Festival de Salzbourg: « La Flûte Enchantée » fait peau neuve sur instruments anciens

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Les époques se mêlent au travers des costumes. L'oiseleur vaque à ses occupations grâce à une voiturette estampillée "Papageno's" dans laquelle sont pendus des oiseaux morts.
(c) Afp

Les époques se mêlent au travers des costumes. L’oiseleur vaque à ses occupations grâce à une voiturette estampillée « Papageno’s » dans laquelle sont pendus des oiseaux morts. (c) Afp

L’opéra le plus connu de Wolfgang Amadeus Mozart, « La Flûte Enchantée », a fait peau neuve vendredi soir au Festival de Salzbourg où il était interprété pour la première fois sur instruments d’époque dans la ville natale du compositeur par le « pape » du renouveau baroque, le chef d’orchestre autrichien Nikolaus Harnoncourt.

Nikolaus Harnoncourt, bientôt âgé de 83 ans, a conduit avec vigueur son orchestre, le Concentus Musicus Wien, faisant sonner de manière inusitée des airs connus dans une prestation d’une haute tenue, nuancée, ciselée, en symbiose parfaite avec les chanteurs.

Le ténor suisse Bernard Richter, à la voix souple et puissante, a suscité un vif enthousiasme de la part du public dans le rôle de Tamino, le beau prince parti à la recherche de Pamina, la soprano allemande Julia Kleiter, dont il s’est épris en voyant son portrait.

Sarastro, incarné par la basse allemande Georg Zeppenfeld, qui retient Pamina hors de l’influence de sa mère, la Reine de la Nuit, a également séduit les auditeurs, comme cette dernière, la soprano allemande Mandy Fredrich, parfaitement à l’aise dans les vocalises périlleuses qui caractérisent sa partition.

Seul personnage dont la simplicité rassure et amuse les spectateurs, l’oiseleur Papageno a bénéficié des talents d’acteur du baryton autrichien Markus Werba.

« La Flûte Enchantée » est le dernier opéra composé par Mozart peu avant sa mort, en 1791, sur un livret de l’acteur et metteur en scène Emmanuel Schikaneder, qui avait joué avec brio le rôle de Papageno lors de la création de l’oeuvre, dans les faubourgs de Vienne.

Dans cet ouvrage mystérieux et complexe, s’affrontent deux mondes, celui lumineux et rationnel de Sarastro et celui de la Reine de la Nuit, où s’épanouissent fantasmes et sensualité. « La Flûte Enchantée » et sa quête initiatique a suscité de nombreuses interprétations, notamment du fait de l’appartenance de Mozart à la franc-maçonnerie.

Jens-Daniel Herzog, qui le met en scène à Salzbourg, entend faire de l’opéra « un message pour ici et maintenant ». Sur la scène, six portes surmontées chacune de lettres de l’alphabet. Au-dessus, une terrasse, d’où l’on peut observer les astres grâce à des télescopes. Par un jeu d’emboîtements, ce décor se modifie au gré des besoins.

Il s’apparente à un labyrinthe, illustrant le parcours initiatique auquel Tamino, Papageno et Pamina sont soumis. Mais il laisse aussi place au surgissement d’un espace onirique, comme lorsque les trois enfants chargés de guider Tamino apparaissent, chacun d’une taille différente, tout de noir vêtus, semblables à des vieillards. Ou lorsque des loups aux yeux rouges suivent, comme envoûtés, le jeune prince qui joue de la flûte.

Les époques se mêlent au travers des costumes. L’oiseleur vaque à ses occupations grâce à une voiturette estampillée « Papageno’s » dans laquelle sont pendus des oiseaux morts.

Pamina, vêtue d’une robe bleu marine à col blanc, est retenue prisonnière dans un collège où des étudiants portent l’uniforme de rigueur, culottes courtes et chaussettes montantes.

En blouse blanche, le crâne rasé, Sarastro a sur sa poitrine le cercle solaire lui conférant son pouvoir qui clignote à l’image d’un coeur battant. Un épais cordon noir le relie à l’arrière de son crâne.

Son univers rationnel et glacé est celui de la science où les règles prennent le pas sur les individus. Dans ce monde, seul Manostatos, « le Maure », monstrueux et grotesque, est soumis à son désir irrépressible pour Pamina.

Cet opéra sera retransmis en direct du Festival de Salzbourg le 30 juillet à 20H15 (18H15 GMT) sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte.

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Francis Poulenc écrit ce qui lui chante

Francis Poulenc (1899-1963) fut-il l’un des compositeurs les plus littéraires de la musique française ? « Certainement, et de loin ! » répond sans hésiter Nicolas Southon, maître d’œuvre d’un imposant recueil de textes et d’entretiens  de Poulenc intitulé J’écris ce qui me chante (956 pages, 32 euros, Fayard), beau titre qui donne le « la » à l’ensemble, si l’on peut dire. On l’y retrouve dans sa finesse, son humour, sa lucidité, toutes choses qui ont rendu le personnage attachant aux nombreux artistes qui l’ont fréquenté. Mais « littéraire », qu’est-ce que cela peut bien signifier s’agissant d’un compositeur, celui-ci voulut-il passer pour « le musicien des poètes » ? Cela n’a de sens que lorsqu’ une passion intime se transcende dans sa musique et que celle-ci, loin de l’illustrer ou de la prolonger, la sublime en y trouvant le meilleur de son inspiration. La preuve : ce que ses trois opéras doivent à l’Apollinaire des Mamelles de Tirésias, au Bernanos de Dialogues des Carmélites et au Cocteau de La Voix humaine. Sans compter les dizaines et dizaines de poèmes qu’il musiqua, notamment ceux de son grand ami Paul Eluard.

Au passage, il aurait pu décourager un Jean Echenoz de se lancer dans une « Vie de Ravel » en assurant qu’en dépit du romantisme du Boléro, il ne faut pas se laisser prendre par le caractère secret du compositeur ; on sait en effet que le secret a la capacité de dissimuler aussi bien des choses extraordinaires que le néant : « La vérité, c’est qu’il n’avait pas grand chose à cacher. Ce faux sceptique, cet ironiste-par-pudeur, a vécu, très simplement, pour sa musique, sa famille, ses amis ». Les Fables de La Fontaine lui tenaient lieu de verre d’eau sur sa table de chevet. Il l’adorait jusqu’à lui rendre hommage dans son ballet Les Animaux modèles. Francis Poulenc est d’ailleurs le seul musicien à figurer parmi les quelques deux cents personnalités de la fameuse collection de Raymond Queneau « La Bibliothèque idéale » ; encore qu’on ne sait trop s’il fut le seul sollicité ou le seul à avoir répondu. Curieusement, il n’y cite ni La Fontaine ni Bossuet, et guère de classiques à vrai dire mais plutôt ses contemporains (en 1950) et ses proches (Jouhandeau, Lacretelle, Larbaud, Simenon, Desnos, Green, Mauriac, Valéry, Rivière ect), et même un clin d’œil à Debussy (Monsieur Croche antidilettante) des grands romantiques allemands, des Espagnols du XVIème siècle. Plus originale est la liste de ses détestations : tout Moréas, tout Romain Rolland, tout Kipling, tout Giono, tout le théâtre de Sartre… Mais il est capable de porter au plus haut les Cinq grandes odes de Claudel et de placer au plus bas L’œil écoute du même. Bref, on ne pourra pas dire que la muse Euterpe n’a pas droit de cité dans la République, fût-elle représentée par le mauvais garçon de la musique française.

Je n’ai pas tout lu de ce millier de pages annoté et présenté avec précision par Nicolas Southon ; je m’y suis promené par sauts et gambades, comme il se doit, et c’est d’une telle richesse que la promenade est sans repos ; mais s’il est une occurrence que j’ai particulièrement recherchée, c’est bien celle de Dialogues des Carmélites. Un concert inoubliable est à l’origine de ma curiosité ; c’était à Budapest en compagnie d’Henri Cartier-Bresson qui, à l’entracte, me souffla non sans malice à l’oreille : « Il a été loin, le petit Rhône-Poulenc… » alors que la parenté ne m’était jamais venue à l’esprit . La première de cet opéra en trois actes, d’après un scénario posthume inspiré à Georges Bernanos par la nouvelle de Gertrud von Le Fort La Dernière à l’échafaud (Die letzte am Schafott), et aussi d’après l’adaptation théâtrale de Jacques Hébertot, eut lieu à la Scala de Milan en 1956 ; ce fut un triomphe, bientôt français et international. Comment Poulenc a-t-il fait pour être de plain-pied – et même « les pieds pris » sous le choc – avec la prose de Bernanos ? elle n’est pas de celles qui se donnent facilement et permettent à des notes de musique de couler entre ses mots : « C’est tout simple : sa conception religieuse est la mienne. Nous avons le même Dieu » expliqua-t-il au critique Bernard « Clarendon » Gavoty. Traduisez : ils se comprenaient. Ce qui n’était pas le cas avec Claudel, qui avait pourtant, lui aussi, « le même Dieu », mais trop énigmatique à son goût ; et lorsque le poète voulut lui faire écrire un oratorio à partir des méditations que lui avait inspiré Le Livre de Job, le musicien déclina poliment. « Affaire de sentiment et de vocabulaire ! » Poulenc disait que Bernanos ou son cher Bossuet, c’était tout comme, et qu’il suffisait de relire le Panégyrique de sainte Thérèse qu’il prêcha en 1658 devant la Reine mère pour s’en convaincre. Il émonda le texte de Bernanos (qu’il n’avait pas connu, lui qui avait fréquenté presque tous les écrivains de son temps) de scènes, de répliques et même de tableaux en s’interdisant d’y ajouter le moindre mot. Il le lut moins comme une histoire sur la peur engendrée par la Terreur révolutionnaire au lendemain de la suppression des ordres religieux, que comme une méditation sur le martyr, sur la grâce, son transfert et la communion des saints. Condamnées en 1794 pour « fanatisme et sédition », ces religieuses cloîtrées furent guillotinées. Pour autant, Poulenc n’a pas fait de leur tragédie un hymne à la contre-Révolution, même si son oeuvre fut parfois lue et entendue comme telle. Sous sa plume, tout tourne autour de la foi vacillante, des hésitations et des doutes d’un seul personnage (un rôle de soprano), la jeune Blanche de La Force à l’instant de devenir soeur Blanche de l’Agonie-du-Christ et d’aller vers sa mort annoncée, elle qui avait quitté le monde par dépit plus que par un appel. Sur la première page de sa partition, il recopia cette phrase : « Que Dieu m’éloigne des saints mornes ». Il faisait monter ses Carmélites à l’échafaud en chantant le Salve Regina dans le calme, la confiance et l’espérance, comme des mystiques. L’art roman du sud de la France était son idéal religieux. Il lui conférait sa propre gaité et son propre optimisme ; son opéra n’en est pas moins marqué par l’insondable tristesse dans laquelle il baignait lorsqu’il le composa, inconsolé de la mort de son amant Lucien Roubert. Toute sa vie, il fut à la fois l’homme du Bal masqué et celui du Stabat Mater, celui de la fête permanente au Bœuf sur le toit et celui du retrait monacal. Mais il s’interdisait de les mélanger : ils coexistaient en lui mais ne se mêlaient pas. Pas de défilé de Sans-culottes ni de Carmagnole ou de scènes orgiaques dans ses Dialogues des Carmélites ; l’étude du père Bruno (La véritable histoire des Carmélites de Compiègne, Plon, 1954) les rapportait mais Bernanos en avait fait l’économie, préférant laisser la Révolution dans les coulisses. Le jour de la première à la Scala, les Carmélites de Compiègne firent vœu de silence toute la journée : « Ce sont des femmes merveilleuses. Leur religion n’admet pas de demi-mesure. C’est en quoi nous nous comprenons » confiait Poulenc, un compositeur qui se laissait guider par son instinct, obéissait à son naturel, donnant ainsi une rare leçon de liberté. Un homme qui écrit ce qui lui chante ne saurait être entièrement mauvais.

(« Francis Poulenc et Georges Bernanos encadrant deux représentations récentes de Dialogues des Carmélites, à l’Opéra de Massy et au Metropolitan Opera de New York)

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La discothèque de Radio France numérisée…

Chacun son tour

par Sophian Fanen

Nettoyage d’un vinyle avant numérisation. Photos Raphaël Dautigny pour « Libération ».

À de très rares exceptions, tous les disques joués sur l’une des sept antennes de Radio France proviennent d’un fichier numérique. Normal, vous direz-vous. Après tout, on est en 2012, et ça fait déjà quelque temps que la musique s’est dématérialisée. Oui, mais à l’échelle de la Maison de la radio, en arriver là n’a pas été sans mal. Imaginez un peu : les radios publiques françaises diffusent un millier de titres par jour. À elle seule, FIP, la radio 100% musique, en balance trois cents sur les ondes, et sans tourner en boucle sur quinze tubes comme d’autres stations. Pour nourrir ce monstre glouton, Radio France a, depuis 1944, édifié l’une des plus grosses discothèques d’Europe, qu’elle a entrepris, depuis huit ans, de numériser. « La discothèque s’est montée par besoin, raconte Marc Maret, qui en a pris la direction en 2011. Les programmateurs recevaient beaucoup de disques et le besoin d’archiver tout ça est né assez logiquement. Puis, en 1975, Radio France a hérité du patrimoine de l’ORTF », qui venait de disparaître.

Echanges de 78 tours

À ce jour, la radio publique a accumulé plus d’un million et demi d’objets : des 78 tours, des 33 tours, des 45 tours, des CD, quelque 500 cylindres (ancêtre du vinyle) et d’autres « hors format ». Tout ça doit aboutir un jour dans la discothèque numérique centrale (DNC), qui compte aujourd’hui 1,6 million de morceaux dématérialisés, avec leur pochette et les informations qui y sont attachées. Tout se passe dans la tour centrale de la Maison de la radio, à Paris. « On numérise tout ce qui entre, explique Marc Maret, soit 700 nouveaux albums par mois, en plus d’un travail sur les catalogues des grands labels comme Stax ou Barclay. Mais l’objectif n’est pas de numériser leurs références. Avoir toute l’histoire d’EMI dans un serveur mais n’en diffuser que 10%, ce n’est pas notre rôle, nous sommes une discothèque destinée à la diffusion, pas la Bibliothèque nationale de France. » D’ailleurs, quels sont les contacts entre Radio France et la BNF, qui a elle aussi commencé un long processus de numérisation de son fonds sonore ? « On échange des 78 tours numérisés. Mais la fusion n’est pas au programme, nos missions ne sont pas les mêmes. Et puis, faut-il qu’il n’y ait qu’une structure, comme s’il n’y avait plus qu’un seul musée en France ? »

Retour au processus de numérisation. A la demande des antennes, Radio France peut également sortir un CD ou un vinyle précis de son stock. « Récemment, le Mouv’ nous a demandé de la documentation musicale sur les super-héros, pour une série d’émissions. On a plongé dans les archives pour sortir des titres qui parlent du sujet, ou des albums ayant une pochette qui s’y rapporte. » Ces disques cheminent depuis la CDthèque, située dans la Maison ronde (50 000 disques), ou depuis un entrepôt au bord du périphérique nord, qui abrite, depuis 2004, les centaines de milliers de vinyles et 78 tours accumulés depuis plus d’un siècle. C’est une conséquence indirecte des attentats contre le World Trade Center, à New York, le 11 septembre 2001 : après un audit demandé par la préfecture de Paris dans la foulée, la tour de la Maison de la radio a été jugée trop vétuste, et les travaux de rénovation ont chassé une grande partie de la discothèque de Radio France vers l’extérieur.

Bientôt, les nouveautés arriveront directement sous format numérique. Les premiers labels et distributeurs (Abeille, Harmonia Mundi, puis EMI) testent le processus, qui permettra à Radio France de ralentir ses achats de CD. « Les trois quarts des disques que l’on diffuse ont été numérisés, résume Virginie Vincienne, en charge des acquisitions à la discothèque. Le reste est livré en digital. L’objectif est d’inverser cette situation d’ici à deux ans. On achètera dès lors uniquement des choses rares ou hors commerce, car notre travail c’est de surprendre les antennes, d’être dans la proposition et pas de suivre l’actualité imposée par les labels. »

Dans la même réflexion, la discothèque a commencé à racheter des vinyles, profitant du retour de ce format sur le marché. Ces achats restent toutefois marginaux (1% des acquisitions) et sont guidés par la présence dans ces rééditions (et parfois nouveautés) de titres inédits ou d’informations supplémentaires sur l’histoire du disque, qui iront nourrir la DNC.


L’entrepôt au nord de Paris qui abrite des centaines de milliers de CD, vinyles et 78 tours, 50 000 autres disques sont directement stockés à la Maison de la radio.

Mots-clés du morceau

En attendant, la numérisation des CD reste le cœur du travail quotidien. Patrick Chougui fait partie de l’équipe chargée de cette tâche aussi exigeante que répétitive. Les machines se débrouillent très bien toutes seules pour ce qui est de l’enregistrement de la musique (en .wav, un format sans perte sonore, mais déjà très daté) sur les serveurs informatiques — situés à Rennes. Mais il faut aussi taper l’ensemble des informations attachées à la musique, avec autant de précision que possible. « On rentre le nom de l’artiste, de l’album, l’année de référence, le style de musique et tous les auteurs et interprètes mentionnés dans le livret, explique Patrick Chougui. Mais le travail va plus loin : les documentalistes vont ensuite attacher de nombreux mots-clés à chaque morceau. » Une chanson qui parle de boire un chocolat chaud sur le port enneigé d’Honfleur se verra ainsi attribuer les mots-clés « chocolat », « Honfleur », « Normandie » ou « hiver »…

Ces métadonnées représentent, plus que le million et demi de titres déjà numérisés, la grande valeur du travail effectué par les radios publiques françaises. Recoupées et filtrées par un logiciel, elles permettent de faire remonter en quelques clics une collection de titres qui iront irriguer les émissions du réseau, quand il fallait auparavant passer par un long travail de recherches. Certains regretteront que le savoir humain soit remplacé par un ordinateur, d’autres penseront qu’il s’agit davantage d’une aide et d’un enrichissement.

Le travail de Stéphanie Leroy, documentaliste à la discothèque, est d’exploiter ces nouveaux moyens techniques à sa disposition. Lors de notre visite dans les locaux, elle préparait un « panier » numérique pour France Bleu Picardie. « Il n’y a plus de programmateurs en régions, on fait appel à nous pour des choses spécifiques. France Bleu Picardie prévoit des émissions spéciales sur la Foire expo d’Amiens, dont le thème porte cette année sur les Etats-Unis. Je leur ai sorti une sélection de morceaux qui sera à leur disposition sur l’intranet de Radio France. »

À quelques étages de là, FIP est la station la plus gourmande en musique du réseau de Radio France. Elle ne fait que ça (et un peu d’info), 24 heures sur 24. Ses sept programmateurs, qui sélectionnent chacun trois heures de musique par jour, font quotidiennement numériser ce qui ne l’est pas parmi leurs choix, participant ainsi au développement de la discothèque numérique. « La DNC nous ouvre un énorme champ des possibles, estime Luc Frelon, programmateur. Elle nous permet surtout de découvrir des disques dont on ne connaissait pas l’existence. Par exemple, en cherchant Strange Fruit [de Billie Holiday, ndlr], on peut tomber sur une autre version enfouie dans la collection. C’est un puits sans fond et on peut aussi s’y perdre ! »

Plateforme pour 2013

Et puis, il y a parfois des couacs dans la base informatique,créée il y a huit ans déjà. « Les débuts étaient un peu approximatifs, commente Luc Frelon. Les noms des morceaux contenaient des fautes, les pochettes n’étaient que photocopiées dans un noir et blanc pas terrible. L’autre jour, je suis aussi tombé sur un disque de FFF, avec le bon nom et les bons titres, mais pas la bonne musique. » Pour éviter ce genre d’erreurs, chaque disque numérisé est vérifié par deux personnes.

Grâce au galopant travail de numérisation, la discothèque de Radio France va bientôt connaître une nouvelle jeunesse, elle qui, pendant des décennies, a ronronné au cœur de la Maison de la radio. Elle va découvrir le monde sous la forme d’une plateforme web gratuite qui doit être lancée début 2013. C’est le travail de Joël Ronez, directeur des nouveaux médias à Radio France. « La numérisation va nous permettre de valoriser le fonds musical de la maison. Cette plateforme ne permettra pas d’écouter toute la discothèque, parce que notre rôle n’est pas de concurrencer Deezer mais plutôt de proposer nos choix, d’exposer la musique et si possible la bonne. »


La radio publique compte plus d’un million et demi d’objets dans sa discothèque

Choses oubliées

La plateforme doit diffuser, en streaming, des playlists éditorialisées, accompagnées d’histoires, de reportages, d’interviews, répondant à l’actualité et aux programmes des diverses antennes. C’est une autre vie qui s’annonce pour de nombreux disques. Car, autant le stock des CD est bien maîtrisé et documenté, autant les vinyles et les 78 tours forment un iceberg encore à peine effleuré.

« Indexer l’histoire de la musique, qui est contenue ici, c’est un travail qui ne sera jamais achevé, avoue Marc Maret, le directeur de la discothèque. Mais petit à petit, on redécouvre des choses oubliées en tombant sur des disques au hasard, en cherchant autre chose. » A l’image de ce lourd 78 tours qui porte sur son étiquette, écrite à la main, « folklore des Antilles. Fête folklorique biguine. Martinique (en plein air) ». C’est un disque qui a carrément été pressé à Radio France, probablement dans les années 50, à partir d’un enregistrement effectué par un technicien maison en déplacement.

« Les raretés se trouvent surtout dans les 78 tours, confirme Christian Charles, qui, pour la discothèque, s’occupe de Radio Vinyle. Cette émission, diffusée sur les antennes de Radio France, permet d’exhumer des disques qui viennent eux aussi alimenter la DNC. Radio France n’achète pas un disque parce qu’il est rare, mais parce qu’il est intéressant pour l’antenne. Avec le temps, certains sont toutefois devenus importants parce qu’ils sont introuvables ailleurs. C’est le cas d’artistes enregistrés en Afrique de l’Ouest ou en Asie [dans la première moitié du XXe siècle, ndlr]. On travaille en ce moment avec le Bénin, dont la radio nationale n’a pas conservé ses archives musicales. Nous, on les a. »

Publié dans Libération du jeudi 19 juillet.

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Rififi lyrique à Montpellier…

Samedi 21 Juillet 2012 à 12:00 |
Benoît Duteurtre – Marianne

L’originalité de son festival de musique classique a longtemps fait la réputation de la capitale languedocienne. L’après-Georges Frêche s’avère toutefois mouvementé, tandis que de violentes polémiques éclatent aussi à l’opéra.

(Place de la Comédie à Montpellier - DAMOURETTE/SIPA)

(Place de la Comédie à Montpellier – DAMOURETTE/SIPA)
A Montpellier, ville réputée pour ses excellentes institutions musicales, la disparition du tout puissant Georges Frêche semble avoir inauguré une période de dissonances. Seul maître à bord depuis 1977, le tonitruant président de la communauté d’agglomération savait fasciner, mais aussi déplaire par son autoritarisme et ses excès verbaux. C’est pourquoi, sans doute, après son décès, brutalement survenu le 24 octobre 2010, nombre d’élus de Languedoc Roussillon ont montré leur volonté de passer un coup de balai. Ce changement touche notamment l’édifice bâti en vingt-cinq ans par l’ancien maire, en complicité avec le compositeur René Koering. Tandis qu’une nouvelle organisation culturelle voit le jour à Montpellier, de violentes polémiques agitent aussi l’orchestre et l’opéra.Qu’on se rassure toutefois, en ce début d’été : le Festival de Radio France et Montpellier continue. Première création de Koering, en 1985 (il était alors directeur de France Musique), cette énorme manifestation coproduite par le service public devait initialement se déplacer d’une ville à l’autre. Sauf que Montpellier et sa région  sont rapidement devenus les principaux bailleurs de fonds du festival, conduisant Radio France à s’y installer durablement. La redécouverte de partitions et d’opéras oubliés, l’accueil des expériences baroqueuses de Gardiner ou René Jacobs, mais aussi les « rencontres de Pétrarque », lieu d’échanges philosophiques organisés par Le Monde et France Culture, ont construit la place exceptionnelle de ce rendez vous parmi les innombrables festivals de juillet.L’aventure montpellieraine de René Koering avait même si bien pris que Georges Frêche, dès les années 1990, s’était décidé à lui confier l’ensemble des institutions musicales de la ville. Fort en gueule comme son patron, Koering est aussi un découvreur passionné autant qu’imaginatif. Par la qualité des programmes et des artistes invités, il a donné à l’orchestre et à l’opéra un nouvel élan, faisant de Montpellier l’une des premières villes musicales de France, à l’égal de Lyon, Strasbourg ou Toulouse. Son irrésistible ascension allait culminer en 2004 avec sa nomination comme « surintendant » de la musique –  un titre oublié depuis Lully, qui faisait rimer l’ambition de Koring avec la mégalomanie de Frêche, dénichant au même moment le nom de « Septimanie » pour rebaptiser la région. Dans ce domaine, en tout cas, les résultats furent à la hauteur du bagout !

Après la disparition de Georges Frêche, la région a souhaité limoger Koering, trop lié sans doute à l’« ancien régime ». Dans l’impatience de tourner la page, on a invoqué son âge et dénoncé ses émoluments pour l’écarter du festival qu’il a dirigé pour la dernière fois en 2011. Contraint de lui trouver un successeur, Radio France a logiquement confié la mission à Jean-Pierre Le Pavec, responsable des orchestres de la maison. Changement d’homme et changement de style : car Le Pavec, fondateur de l’excellent festival de Saint-Denis, est plus habitué aux concerts grand public qu’aux découvertes musicologiques qui ont fait l’attrait de Montpellier. Épaulé par le compositeur Pierre Charvet, il joue pour cette édition 2012 le changement dans la continuité, avec en tête d’affiche deux raretés lyriques : Thérèse de Massenet, et Une Vie pour le tsar de Glinka. Plus attendu, le reste du programme accueillera de grands interprètes (Capuçon, Norrington, Fazil Say…) dans des programmes de répertoire – la musique contemporaine étant réservées aux séries de « jeunes solistes ». La qualité de l’affiche est incontestable. Attention toutefois au risque de devenir un festival comme les autres, quand les moyens de Radio France, ajoutés à ceux de Montpellier, devraient permettre d’accomplir ici des ambitions trop souvent négligées : l’exploration du répertoire (français en particulier), la création d’oeuvres nouvelles, et tout ce qui marque la singularité du service public de la musique.

La tête du patron

Tandis que le Festival entame cette nouvelle ère, un furieux brouhaha s’élève des coulisses de l’orchestre et de l’opéra, depuis que les autorités locales ont placé ces deux institutions sous la houlette de Jean-Paul Scarpitta. Début juin, une motion de défiance votée par le personnel à 82 % (du jamais vu…) a dénoncé cet ambitieux directeur auquel on reproche « harcèlement moral » et « incompétence ». Pas moins. Tout avait pourtant bien commencé, du temps où le très mondain Scarpitta, organisateur d’événements et ami des stars, fréquentait le festival de Montpellier en compagnie de ses amis Gérard Depardieu ou Fanny Ardant – qui montaient parfois sur scène le temps d’un spectacle. Koering, aujourd’hui, semble regretter de s’être laissé séduire par cet entremetteur de talent, en lui ouvrant les portes de Montpellier. Car le ton a rapidement changé, dès que Scarpitta s’est vu associé à la direction de l’opéra.

Jusque-là, René Koering régnait sans partage sur les deux salles lyriques (la Comédie et le Corum) comme sur l’orchestre et le festival. Les directeurs de passage n’étaient que les délégués du tout puissant « surintendant » – qui ne détestait ni le pouvoir, ni l’argent, mais s’imposait par son immense culture musicale. Or, dès la mort de Frêche, l’aimable Scarpitta a prétendu exercer toutes ses prérogatives, y compris contre Koering. Devenu Calife à la place du Calife, il a bénéficié du soutien de la puissante région, engagée dans sa campagne de « défrêchisation ». On aurait pu s’étonner de voir un organisateur d’événements people s’ériger à la fois metteur en scène, directeur d’opéra et programmateur d’orchestre. Mais comme le déplore Koering : « Logiquement, c’est la compétence qui devrait donner le pouvoir. Mais certaines personnes croient que le pouvoir leur donne de la compétence ! »
Sur le papier, les deux premières saisons de Jean-Paul Scarpitta ne manquent pas d’attrait.

Du chef d’oeuvre de Philip Glass et Bob Wilson Einstein on the beach (salué dans les colonnes de Marianne), au retour de Lakmé qu’on se réjouit de redécouvrir l’an prochain (dans une mise en scène de notre collaborateur Vincent Huguet), la curiosité a toujours sa place à Montpellier. Sauf que, mois après mois, les dérapages se multiplient. Financiers d’abord, ils ont conduit à payer le spectacle de Philip Glass près d’un million d’euros, à faire également venir le chef italien Ricardo Muti à prix d’or, ou à utiliser la manne du mécène Louis Nicollin pour organiser un gala au profit de la fondation Carla Bruni, autre grande amie de Scarpitta… et ce en pleine période électorale. Les musiciens de l’orchestre dénoncent aussi le mépris du nouveau directeur pour leur formation. La polémique s’est aggravée après sa décision de remplacer la philharmonie montpelliéraine par un orchestre invité pour le prochain concert du nouvel an ; elle s’est concrétisée avec le départ du directeur musical Lawrence Foster. De fait, Scarpitta, homme de scène plus que de musique, mise d’abord sur le spectacle et sur l’affiche : en invitant par exemple Jean-Paul Gaultier (un autre ami) à dessiner les costumes des Noces de Figaro, programmées pour la réouverture de l’Opéra-Comédie dans une mise en scène de… Scarpitta lui-même.

La tension reste vive, tant le personnel des institutions musicales semble décidé à obtenir la tête du patron. Scarpitta, lui, tient bon et bénéficie du soutien sans faille des élus. Jusqu’à un certain point, puisque ces derniers ont finalement opté pour la nomination d’un « secrétaire général », chargé de veiller dans l’ombre, en attendant la présentation d’un « nouveau projet artistique et culturel élaboré par le directeur ».

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Sonates pour violoncelle et piano de L v Beethoven. Pierre Fournier et Freidrich Gulda.

Un document sonore d’une importance capitale.

Il était de bon ton de ne jurer que par M. Rostropovitch quand il s’agissait de violoncelle, tout comme il était de bon ton de ne jurer que par Y Menuhin quand il s’agissait de violon voilà quelques années.

Il se trouve qu’une longue lignée de violoncellistes français, à commencer par Pierre Fournier en passant par M Maréchal, P Tortelier, A Navarra, M Gendron et d’autres, ont participé à l’élaboration d’une école française de renom, renom quelque peu atténué par l’arrivée dans le champs musical du phénomène Mitslav Rostropovitch. Il ne sera pas écrit ici une quelconque critique de ce symbole politique, tout comme l’a été Y Menuhin en son temps. Et il ne sera pas écrit non plus une quelconque critique sur le plan artistique de cet interprète hors du commun. Il sera seulement souligné que l’arrivée de très forts symboles politiques et musicaux dans une société en pleine mutation a plongé dans un regrettable oubli relatif des talents jusque là admirés à leur juste et grande valeur.

Pierre Fournier est de ces grands artistes français dont on peut craindre qu’aujourd’hui, les nombreux et nombreuses mélomanes, les élèves de conservatoires et les amateurs de musique aient oublié le talent exceptionnel et sa dynamique sonore toute personnelle. L’ enregistrement proposé ici est l’occasion rêvée de redécouvrir cet artiste.

Pierre Fournier enregistre en 1969 ces sonates de L v Beethoven en compagnie du pianiste Freidrich Gulda, autre grande figure musicale, reconnu tardivement comme l’un des pianistes les plus intéressants de sa génération.

Le duo ainsi constitué nous révèle la profondeur de la pensée beethovénienne dans l’opus 69 ainsi que l’élégance formelle du final de cette même sonate, la continuité de la pensée du compositeur dans les opus suivants par une lecture à la fois respectueuse de la partition et une grande liberté dans l’interprétation.

Il n’est pas inutile de souligner le travail prodigieux des ingénieurs du son en cette année 1969 qui nous donne à entendre, dans une plénitude sonore que l’on aimerait retrouver en ces temps de son numérique, les deux interprètes de ce moment musical rare qui aurait certainement bouleversé F Schubert..

La partition de la sonate n° 3 opus 69 est disponible sur le lien suivant :

IMSLP36951-PMLP04421-Beethoven_-_Sonata_Op69_Piano-1

Florémon

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