La révolte sans espoir des canuts à l’opéra de Lyon

Blog Libération

28/03/2013

CULTURE – L’opéra de Lyon a ouvert hier son festival Justice-Injustice (voire ici) avec l’opéra Claude de Thierry Escaich sur un livret de Robert Badinter, plaidoyer contre l’enfermement et pour la dignité.

C’est une marche vers la tragédie, sans respiration ni répit.

Au début de l’opéra, Claude, un canut comme on appelait à Lyon ces ouvriers tisserands de la soie au XIXe siècle, est en prison à Clairvaux, dans l’Aube. Il a été arrêté et condamné à sept années de réclusion pour avoir rejoint la révolte de ses camarades contre le remplacement des hommes par des machines venues d’Angleterre.

A la fin du spectacle, une heure trente pour tard, Claude est guillotiné. Dans l’intervalle, Thierry Escaich, le compositeur, Robert Badinter, le librettiste, et Olivier Py, le metteur en scène, ont livré un spectacle sous tension permanente.

Claude puisque c’est le titre de cette oeuvre, est inspiré d’un roman méconnu de Victor Hugo. « Je rêvais d’écrire un jour un livret et contribuer à ce que naisse un opéra, raconte l’ancien garde des Sceaux, artisan en France de l’abolition de la peine de mort. Quand j’ai lu ce texte, je me suis dit : « ceci est la matrice d’un opéra » ».

Thierry Escaich, lui, « avai(t) toujours refusé les propositions d’opéras ». « Je ne me sentais pas compétent. Ma culture d’origine n’était pas tellement l’opéra, plutôt le concert symphonique ». Se jugeant « prêt », il a accepté la commande de Serge Dorny, le patron de l’opéra de Lyon.

Entre Robert Badinter et Thierry Escaich, le courant est immédiatement passé. Si l’ancien ministre assure s’être effacé derrière le compositeur, le militant qu’il demeure a tenu à lui faire toucher du doigt la réalité pénitentiaire. « Nous sommes allés à Clairvaux. Et nous avons visité le mitard (cachot, ndlr) qui fut celui de Claude », raconte Thierry Escaich. Au-delà du livret, l’influence de Badinter est prégnante dans l’oeuvre : « J’ai senti ce qu’il souhaitait qu’apparaisse dans la musique », reconnaît Thierry Escaich.

Si le texte de l’ancien garde des Sceaux est sans grand intérêt littéraire et dramaturgique, la musique de Thierry Escaich servie par d’excellents interprètes – dont le baryton Jean-Sébastien Bou qui incarne le personnage de Claude -, rend puissamment cette marche vers une issue tragique, avec ses pauses et ses accélérations.

La mise en scène d’Olivier Py l’accompagne efficacement. Chez lui, pas de crescendo inexorable. Dès le début, l’annonce du pire est là. Les prisonniers sont battus, humiliés. Spectaculaire idée, ce sont eux qui déplacent les décors en actionnant une meule tels des galériens de l’Antiquité.

L’opéra se clôt sans une lueur d’espoir sur un dialogue entre deux personnages. « Quelle belle exécution », dit l’un. Et l’autre : « une fois la justice en marche, qui aurait pu l’arrêter? »

Catherine Coroller

Enregistré par France Musique – En direct sur Arte Live Web le 11 avril à 20h
Diffusé ultérieurement sur France Télévisions et Mezzo

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Conférence du lundi 18 mars 2013 à l’Espace Britten : Iberia d’Albeniz.

Le lundi 18 mars aura lieu la conférence hebdomadaire de Jean-Marie Lelièvre sur l’histoire de la musique.

Cette séance qui débutera à 18 h 15

sera consacrée aux cahiers

d’Iberia

d’Isaac Albeniz [1860-1909]

Triana, El Albaicin, El Polo, Lavapiés, Malaga, Jerez et Eritaña.

Deux interprétations magistrales seront confrontées : celle de la pianiste espagnole Alicia de Larrocha longtemps  considérée comme la version de référence   et la récente version de Roger Muraro, pianiste français d’exception qui transcende tout ce qu’il joue..

Une comparaison enrichissante qui provoquera des débats passionnés…

La partition complète est disponible  en cliquant sur le lien ci-dessous :

IMSLP01256-Albeniz_Suite_Iberia

Floremon

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Opéra de Bordeaux : deux millions évaporés

Sud-Ouest

Le détournement de fonds présumé mis au jour il y a un an porterait sur un montant au moins deux fois supérieur à celui estimé initialement.

L'Opéra a porté plainte avec constitution de partie civile.

L’Opéra a porté plainte avec constitution de partie civile. (photo archives guillaume bonnaud)

L’Opéra de Bordeaux a dû refaire les comptes. Avec l’aide de la Trésorerie générale et des enquêteurs spécialisés dans la délinquance financière de la division interrégionale de la police judiciaire (DIPJ). Et la taille de l’ardoise laissée par la régisseuse soupçonnée d’avoir détourné des fonds (« Sud Ouest » du 20 avril 2012) à la barbe de la direction de l’Opéra et de la Trésorerie donne le vertige : entre 2 et 2,5 millions d’euros ! C’est en tout cas la somme à laquelle auraient conduit les investigations des limiers de la PJ dans le cadre de la commission rogatoire délivrée par le juge bordelais Philippe Darphin.

Corinne Auguin, régisseuse des avances et recettes de l’Opéra national de Bordeaux, aujourd’hui licenciée et toujours sous contrôle judiciaire, avait été placée en garde à vue puis mise en examen il y a presque un an à la suite de soupçons de détournement de fonds décelé par un employé de la régie personnalisée de l’Opéra. Les premiers éléments de l’enquête avaient alors permis d’estimer le montant de la somme détournée, entre 2009 et 2012, à 900 000 euros . Mais, depuis, les enquêteurs ont eu le loisir de remonter plus loin. Soit près de dix ans en arrière…

Des défraiements en liquide

Reste que si l’ampleur du trou laissé par la régisseuse se confirmait, on voit mal comment l’affaire pourrait ne pas jeter le discrédit sur les contrôles effectués par l’Opéra et surtout par la Trésorerie (en charge de cette mission dans le cadre de la convention de régie personnalisée qui régit l’Opéra de Bordeaux).

Pour l’heure, l’Opéra, qui a porté plainte avec constitution de partie civile a mis en avant la « confiance » accordée à cette salariée et la « complexité » de la fraude.

Mais l’enquête n’aurait pas pour l’instant mis en lumière un dispositif digne de celui de Jérôme Kerviel. La régisseuse ajoutait des lignes sur un compte, créant pour ainsi dire des faux spectacles et encaissant ensuite elle-même les chèques. « Un fonds de roulement », avait expliqué il y a un an l’Opéra, pointant la fragilité de ce compte destiné aux dépenses urgentes. De fait, les écritures falsifiées avaient échappé à tout le monde. Corinne Auguin aurait également pioché dans les fonds en espèces mis à sa disposition pour le paiement de certains défraiements.

« Ma cliente ne se dérobera pas devant ses responsabilités, même si nous demandons à vérifier ces chiffres, mais il faut que chacun assume les siennes. Nous parlons de sommes colossales d’argent public. Un simple croisement des comptes aurait permis de voir le problème. Je veux bien que l’on montre ma cliente du doigt. Mais les gens sont aussi en droit de savoir pourquoi rien n’a été décelé pendant tant d’années », estime Me Nathalie Noël, l’avocate de Corinne Auguin.

Un siphonnage historique

L’Opéra de Bordeaux, avec environ 30 millions d’euros par an, dispose d’un budget confortable. Celui-ci est largement alimenté par des subventions publiques, dont près de 15 millions proviennent de la mairie de Bordeaux. Dans une moindre mesure, le Conseil régional et l’État abondent également.

Depuis quelques années, la structure dégage par ailleurs un résultat positif de plusieurs centaines de milliers d’euros par an après subvention. Une manne « conservée en prévision de l’entretien de l’auditorium », précise Dominique Ducassou, président du conseil d’administration et adjoint à la culture à la mairie de Bordeaux (1).

Quoi qu’il en soit, l’affaire qui s’annonce comme un siphonnage historique dans la vénérable maison bordelaise tombe au plus mal. Celle-ci est en plein renouvellement de sa convention « Opéra national » avec le ministère de la Culture. À ce titre, ce dernier a diligenté cet été une inspection dont les résultats n’ont pour l’instant pas été publiés. Selon le président, celle-ci serait toutefois « plutôt favorable ».

(1) Il n’a pas souhaité s’exprimer sur l’instruction en cours.

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