Quelques mots à propos de Wagner

FREDERICK CASADESUS

Blog Médiapart

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07 janvier 2013
 Parler de Richard Wagner est-il possible? Au fil des mois qui viennent, de temps en temps, nous tenterons de récolter quelques réponses, autant de pistes, à cette question.

Par un effet de souffle, un contraste inoubliable, Woody Allen a saisi l’œuvre monumental dans un aphorisme: «Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne». Un point de vue complété par Jean Cocteau : «Nos musiciens ont évité le torrent Wagner sur une corde raide mais, pas plus que le torrent, la corde raide ne peut être considérée comme un moyen de locomotion honnête », ou bien l’une des remarques acerbes de l’ami Debussy, qui lutte avec une joie sans mélange, une mauvaise foi digne du chamboule-tout: «Wagner, si l’on peut s’exprimer avec un peu de la grandiloquence qui lui convient, fut un beau coucher de soleil que l’on a pris pour une aurore ». A l’aube d’une semaine d’hiver, ouvrons ce matin Souffrances et grandeur de Richard Wagner de Thomas Mann.

L’auteur de Les Buddenbrook, le déclin d’une famille a rédigé, sans doute au début des années trente, un essai que l’on prend plaisir à lire. «Avec la même souffrance, la même grandeur que le siècle dont il est l’expression totale, le dix-neuvième, se dresse à mes yeux le visage spirituel de Richard Wagner, explique l’écrivain. Physionomie ravagée par tous les traits de ce siècle, envahie par tous ses instincts, c’est ainsi que je la vois. Et l’amour que je porte à son œuvre, l’un des phénomènes alliant le maximum de trouble au maximum de grandeur, l’un de ceux qui prêtent aux interprétations les plus diverses, l’un des plus fascinants dans l’ordre de la création artistique, c’est à peine si je sais le distinguer de l’amour que je porte au siècle dont les limites ne dépassent guère celles de sa propre existence, cette existence ballotée par l’inquiétude, tourmentée, possédée, méconnue, et qui s’achève dans l’éclat d’une gloire universelle ».

Evitant l’invective autant que la complaisance, Thomas Mann  ouvre des perspectives. A partager.

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