Arte réussit sa rentrée

Télérama

Rentrée télé | De l’art, des enquêtes, l’émission d’Elisabeth Quin allongée, des fictions audacieuses… les annonces de rentrée d’Arte font à nouveau saliver. Il était temps.

Le 27/08/2012 à 00h00 – Mis à jour le 28/08/2012 à 10h56
François Ekchajzer

 

 

A vouloir se remettre en mémoire les programmes marquants d’Arte de la saison dernière, on a tôt fait de s’avouer qu’ils n’étaient pas légion. Que les occasions de s’enthousiasmer étaient plus rares que celles de somnoler, voire de s’emporter contre une perte de substance et d’identité de la chaîne culturelle. Après cette période de disette, la rentrée d’Arte a des airs de festin. C’est en tout cas l’impression que nous donne la présentation qu’en ont faite ses responsables ce lundi 27 août, lors d’un déjeuner au cours duquel ont été prononcés les termes prometteurs de « relance éditoriale » et de « plaisir et [de] culture associés l’un à l’autre ».

Arts et enquêtes occupent une place de choix parmi les documentaires présentés. Arts, avec différents films accompagnant souvent de grandes expositions. De l’ouverture du département du Louvre consacré aux arts de l’Islam (La main tendue, de Richard Copans, le 26 septembre), à la rétrospective Hopper du Grand Palais (La toile blanche d’Edward Hopper, de Jean-Pierre Devillers, en octobre). Rayon photo, Le siècle de Cartier-Bresson révèle un documentariste, en la personne du journaliste Pierre Assouline. La belle collection Photo (en novembre) confirmant l’immense talent de Stan Neumann. En matière d’investigation, Arte ne fait pas dans la demie-mesure, puisqu’elle proposera dès septembre des films sur Goldman Sachs (le 4), sur Nestlé et le business de l’eau en bouteille (le 11), sur l’avenir alimentaire de la planète (Les moissons du futur, de Marie-Monique Robin, en octobre)  et sur la Chine, nouvel empire décrypté par Jean-Michel Carré (en décembre).

En matière de séries, Arte sort d’une atonie tout juste sauvée par Borgen, production danoise dont la deuxième saison arrivera en novembre. Un mois plus tôt, Ainsi soient-ils nous fera partager chaque jeudi le quotidien de cinq séminaristes, dans le Paris d’aujourd’hui. Quant à The Spiral, coproduction internationale qui sera diffusée simultanée dès le 3 septembre dans neuf pays, elle mêle antenne et web, invitant l’internaute à mener lui aussi son enquête sur le vol de six tableaux, commis le même jour dans six musées d’Europe.

Fable cruelle
Dans le registre des fictions unitaires, deux extraits de programmes prévus pour octobre donnent la couleur (très noire) de la rentrée : Clara s’en va mourir, de Virginie Wagon, dans lequel Jeanne Balibar incarne une tragédienne qui, apprenant sa mort prochaine, va au devant d’un suicide assisté ; et Rapace, de Claire Devers, fable cruelle dans l’univers de la finance.

Les amateurs de gaieté devront se tourner vers les programmes courts, et notamment vers Silex and the City, réjouissante adaptation des B.D. à succès de Jul, qui critique notre société à travers le « prisme paléolithique ». A partir du 3 septembre, on découvrira ainsi (du lundi au vendredi, à 20h45) combien le recul de 40 000 ans peut aider à comprendre en se poilant les mécanisme de crise ou les effets pervers de la mondialisation.

Du recul, Elisabeth Quin et sa fine équipe n’en manquent pas, qui nous reviennent chaque soir (à 20h05) dans une formule renouvelée du magazine 28 minutes. Avec quelques minutes en plus (mais sans changement de titre !), de nouvelles rubriques, de nouveaux chroniqueurs, qui porteront un regard décalé sur l’actualité du jour.

Ajoutez à cela une programmation cinéma, dont se détachent un cycle Werner Herzog (cinq films, les 5 et 10 septembre), un cycle Tim Burton (8 films, en décembre), la version intégrale et restaurée des Enfants du paradis (en novembre), à l’occasion de l’exposition de la Cinémathèque française autour du chef-d’œuvre de Marcel Carné… Cela faisait longtemps qu’Arte ne nous avait pas autant appâtés.

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Cessons de décourager la vocation musicale des enfants

 

LE MONDE | 23.08.2012 à 15h21 • Mis à jour le 24.08.2012 à 14h28

Par Murielle Radault, professeur d’éducation musicale, mère d’élèves

On entend parfois dire que les Français seraient moins « musiciens » que d’autres. C’est tout à fait faux. En France, la demande de musique est énorme. Mais nous sommes le seul pays au monde à proposerun parcours d’apprentissage aussi aberrant. Erigé en bête noire par des générations d’enfants, le solfège y occupe une place démesurée. Non seulement ce système verrouille et castre, mais, de surcroît, il le fait de manière erratique et incohérente.J’aime les conservatoires. Ces maisons de la musique permettent un apprentissage où l’individuel avance de pair avec le collectif, une des manières les moins onéreuses de pratiquer un instrument auprès de bons professeurs, merveilleux privilège dont tant d’adultes ont le regret. Une faille : l’enseignement du solfège. Désormais appelée « formation musicale » (FM), cette matière mobilise les élèves pour un temps environ 3 fois supérieur à celui de leur cours d’instrument. Elle se compose de deux cycles de cours obligatoires de quatre ans chacun où des hordes d’enfants se rendent sans joie. Trop longs (jusqu’à deux heures hebdomadaires), les cours de formation musicale grèvent l’emploi du temps de l’élève.

L’ineptie des contenus est effarante. Des écoliers du primaire planchent durant des séances entières sur des partitions d’orchestre ou des qualifications d’intervalles. Or, ce type de connaissances ne correspond pas à leur évolution psychique : ce qu’un grand adolescent assimilerait en quelques séances, aucun enfant ne le comprend. Au mieux, il les apprendra par coeur. Au pire, elles le dégoûteront à jamais de la musique.

Cette intellectualisation précoce est d’autant plus pernicieuse qu’elle fait perdre de vue les paramètres élémentaires : rythme, lecture, chant. On invente alors des systèmes de soutien, censés pallier l’indispensable travail de base, non effectué en cours, qui ponctionnent encore davantage le temps de l’enfant… tout cela pour aligner deux croches noires !

Trop de cours ont des contours flous. Il en résulte un stress diffus, notamment pour les familles qui n’ont aucun moyen de suivre leur progéniture. Un épisode insolite s’est déroulé au conservatoire Frédéric-Chopin (Paris 15e). Après un temps de préparation fort bref, un enfant de 10 ans poursuit à l’oral son « parcours de lecture » en clé de sol sans prendre garde au changement de clé. Au lieu de l’interrompre pour lui signaler son erreur, le jury le laisse terminer puis divise sa note par deux comme s’il était entendu qu’il ne savait pas lire la clé de fa. Or cet élève pratique le violoncelle depuis plusieurs années (un instrument qui se lit en clé de fa). Directeur et conseiller aux études, pourtant avertis, n’y trouvent rien à redire.

Après quelques années d’un tel régime, on comprend mieux la fonte massive des élèves. En juin, le tableau d’affichage apposé dans le hall de ce même conservatoire recense 105 enfants à l’examen de fin de premier cycle et 71 reçus, soit un taux d’échec proche des 30 %. L’année suivante, ils ne sont plus que 49 candidats et, quatre ans plus tard, en fin de second cycle, il n’en reste que… 27, à peine plus du quart, dont certains ont déjà entamé leurs études supérieures !

Aucune précision quant au détail des notes et des compétences évaluées. Un mot : maintien ou passage, assorti d’une litanie hallucinante de commentaires, tous négatifs. On chercherait en vain l’ombre d’un encouragement. Dans un lieu fréquenté par la fine fleur des élèves en termes d’écoute et d’investissement, on reste pantois devant ce formidable gâchis. Files d’attente interminables ou réseaux téléphoniques saturés dès l’ouverture des inscriptions disent un fort désir de musique. Que devient le beau vivier d’amateurs qui manifeste son adhésion à travers des déplacements souvent trihebdomadaires ?

Un audit des conservatoires parisiens a eu lieu récemment. Axé sur des aspects comptables, sociologiques et organisationnels, un rapport d’avril 2010 relève qu’un professeur de FM comptabilise moins d’élèves que ses collègues et préconise… le remplissage de la classe. On oublie de préciser que la demande concerne l’apprentissage d’un instrument et non la FM. Le secret ? Celui-là même qui résume toute pédagogie de l’enfant : être exigeant sur du court. Le travail auprès des professeurs d’instrument (vingt minutes en début de cycle) en fournit un remarquable exemple.

Trois objectifs : 1. L’allégement des horaires de formation musicale : une heure hebdomadaire maximum en 1er cycle, une heure et demie hebdomadaire maximum en 2nd cycle. 2. La simplification des contenus : un cours clair et limitatif, une pratique régulière (non évaluée) du déchiffrage, des devoirs légers comportant une petite part d’écriture, la vérification du travail donné, celle des cahiers qui repartent dans les maisons. 3. Des examens axés sur la réussite de l’élève : mal conçues, certaines épreuves déstabilisent de bons élèves au lieu de leur permettre d’exprimer leur talent, créant d’inutiles souffrances. Assiduité, chant et rythmes préparés devraient garantir le passage dans la classe supérieure. La formation musicale doit soutenir et non parasiter un art qui, à l’âge des enfants, se vit avant de se penser.

Murielle Radault, professeur d’éducation musicale, mère d’élèves

 

Vos réactions (23)

Grouchy 25/08/2012 – 16h03

Il y a une hiérarchie des plaisirs musicaux : 1) celui de l’auditeur pur, inapte à jouer et composer 2) celui du pratiquant et de l’exécutant plus ou moins instruit de théorie 3) celui du compositeur parfaitement instruit de théorie et qui peut noter ce que son imagination musicale lui suggère sans même avoir besoin du medium d’un instrument. Pour accéder au plaisir de niveau 3 qui longtemps fut le seul plaisir musical réellement reconnu, la parfaite théorie est nécessaire.

Grouchy 25/08/2012 – 15h56

De Vinci a dit de la peinture qu’elle est « chose mentale ». On pouvait dire jadis de même de la musique. Longtemps le titre et la fonction de musicien ont été réservés non aux exécutants instrumentistes, mais aux théoriciens compositeurs capables de noter la « musique des sphères », totalement intérieure et intellectuelle, dont les exécutions empiriques et extérieures n’ont jamais donné qu’une pâle copie. L’insistance sur la théorie musicale vient de loin.

alain lompech 25/08/2012 – 14h36

Je ne pensais pas qu’on puisse penser encore aussi faux, avoir un tel mépris pour la musique. Le solfège, la formation musicale sont les clefs qui permettent d’accéder à la musique. Les présenter ainsi est une vision réactionnaire. Que l’on allonge le temps d’étude consacré à l’instrument : oui, bien sur, sans aucun doute. Mais cela ne passe pas par le pédagogisme niais et démagogue sous jacent dans cet article. La musique est trop sérieuse pour qu’on la sacrifie ainsi.

Grouchy 25/08/2012 – 17h43

@A. Lompech. Il y a des gens qui n’aimeront jamais que le plaisir de produire des bruits ou d’en être traversés. C’est ainsi. Consolez-vous : la théorie musicale restera toujours le très haut et libre plaisir des théoriciens, mathématiciens, physiciens et métaphysiciens du son, du silence et du rythme, et des compositeurs.

Jean-Jacques75 25/08/2012 – 17h20

Il me semble que c’est vous qui manifestez du mépris pour ceux qui aiment la musique mais pas comme vous ! Avez vous eu des enfants ? Leur avez vous appris à parler grâce à des cours de grammaire et au Littré ? J’ai trop connu de personnes ayant suivi (subi ?) des années de cours au conservatoire et qui ne jouent plus ni ne chantent. C’est votre vision des études musicales qui tuent toute envie de persévérer, toute envie de jouer. « JOUER » est-ce un mot qui vous parle ?

Gaetan CALMES 25/08/2012 – 15h57

Je ne pense pas que grand monde vous interdise d’accéder à la musique par les chemins qui vous conviennent. Pourriez vous admettre qu’il y ait plusieurs voies ? Pourriez vous admetrre que le chemin que vous avez parcouru est en grande partie responsable de l’énorme quantité de renonciations qu’un (semble-t-il) amoureux de la musique comme vous, devrait regretter. Ce chemin ne vous a pas appris la générosité, je vous cite « niais et démagogue », pour qui ne partage pas vos extases.

Marie Giraud 25/08/2012 – 12h05

Examen d’entrée au conservatoire- pas cher- de Béziers en guitare . j’avais oui l’obligation de lire en clé de fa et pensais à une dispense Me Fromentin me fit chanter, reconnaitre des similarité des différences de rythmes, d’intervalles d’accords … du vécu corporel sans les mots barbares qu’elle m’indiquait en sus . Elle me donna ensuite une partition d’orchestreJ’étais sans voix devant la beauté de cette dentelle. Ce monde s’ouvrait à moi? impossible de refuser! Merci à ce couple de passeurs

Michel PARMENTIER 25/08/2012 – 08h29

La pratique est aussi en voie de disparition dans les établissements de l’éducation nationale faute de volonté de moyens humains horaires et materiels (instrumentariums). Une solution serait sans doute d’impliquer les artistes dans des programmes éducatifs de pratique concertés et sur le long terme. Cela pourrait sans doute pouvoir s’articuler avec le statut d’intermittent ???

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Emile ou notre éducation

blog Mediapart

21 Août 2012 Par FREDERICK CASADESUS

Rien n’invite, comme les vacances, à la promenade littéraire.

Au creux de la maison, le soleil déjà furète.Un petit scorpion se prélasse et quelques chauves-souris grincent, au loin, dans le grenier. C’est l’heure de retouver Histoire de la musique, d’Emile Vuillermoz.

Publié la première fois chez Fayard en 1949, l’ouvrage a bénéficié de constantes rééditions- complétées par le musicologue Jacques Lonchampt- dans la collection du Livre de Poche. Autant le dire: c’est une merveille.

En ravélien de combat, Vuillermoz ne se gêne pas pour affirmer ses goûts, déchaîner les passions, nous mettre en garde contre les fausses perspectives. « Une Germaine Tailleferre avec son gracieux « Marchand d’oiseaux », son aimable « Sonate » de violon pouvait malaisément passer pour une réformatrice ou une pétroleuse« , écrit-il à propos de l’un des piliers du Groupe des Six.  Il ne manque pas Monpou, dont il loue le raffinement exquis et l’aptitude singulière à traduire l’intraduisible et à transposer dans le domaine des sons des sensations et des impressions qui semblaient devoir échapper par définition  à toute notation musicale. Au sujet des grands anciens même, Vuillermoz avance avec une subjectivité bien assumée, désignant Rameau comme le catalyseur du clacissisme international.

Que l’on approuve ou conteste ses choix, le grand Emile nous apparaît comme un frère: quelqu’un qui dédie son grand oeuvre aux Jeunesses Musicales de France et place en exergue une phrase d’Huxley-« A notre postérité, dans un million d’années, notre subtilité paraîtra sans doute d’une lourde barbarie« – ne saurait être pétri de vanité.

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Il est le propriétaire de notre musique

Guillaume Molinier, 34 ans, est le nouveau délégué départemental de la Sacem. Il vient percevoir les salaires des auteurs de toutes les musiques diffusées en Dordogne.

Guillaume Molinier a succédé lundi à François Appremont.

Guillaume Molinier a succédé lundi à François Appremont. (Photo Arnaud Loth)

Voici le nouveau propriétaire de la musique en Périgord. Depuis lundi, Guillaume Molinier, 34 ans, est le délégué départemental de la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musiques (Sacem). Il est un peu Parisien, un peu Aveyronnais, travaillait à Montpellier et joue de l’orgue. Il a le bouc un peu rock, et le sourire charmant. Tant mieux : sa mission est de ne plus faire peur.

Le délégué de la Sacem perçoit l’argent dû aux auteurs de toutes les musiques diffusées dans les bars de Dordogne, les bals de village, les discothèques, les concerts et jusque chez le coiffeur. « Les auteurs ont des droits, dit-il. On parle de leur salaire. » Que Guillaume Molinier peut réclamer aux « diffuseurs » (selon le jargon) dès la moindre seconde diffusée en public. Ainsi, en 2011, la Sacem a perçu 1,3 million d’euros en Dordogne. Auprès de dix radios, une trentaine de boîtes de nuit, près de 2 000 bals et repas dansants, ainsi que 2 200 commerces sonorisés.

 L’« employé » des artistes

Son travail n’est pas celui d’un policier. Ou pas seulement : les contrôles font partie des missions de son équipe de quatre agents, mais la plupart des diffuseurs connaissent le système – sauf quelques associations, pas toujours à la page, plus ou moins volontairement. La Sacem a signé 5 500 contrats dans le département l’an dernier.

Mais c’est surtout la bonne parole que vient prêcher l’institution créée au XIXe siècle par les auteurs, pour éviter d’être floués : faire comprendre que le cachet d’un artiste n’est pas le salaire des auteurs des chansons. Par exemple, s’offrir Johnny coûte cher, mais il n’a jamais écrit qu’une partition (« Toute la musique… ») et il faut rétribuer les créateurs. Cela marche pour la Truffe à Périgueux, ou tous les bals où le public danse sur les chansons des autres. Dont Guillaume Molinier se dit « l’employé ». C’est ça qu’il doit « inlassablement expliquer », surtout depuis qu’Internet a fait croire que la musique est un concept gratuit. D’ailleurs, quand on écoute un disque tout neuf sur son canapé, la musique n’est pas plus gratuite : la dispense de taxe est « une exception », prévue par la loi.

« Pas libre de droit »« C’est pourtant simple : la musique est une propriété, un bien culturel qui rapporte à ceux qui l’ont créé », raconte Hervé Lecat, le patron régional de la Sacem, venu installer lundi son nouveau délégué local. « Ce n’est pas parce qu’elle est libre de parcours qu’elle est libre de droit. » La Sacem est également garante de cette prise de conscience, façon antichambre de l’Hadopi.

Il s’agit donc de faire aussi la promotion de la Sacem, qui n’est pas un tiroir-caisse qui ruinerait les associations locales : la taxe est proportionnelle aux profits réalisés grâce à la musique, et ne dépasse jamais plus de 8,8 % des recettes. Et surtout, la Sacem n’est pas qu’un percepteur.

Elle soutient 350 auteurs et éditeurs en Dordogne, via différents fonds (santé, retraite, solidarité) et l’obligation de reverser 25 % de sa collecte pour la formation et l’aide à l’enregistrement, ou à la diffusion. Dans les salles (Rocksane, Sans Réserve) et les festivals (Périgord noir, MNOP, Jazz pourpre).

Périgueux
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Hommages à Brigitte Engerer

Ses amis se réchauffent à la flamme de son souvenir..

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 08/07/2012 à 09h59

Brigitte Engerer, le 14 février 2011 à Nantes (Damien Meyer/AFP)

De mois en mois, de concerts en concerts, les amis musiciens de Brigitte Engerer, la pianiste disparue le 23 juin, vont se retrouver pour lui rendre hommage et partager entre eux, et avec elle, la musique. Un peu comme pour se réchauffer à la flamme de son souvenir.

Présentés par ordre chronologique, voilà les trois événements d’ores et déjà annoncés.

Depuis 1986, Brigitte Engerer était une fidèle de ce festival dédié au piano, et elle a enregistré parmi ses plus beaux disques chez Mirare, le label discographique fondé par le directeur du Festival, René Martin. Quatre concerts sont organisés en son hommage

-23 juillet : trois de ses anciens élèves du Conservatoire national supérieur de Musique de Paris, Sélim Mazari, Varduhi Yeritsyan et Jonas Vitaud, joueront, pour leur professeur, Mendelssohn, Schumann et Brahms.

-24 juillet : au théâtre des Terrasses de Gordes, Boris Berezovsky au piano et Henri Demarquette au violoncelle, partenaires privilégiés à la scène de Brigitte Engerer. Ils interprèteront pour elle Messiaen, Saint-Saëns et Rachmaninov.

-25 juillet : à l’abbaye de Silvacane, l’altiste Gérard Caussé et le pianiste Jonas Vitaud.

-31 juillet : les pianistes Anne Queffélec et Boris Berezovsky avec l’Orchestre régional de Cannes Provence Alpes Côte d’Azur dirigé par Philippe Bender.

Sur cette scène parisienne, Brigitte Engerer aimait se produire.
Monique Devaux, la directrice de l’Auditorium du Louvre, a choisi la date à laquelle Brigitte Engerer devait donner un récital dans ce lieu pour inviter ses amis à lui rendre hommage.

C’était son festival, qu’elle avait créé en 2006 à Beauvais. Son empreinte sera indélébile : le festival lui ressemble, chaleureux et chamarré, joyeux et poignant. Toujours au bord des larmes et des rires.

La soirée de clôture, le dimanche 14 octobre, lui est dédiée. Avec la présence des pianistes qui auront participé à cette édition de Pianoscope, et de ses amis musiciens les plus proches.

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Jazz humanitaire

Michel Labussière

Ce soir, samedi 11 août, la mairie a programmé un concert Macadam jazz gratuit humanitaire au parc Gamenson, pendant que l’association MNOP, qui animait autrefois ce jardin public, avant de se fâcher avec les autorités, fait venir Louisiana FT et P.O.  Boys à Boulazac. Humanitaire, peut-être. Charitable, certainement pas. En tout cas, en concurrence mesquine et déloyale

Cette manière à la Clochemerle d’organiser les concerts pendant l’été en dit long sur l’âge mental réel des organisateurs.

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Anna Vinnitskaya : sombre est Ravel

Res Musica

(1875-1937) : Pavane pour une infante défunte, Miroirs, Gaspard de la nuit. , piano. 1 CD Naïve. Référence : V 5284. Enregistré en 2011. Notice de présentation en : français, anglais et allemand. Durée : 57’00

Bête de concours, lauréate sans équivoque du Reine Elisabeth 2007, la jeune a déjà marqué le public par des concerts incandescents caractérisés par une personnalité musicale exceptionnelle. Pour son troisième album, elle se consacre à , qu’elle interprète volontiers en concert.

Techniquement, il n’y a rien à redire tant les doigts de la jeune femme sont assurés et permettent de surmonter les plus redoutables difficultés de l’Alborada del gracioso ou de Gaspard de la nuit. Coté interprétatif, la pianiste tire Ravel vers ses zones d’ombres dans une optique  noire et pessimiste. Des Miroirs, Vinnitskaya, plonge dans un monde de reflets et d’interrogations, où l’éclat se veut plus mat et brut que farouchement coloré et explosif. Elle ne retient que le « triste »  des « Oiseaux tristes » et le ton est délibérément nostalgique et songeur. Une Barque sur l’Océan frappe par la puissance de ses lignes de basses, comme si le navire était embarqué dans une houle tumultueuse et destructrice. L’Alborada del gracioso défile à une vitesse vertigineuse et dans des couleurs tirées vers le doute et les abysses, le malaise perce derrière cette Espagne si éloignée des cartes postales trop bigarrées et fauvistes. Il en va de même d’un Gaspard de la nuit, tendu aux extrêmes, éclot d’un rêve cauchemardesque  de son auteur. Ravel devient ici symboliste, comme sorti d’un tableau de Degouves de Nuncques ou de Fernand Khnopff. Le Pavane pour une infante défunte, convient à cette optique et l’on y salue la pianiste qui ne verse jamais dans le pathos facile.

L’artiste propose donc un Ravel hautement personnel, qui se trouvera une place d’outsider dans une discographie très encombrée. Les amateurs continueront de chérir les légendaires versions de Martha Argerich (DGG), de Vlado Perlemuter (Nimbus), de Jean Doyen (Accord), de Samson François (EMI), de Walter Gieseking (EMI), sans oublier les lectures contemporaines passionnantes de : (MDG), (Harmonia Mundi), (Accord) ou l’excellent (Hyperion). Mais l’originalité de la musicienne et ses incroyables compétences pianistes possèdent leurs arguments pour séduire le public.  On regrette juste, comme trop souvent avec Naïve, une prise de son qui manque de clarté et de précision.

L’avis du patron :

Pour ma part je trouve l’interprétation unique, sublime, visionnaire.

Un très grand disque à posséder de toute urgence..

Floremon

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