en passant par le bunraku, dans la stylisation de tel masque, dans le jaillissement de tel trait poétique, et dans l’entre-lignes de tous ces livres qui, pendant quatre jours, ont submergé les rayonnages de la Porte de Versailles, nous percevons à la fois la puissance d’un message singulier, et l’échec de toute transposition dans notre grille de lecture. La mondialisation n’a pas encore raboté ces havres de liberté…

 

Comme un rosier fait des roses…

Autre mystère : celui de la création. Question posée bien inutilement aux compositeurs, et lorsque j’ai jadis interrogé Olivier Messiaen, il m’a, si j’ose dire, renvoyé dans mes buts : « Un compositeur de musique fait de la musique parce qu’il doit en faire, parce que telle est sa vocation, et il en fait très naturellement, comme un pommier fait des pommes, comme un rosier fait des roses »… Silence dans les rangs, on ne se pose pas de question !

Pourtant, on peut tenter de cerner, sinon l’origine de l’acte de création, du moins son processus. Et la démonstration est lumineuse, tout au long de l’exposition Matisse – paires et séries, installée au Centre Pompidou jusqu’au 18 juin. Avec des matières et des contraintes différentes, la peinture et la musique, art de l’espace ou art du temps, se rejoignent dans le parcours de l’artiste. Ici comme là, le matériau n’est que le départ d’une aventure hautement imprévisible. Ce que l’on nomme les séries de Matisse, c’est le thème et variations du compositeur. Et Beethoven nous a appris que du thème le plus inoffensif peuvent surgir les plus somptueuses efflorescences.

Notre-Dame cubiste

A l’époque où il habitait sur les bords de la Seine, Matisse peignit, vu à travers les fenêtres de son appartement, le Pont Saint Michel : dans la toile de gauche, on reconnaît la façade monumentale de Notre-Dame. Sur le tableau de droite, Notre-Dame, d’emblée non identifiable, est devenue une construction cubiste. Les deux toiles ont été peintes à peu près à la même époque. Ce sont, d’une certaine façon, les propositions du peintre, comme les variations d’un thème donné constituent les offres du musicien. Dans l’un et l’autre cas, seule l’attention soutenue permet la reconnaissance. L’audition négligente ou le coup d’œil rapide, pratiques si courantes dans les salles de concert ou les galeries d’exposition, vident le projet de sa substance. Oui, les chefs-d’œuvre se méritent, et l’on peut à juste titre se méfier des œuvres facilement décryptées.

 

Les niaiseries

Facilement décryptées, par exemple, les partitions de Massenet – Jules Massenet, lequel détestait son prénom, mais appela sa fille Juliette… Massenet, dont on célèbre cette année le centenaire de la mort et auquel les élèves de l’Atelier d’art lyrique de l’Opéra de Paris viennent de consacrer toute une soirée. Première constatation, ces jeunes chanteurs sont déjà de grands talents, et citer tel ou telle à l’issue d’une seule audition serait injuste. Je ne doute pas qu’ils seront parfaits plus tard dans Manon, Cendrillon, Hérodiade ou le Jongleur de Notre-Dame ; je les espère également dans Debussy, Rossini ou Mozart.

Vous n’aimez pas Massenet ? Plutôt que d’argumenter, je me retourne justement vers Debussy, dont on insinue parfois très abusivement qu’il a subi, ici et là, l’influence de notre musicien aujourd’hui célébré – Debussy qui dénonce dans Massenet « une curieuse maîtrise à satisfaire toutes les niaiseries et le besoin poétique et lyrique des dilettantes à bon marché. » Debussy qui ironise : « L’amour de la musique de Massenet est une tradition que les femmes se transmettront pendant bien longtemps, de génération en génération. Cela peut suffire à la gloire d’un homme. » Insupportable, ce Debussy antiféministe et condescendant, mais quel talent dans la diatribe !

Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue Diapason de mars : « Ce jour-là, 1er janvier 1956 »

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Populaire l’Opéra de Paris ?

Mercredi 14 mars 2012

Alors que l’Opéra National de Paris vient de publier la saison 2012/2013 marquée par la reprise complète du Ring, et avec seulement quatre nouvelles productions (Carmen, La Gioconda, La Fille du Régiment et Hansel et Gretel) – rappelons qu‘avec Mortier nous avions 9 à 10 nouvelles productions par an -, sa direction rajoute que les prix des places des catégories 4,5,6 baissent en même temps de 5 euros.
On imagine assez bien Nicolas Joel et son directeur adjoint, Christophe Tardieu, regrettant l’augmentation du prix des places de cette saison, et souhaitant ainsi apporter un correctif salvateur.

Et bien nous ne somme pas déçus, car à nouveau le prix moyen des places augmente cette saison à Bastille (5%), grâce notamment à un astucieux sur classement de 80 places de catégories 7 (15 euros) en catégories 6 à 4 (35 euros à 90 euros), moyennant une meilleure lisibilité des surtitres, et en tarifant tous les spectacles, sauf La Khovantchina, selon la grille de prix qui place la catégorie 5 à 70 euros (50 euros normalement pour les reprises). Ne restent plus que 4% de places à moins de 30 euros.
La réduction de 5 euros ne sert qu’à modérer cette augmentation tout en faisant croire à une meilleure accessibilité. Nicolas Joel se garde bien de dire que le nombre de places abordables a diminué.

Nombre de places par tranches de 30 euros sur 2750 places pour le lyrique à Bastille entre 1998 et 2013.

Pourtant, Christophe Tardieu nous assurait dans le Figaro du 11 janvier 2012 qu’il y aurait chaque soir de Lyrique à Bastille 600 places à moins de 45 euros et, la main sur le coeur, nous l’avions cru.

En fait, il y en a moins de 350 sur les 2750 places disponibles, sauf grossière erreur de comptage…

Dans tous les théâtres européens, et même au Metropolitan Opera de New York (avec ses 700 places à moins de 40$), on trouve pourtant de 10 à 25% de places à moins de 30 euros.

L’Opéra National de Paris est donc devenu un des théâtres les moins accessibles au monde pour les revenus modestes, alors que sa créativité a considérablement diminué, et que son seul atout, outre le directeur musical Philippe Jordan, est de proposer des reprises souvent très bien distribuées.
Un peu maigre tout cela pour justifier de telles augmentations, à moins qu’il ne s’agisse de transformer la Grande Boutique en centre de profit, et de lui faire perdre sa mission d’ouverture au plus large public.

Le côté positif est que, pour ce prix là, le nombre de créations est si faible que le risque de retomber sur les naufrages de Faust ou Manon l’est tout autant.

   Comparatif du plan de salle entre la saison actuelle et la prochaine.

   Cerclées de rouge :

  Parterre : 50 places de catégories 6 (35 euros) passées en catégories 5 (70 euros)

  1er balcon : 80 places de catégories 7 (15 euros) passées en catégories 6 (35), 5 (70) et 4 (90 euros)

  Galeries : 18 places de catégories 6 (35euros) passées en catégories 5 (70 euros) et 4 (90 euros)

  Cerclées de vert :

 2ième balcon 20 places de catégories 5 (70 euros) passées en catégories 6 (35 euros)

 Il n’y a donc plus aucune place à moins de 70 euros au parterre, alors qu’il y en avait à 5/15/20 et 35 euros la dernière saison Mortier.


Par David – Publié dans : Histoire de l’Opéra

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La diffusion de musique sur Internet, un univers d’astuces et de compromis

Le Monde.fr |

19.03.2012 à 18h23 •

Mis à jour le 20.03.2012 à 07h51

Par Guénaël Pépin

La page d'accueil du site Deezer.

La musique en ligne gagne en qualité… techniquement. Dans la dernière mise à jour de son logiciel de synchronisation iTunes, Apple a doublé la qualité maximale autorisée pour la musique diffusée sur les iPod, iPhone et iPad via son service de stockage iTunes Match. Ce mouvement met en lumière les contraintes techniques avec lesquelles doivent composer les services de streaming musical, comme Deezer ou Spotify, pour faire la balance entre coûts et qualité face à l’augmentation du nombre de leurs utilisateurs.

Les services légaux comptent leurs abonnés en millions. Né en 2006, d’abord sans l’accord des ayants droit, le site Deezer revendique désormais 20 millions de membres en Europe, dont 1,5 million payants, pour « entre cinq et dix millions d’écoutes par jour », selon son cofondateur Daniel Marhely. Le concurrent suédois Spotify, créé la même année, compte lui dix millions de membres, dont 3 millions payants. La musique libre, non commerciale, attire également les utilisateurs. Le service d’écoute de musique libre Jamendo, créé en 2005 et disposant d’un catalogue de 350 000 morceaux, diffuserait « un million de titres par jour », selon Pierre Gérard, son cofondateur.

ENTRE VITESSE ET QUALITÉ

Avec de tels volumes, les besoins de ces services ne cessent de croître, notamment en termes d’innovation technique. Et dans ce contexte de concurrence, la qualité sonore reste l’un des principaux critères de choix, avec la disponibilité du catalogue. La musique actuellement diffusée sur Internet est en grande majorité compressée, ce qui réduit la taille des fichiers – en supprimant certaines fréquences -, mais diminue aussi leur qualité. L’un des défis des services de lecture de musique en ligne est de trouver cet équilibre entre « poids » et qualité – … et coûts de bande passante -, pour servir rapidement, sans coupure, la musique la plus fidèle possible. Car la moindre lenteur ou le moindre problème de lecture peut inciter les utilisateurs à passer à la concurrence.

Le service anglais de recommandation et de radios personnalisées Last.fm diffuse les morceaux en MP3 128 kbps (128 kilobits par seconde, soit 16 kilo-octets), le compromis « standard » entre poids et qualité de rendu. Deezer et Spotify fournissent plusieurs qualités selon la situation. Les auditeurs gratuits, qui n’ont accès qu’au service sur ordinateur, sont limités à un débit de 128 kbps et 160 kbps. Pour les abonnés payants, la qualité monte jusqu’à 320 kbps, un seuil considéré suffisant pour que l’oreille humaine ne fasse pas la différence entre le morceau original et sa version compressée. Sur mobile, Spotify laisse le choix à ses membres entre deux qualités : l’une « bas débit » en 96 kbps et l’autre en 160 kbps… Très loin de celles offertes sur ordinateur, pour éviter les problèmes de lecture et ne pas surcharger les réseaux mobiles 3G.

Jamendo a, lui, fait le choix d’un streaming en 96 kbps, tandis que le téléchargement gratuit profite d’un débit à 320 kbps. « Nous stockons la musique dans trois qualités différentes : en fichiers Flac, non compressés, donc sans perte, ainsi qu’en fichiers compressés en 320 kbps et en 96 kbps. Les 350 000 titres pèsent au total 10 tera-octets », précise son cofondateur.

DES SERVICES HAUTE DISPONIBILITÉ

L’efficacité matérielle est essentielle pour ces plateformes. Leurs serveurs doivent diffuser en continu des millions de morceaux dans plusieurs pays, sans délai ni saccade. Disponible dans huit pays européens, Spotify fournit son contenu avec une latence de 265 millisecondes. Un détail qui influe directement sur la satisfaction de l’auditeur et implique un équipement lourd pour ces entreprises. Trois points sont importants dans la livraison de contenus : le nombre de serveurs, leur emplacement et la qualité de la connexion avec les zones desservies.

Jamendo s’appuie ainsi sur plusieurs serveurs de streaming, entre lesquels la charge est répartie, doublés de serveurs de secours, dont deux hébergés par la plateforme de radios thématiques Radionomy. De son côté, Last.fm exploite trente serveurs pour sa diffusion.

Pour améliorer ses performances, Last.fm insiste sur sa gestion du cache, une mémoire permettant de livrer rapidement plusieurs fois un même contenu. « Comme tout service de streaming, nous avons un cache temporaire pour aider la lecture. Chaque chanson est stockée sur plusieurs serveurs pour garantir la redondance et l’extensibilité. Les chansons les plus populaires sont stockées sur plus de serveurs que les autres. Nous utilisons également des disques SSD [solid-state drive, sans délai d’accès aux données] pour ces contenus populaires », argumente l’entreprise.

Selon Daniel Marhely, Deezer n’utilise « que » « cent cinquante serveurs basés à Paris, dont quarante dédiés au streaming. Notre point de présence parisien, relié en direct à Londres et à Francfort, permet de servir tous nos clients européens avec une qualité optimale ». La société doit implanter ses serveurs stratégiquement, au plus près des pays qu’elle compte desservir. « Pour assurer notre déploiement international, nous sommes en train de terminer l’installation de notre second point de présence, cette fois-ci, à Singapour, pour servir nos premiers clients asiatiques. Sao Paulo, Sydney, Hongkong… suivront en 2012″, avance le dirigeant.

 

L’OPTIMISATION, AU CŒUR DE LA MUSIQUE À LA DEMANDE

Les logiciels qui gèrent cette diffusion sont développés en interne, pour gérer au mieux la charge. Dans cette optique, le lecteur affiché à l’internaute, autrement dit le « client » recevant les données, est central. Pour la diffusion sur ordinateur, Deezer s’appuie sur son site Internet et un lecteur en Flash. « Notre solution nous permet de gérer la chaine de streaming de bout en bout. Grâce à cette technologie, nous sommes les seuls à pouvoir nous servir du cache navigateur [une mémoire stockée sur l’ordinateur de l’utilisateur] pour optimiser la consommation de bande passante, mais surtout améliorer l’expérience utilisateur », précise Daniel Marhely.

Spotify, lui, mise sur le fonctionnement de son logiciel, que les utilisateurs doivent installer. Pour se décharger de l’envoi des données, l’entreprise a développé un logiciel lui permettant un fonctionnement particulier (PDF). La musique provient ici de trois sources : pour moitié, du cache du logiciel, pour plus d’un tiers, des autres utilisateurs – en pair à pair – et pour moins de 10 %, des serveurs de Spotify. L’application vérifie d’abord si le morceau est disponible directement sur l’ordinateur ou le téléphone de l’utilisateur, puis dans les sauvegardes des autres utilisateurs, avant de recourir aux serveurs de Spotify. Le but étant toujours de fournir la musique sans attente.

Jamendo, qui diffuse une musique libre, difficilement répertoriée, doit faire face à des contraintes particulières. « Nous utilisons une solution de diffusion développée en interne dans le groupe. Nous n’avons pas accès à des outils comme Gracenote [bibliothèque de métadonnées comme les titres, noms d’artistes, d’albums… pour la musique commerciale] pour organiser notre catalogue. Nous utilisons donc nos propres algorithmes de classement et de récupération des métadonnées« , argumente Pierre Gérard. « Nous lancerons fin mars une nouvelle version de notre site, avec un lecteur en HTML5, pour écouter sans se soucier des changements de page. L’objectif de cette version est de permettre d’éditorialiser plus facilement la plateforme, notamment au travers des radios, et de mettre en avant la part sociale », conclut-t-il.

DE NOUVELLES TECHNOLOGIES POUR DE NOUVEAUX MODÈLES ÉCONOMIQUES

L’un des grands défis futurs pour ces sociétés est l’amélioration de la qualité, amenée à se diriger vers de la haute fidélité. Après avoir racheté le site Lala.com, Apple développerait une nouvelle méthode de diffusion, dite « adaptative », modifiant la qualité d’écoute en fonction de la connexion, jusqu’à de la haute fidélité pour les meilleures, avec une consommation de bande passante moindre. La nouveauté serait prévue pour le service de stockage en ligne iCloud de la firme.

Les services concurrents préparent eux-mêmes leurs propres solutions. Le cofondateur de Deezer affirme ainsi travailler étroitement avec le spécialiste du son haute fidélité Dolby « depuis plus d’un an déjà, pour proposer la meilleure qualité de son sur PC et mobile. Et nous avons comme objectif en 2012 de proposer une offre haute qualité pour les amateurs de jazz et de musique classique. » Une voie tracée par un autre service français, Qobuz, qui propose téléchargement et streaming de musique « en qualité CD » depuis fin 2011.

Un autre objectif est celui de la diffusion sur mobile. « Sur nos utilisateurs Premium+ (Web et mobile), on constate une répartition de 55 % du temps passé sur le site et 45 % sur le mobile », déclare Deezer, qui s’est lancé sur mobile fin 2009 et est inclus dans certaines offres Orange depuis fin 2010. L’importance de ces appareils nomades est amenée à grandir dans les prochains mois avec la poursuite de la montée des smartphones partout dans le monde. L’arrivée ces prochaines années de réseaux mobiles de quatrième génération (4G) devrait aider à supporter ces usages.

Reste, pour les services de streaming, à trouver le meilleur équilibre sur les domaines non techniques, qu’il s’agisse de la répartition des droits ou d’attirer les utilisateurs de services de téléchargement illégal. Selon une récente étude IFOP pour le site spécialisé Clubic, la fermeture du site de streaming et de téléchargement Megaupload aurait grandement profité aux services de streaming gratuits. Quand 49 % des internautes affectés par la fermeture de Megaupload déclarent continuer à télécharger illégalement par d’autres moyens, un autre tiers d’entre eux indiquent s’être tournés vers les services de streaming légal gratuit, et à peine 12 %, vers des offres payantes.

Les discussions se poursuivent aussi entre les services de streaming et l’industrie musicale, qui juge que les revenus générés sont trop faibles pour les artistes et les ayants droit. Pour Last.fm, le développement du streaming profite, in fine, aux « petits » artistes. « Les artistes les plus populaires amènent évidemment plus de trafic. Mais en général, il y a un phénomène fort de ‘longue traîne’ où un petit nombre d’artistes crée un grand intérêt, qui se dirige ensuite vers d’autres artistes avec moins d’activité. »

Guénaël Pépin

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