Il redonne vie à des pianos rares

Luc Guiot travaille pour les plus grands concertistes. Il livre sa passion.

Pour réparer un piano, il ne faut pas seulement savoir travailler le bois. Luc Guiot doit aussi tester l’instrument.

Pour réparer un piano, il ne faut pas seulement savoir travailler le bois. Luc Guiot doit aussi tester l’instrument. (Ph. Jean-Christophe Sounalet)

Des violons en cours de réparation ou d’autres, bois encore blanc et formes de manches naissantes. Ce petit monde s’expose dans la vitrine, au milieu de drôles de marionnettes longilignes. Luc Guiot, facteur de piano, partage son atelier de la rue Aubergerie, à Périgueux, avec un luthier. C’est en poussant la porte arrondie et en pénétrant dans cette unique pièce qu’on découvre alors quelques pianos. Loin de la pudeur habituelle, ces instruments se mettent à nu, toutes cordes et marteaux dehors.

Luc Guiot travaille actuellement sur un piano carré datant de 1791, exactement le même que celui qui appartenait à la reine Marie-Antoinette. Son travail ? Le remettre en état de jeu, l’accorder, lui redonner vie et beauté, sonorité et harmonie. Loin d’être une mince affaire, cela va demander des mois entiers de travail, à commencer par une recherche approfondie de son histoire. « On a parfois la chance de retrouver des archives qui témoignent de la vie de l’instrument », explique Luc Guiot, animé par cette passion depuis sa plus tendre enfance.

Transmettre sa passion Cette passion, justement, il a décidé de la transmettre, tout comme son savoir-faire, aiguisé durant des années. Membre du conseil d’administration d’Europiano France, une association nationale qui regroupe les techniciens du piano, il est aussi chargé de la formation des facteurs de pianos à l’Institut technologique européen des métiers de la musique. Car les talents de cette profession sont multiples. Luc Guiot a d’abord été formé à la menuiserie. « Je suis allé chez les Compagnons. J’avais un talent particulier pour tout ce qui se monte et se démonte. Le bois est un matériau noble que l’on peut recoller, transformer… » Mais il détient beaucoup d’autres cordes à son arc. Luc Guiot peint, soude, fait de la marqueterie, sort des cadres en fonte de 200 kilos et fabrique une multitude de petits accessoires…

Le piano comporte des centaines de pièces différentes, qui doivent toutes être ajustées au millimètre près. Alors, l’atelier de Luc Guiot prend des airs de caverne d’Ali Baba. Des morceaux de cuir s’entassent dans un tiroir et, dans celui du dessous, feutres, rondelles et mouches d’enfoncements s’amoncellent dans une pagaille où seul l’artisan d’art peut trouver ce qu’il cherche.

Les plus grands concertistes Depuis près de trente ans qu’il se frotte à ce métier, Luc Guiot a su faire ses preuves auprès des plus grands concertistes. Ils font appel à lui et à son oreille précise et implacable pour transporter, installer et accorder leur piano lors des concerts. Mais de ça, il ne parle presque pas. « On instaure une relation de confiance avec les musiciens, explique-t-il. Ils nous confient leur outil de travail, mais surtout leur plus bel objet. »

Il a choisi ce métier pour nourrir sa fascination pour cet instrument, et aussi pour rencontrer des gens. Alors, il n’échangerait sa vie de saltimbanque pour rien au monde. En Dordogne, il aide des associations locales et met à disposition ses pianos pour les concerts. En ouvrant la porte de son atelier, les curieux pénètrent dans son univers, qu’il aime partager et raconter.

Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf Quintet – The Wind


Mercredi 17 avril 2013 à 20h30

Avec
Ibrahim Maalouf (trompette ¼ ton)
Ira Coleman (contrebasse)
Mark Turner (saxophone)
Clarence Penn (batterie)
Frank Woeste (piano)

Production
Anteprima productions

Jazz, musique du monde – Tout public – Création
Le Théâtre – 20h30 – 1h30
Plein tarif : 25 € – Réduit : 23 € – Abonné : 20 € – Jeune : 8 €

Ibrahim Maalouf est un homme du monde… Son jazz s’aventure, délicieusement vagabond…Trompette orientale, saxophone, basse, piano et batterie… Le jazz inclassable d’Ibrahim Maalouf dépasse les frontières, pour un moment d’exception, inédit et intense…

En 1957, Miles Davis signe la musique du film Ascenseur pour l’échaufaud, qui marque le début de sa consécration en France. Ses improvisations d’une grande sensibilité et son timbre unique y créent des atmosphères inoubliables.

Une dizaine d’années plus tard, Nassim Maalouf, le père d’Ibrahim, ajoute un quatrième piston à sa trompette, inventant un instrument sur mesure, capable de produire ces quarts de ton si spécifiques aux gammes orientales.

Deux faits sans lien apparent, qui vont façonner l’apprentissage et nourrir l’imaginaire du jeune prodige. Deux révolutions personnelles pour ce trompettiste ouvert et instinctif, qui mêle dans ses compositions Orient et Occident, musique savante et jazz moderne…

Dans ce concert imprégné de l’auréole bleutée de Miles Davis, « il ne s’agit pas d’imiter l’Inimitable », mais d’en recréer l’esprit. Entouré d’artistes hors pair, cet authentique musicien sans frontière offre un son velouté, aux volutes sonores métissées. Un jazz au pluriel, sensible et virtuose, qui nous emporte loin…

« Solaire, introspectif, le trompettiste est toujours sublime quand il improvise. » Télérama Sortir

 
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Colin Davis, le charme britannique à la baguette

Le Monde.fr

  | 15.04.2013 à 16h56 • Mis à jour le 16.04.2013 à 10h54

Par Marie-Aude Roux


Le chef d'orchestre Sir Colin Davis à Londres, le 8 mai 2008.

Il avait la classe : avec sa silhouette élégante et sa belle chevelure blanche, le chef d’orchestre anglais, Sir Colin Davis, incarnait le charme britannique. Sur la fin de sa carrière, celui qui professait avec humour que « perdre son sang-froid n’est utile qu’une fois par an » dirigeait avec un subtil alliage d’élégance et de mystique rêveuse qui n’excluait pas une expressivité parfois passionnée. Sir Colin Davis est mort à Londres le 14 avril à l’âge de 85 ans.

Le chef britannique n’avait pas toujours été aussi sage et sa jeunesse fougueuse lui avait valu de nombreux démêlés avec les musiciens comme lorsqu’il avait remplacé Sir Thomas Beecham en 1960 dans La Flûte enchantée au Festival de Glyndebourne – succès public sur fond de répétitions houleuses : « Je ne pense pas m’être très bien comporté », avouait-il des années plus tard. Il avait cependant fini par accéder à une forme de sérénité sous l’influence de sa seconde femme, adepte de la Technique Alexander : l’Iranienne Achraf Naini surnommée Shamsi, qu’il avait épousée en 1964 et dont il aura cinq enfants (pour elle, il divorcera de la soprano Apri Cantelo avec laquelle il s’était marié à 22 ans), et qu’il adorait au point que ses proches avaient craint pour lui après la mort brutale de Lady Davis en juin 2010.

« C’était un homme plein de contradictions, souligne François Xavier Roth qui fut son assistant de 2000 à 2002 au London Symphony Orchestra (LSO), phalange à laquelle le nom de Colin Davis, qui en fut chef principal de 1995 à 2006 puis président jusqu’à sa mort, restera à jamais attaché. Il était capable de défendre bec et ongle des musiques peu jouées voire dépréciées – Berlioz, Sibelius, les Anglais Elgar, Britten ou Michael Tippett –, en même temps qu’un farouche opposant au courant baroque sur instruments d’époque et à la musique très contemporaine. »

UNE VISION TRÈS PERSONNELLE D’HECTOR BERLIOZ

S’il est une dette des Français envers Colin Davis, c’est en effet Hector Berlioz, dont le Britannique s’était fait le champion dès les années 1960-1970, enregistrant une première intégrale mondiale chez Philips (dont des Troyens pionniers ainsi que Benvenuto Cellini). Il avait attrapé le virus à Londres avec Les Troyens joués sous la baguette de Rafael Kubelik et avait du musicien français une vision très personnelle – « le compositeur le plus nostalgique qui ait jamais vécu, après Mozart ». C’est le défi de faire accepter Berlioz par ses pairs que ce grand amateur de cuisine et de littérature françaises (qui lisait Hugo, Balzac et Stendhal dans le texte) avait tenu à relever avec l’Orchestre national de France dès 1985 puis à partir de 2005 en montant les opus majeurs du bouillonnant Hector.

Haendélien magnifique et plus encore mozartien hors pair, Colin Davis, dont la pianiste japonaise Mitsuko Uchida avait déclaré en 2002 au Guardian : « Son secret réside dans la faculté qu’il a de laisser s’épanouir la joie pure contenue dans la musique ». Mozartienne aussi, sa dernière apparition en France en juillet 2011au Festival d’Aix-en-Provence dans La Clémence de Titus avec le LSO, auquel le violoniste français Laurent Quenelle appartient depuis 17 ans : « Colin Davis entretenait avec nous un véritable échange – ce qui est assez rare. Il était aussi d’une grande exigence : pas question de cachetonner ailleurs quand on répétait avec lui ! » Et le Français de se remémorer avec émotion leur dernier concert dans la cathédrale Saint-Paul, à Londres, le 26 juin 2012, avec La Grande Messe de morts de Berlioz : « Je crois qu’il a été très heureux avec nous, même si l’on sentait bien qu’il se préparait déjà à partir. « 

Parmi les amours de Colin Davis, Jean Sibelius, dont il enregistra avec son LSO un magnifique programme de poèmes symphoniques (paru chez RCA en 2001) après la mythique intégrale des symphonies gravée pour Philips en 1975-1976 (rééditée chez Decca) à la tête d’un Boston Symphony Orchestra de folie. Et son ami Michael Tippett, dont il créé, entre 1970 et 1995, The Knot Garden, la Symphonie n°2, The Ice Break, The Mask of Time, The Rose Lake

UNE ASCENSION FULGURANTE DÈS 1957

Colin Rex Davis est né le 25 septembre 1927 à Weybridge dans le comté de Surrey. Son père, Reginald Davis, qui a vécu les tranchées de la première guerre mondiale, peine à nourrir sa famille de sept enfants qui vit sans électricité mais dans un amour immodéré de la musique. C’est grâce à un oncle fortuné que le jeune Colin entre à l’école publique de l’Hôpital du Christ dans le Sussex (1938-1945), avant d’obtenir une bourse au Royal College of Music de Londres (1945-1948).

La vocation de chef d’orchestre lui est venu en écoutant la Huitième symphonie de Beethoven par Hans Pfitzner. Excellent clarinettiste, Colin Davis joue Mozart et apprend son métier sur le tas : L’Enfance du Christ de Berlioz (déjà) avec l’Orchestre Kalmar qu’il a fondé, Don Giovanni avec le Chelsea Opera Group. Il s’est marié en 1949 : deux enfants ont rapidement suivi.

En 1957, il obtient enfin le poste de chef assistant à l’Orchestre symphonique écossais de la BBC (1957-1959). C’est le début d’une ascension fulgurante : il se produit avec le Royal Philharmonic Orchestra ; l’année suivante, avec le London Philharmonic Orchestra et l’Orchestre Hallé de Manchester. En octobre 1959, coup d’éclat : invité à remplacer Otto Klemperer à une soirée de gala, il est au pupitre du Don Giovanni chanté par Elisabeth Schwarzkopf et Joan Sutherland. Entre temps, il a été nommé chef principal puis directeur du Sadler’s Wells Theatre en 1961.

Colin Davis passe par la plupart des grandes institutions de son pays, de l’Orchestre symphonique de la BBC (1967-1971) à l’Opéra Royal de Covent Garden (1971-1986), où il connaît des fortunes diverses, tour à tour acclamé et vilipendé. Dans son livre, Maestro (paru en 1996 chez Lattès), le critique Norman Lebrecht parle alors de lui comme d’un « mystique, intellectuel, solitaire et égocentrique. » Devenu en 1977 le premier chef anglais à diriger au Festival de Bayreuth (Tannhäuser), Colin Davis est anobli en 1980. Mais son contrat pour Covent Garden n’est pas renouvelé.

S’ensuit une période d’exil : en 1983, Davis est nommé directeur musical à l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise (jusqu’en 1992), entretient des liens privilégiés avec la Staatskapelle de Dresde. Il dirige aussi régulièrement l’Orchestre symphonique de Boston, avant le Philharmonique de New York à partir de 1998. Son retour en grâce en 1995, à la tête de l’Orchestre symphonique de Londres (London Symphony Orchestra – LSO), verra progressivement ses détracteurs plébisciter celui qui restera comme l’un des plus grands chefs de l’histoire de la musique britannique.

Colin Davis vivait dans une grande maison géorgienne du quartier chic d’Islington, au nord de Londres, avec sa famille et ses boîtes de pipes (il avait été désigné Pipe Smoker de l’année en 1996 puis avait cessé de fumer). Il avait toujours refusé de sacrifier sa vie personnelle à la carrière, par peur de ne vivre que « dans l’imagination du public ». C’est désormais tout le mal que l’avenir lui réserve.


Sur le Web : la page consacrée à Sir Colin Davis sur le site du London Symphony Orchestra.

Marie-Aude Roux

Parcours

 

25 septembre 1927
Naissance à Weybridge dans le comté de Surrey.

1957
Obtient le poste de chef assistant à l’Orchestre symphonique écossais de la BBC (1957-1959).

1961
Nommé chef principal puis directeur du Sadler’s Wells Theatre.

1977
Premier chef anglais à diriger au Festival de Bayreuth (Tannhäuser).

1980
Colin Davis est anobli.

14 avril 2013
Mort à Londres à l’âge de 85 ans.

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Le pianiste turc Fazil Say condamné à dix mois de prison avec sursis pour des tweets anti-islam

Par AFP

 

Fazil Say vient d’être condamné pour avoir diffusé des propos jugés anti-Islam sur son compte Twitter. Le pianiste a prévenu qu’il s’exilerait en cas de condamnation.

Le pianiste Fazil Say durant un concert à Ankara le 14 octobre 2010. – Photo Stringer. Reuters

 

 

Un tribunal d’Istanbul a condamné lundi le célèbre pianiste-compositeur turc Fazil Say à dix mois de prison avec sursis pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des propos jugés blasphématoires à l’endroit de la religion musulmane.

Fazil Say, qui n’était pas présent à l’audience, a été reconnu coupable d’«insulte aux valeurs religieuses d’une partie de la population» après avoir publié sur son compte Twitter des tirades provocatrices sur les musulmans et l’islam.

L’avocate du virtuose turc, âgé de 43 ans, n’a fait aucun commentaire à la presse à l’issue de l’audience. Fazil Say risquait une peine d’un an et demi de prison ferme.

Lors de la première audience de son procès en octobre, le pianiste, notoirement hostile au gouvernement islamo-conservateur au pouvoir en Turquie depuis 2002, était venu lui-même clamer son innocence en assurant qu’aucun de ses messages «n’avait pour objectif d’insulter, d’humilier» l’islam et ses fidèles.

Dans les médias, il avait ensuite accusé le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) au pouvoir d’être à l’origine des poursuites lancées contre lui.

«C’est politique tout ça. Derrière, il y a des gens de l’AKP», avait-il affirmé en décembre sur la chaîne privée CNN-Türk. «Ils veulent me faire croire en Dieu en me faisant passer un an et demi en prison», avait dénoncé l’artiste, qui avait prévenu quelque mois plus tôt qu’il s’exilerait en cas de condamnation.

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La Tosca à Périgueux. Critique.

Mardi 26 mars, l’Odyssée offrait aux Périgourdins l’opéra de Puccini la Tosca, dans la version de l’Opéra Nomade et du Centre lyrique Clermont Auvergne. Disons tout de suite que ce fut une soirée de qualité.

Le plateau vocal était  tout à fait honorable. Noriko Urata a campé une Tosca dont la fragilité physique  faisait ressortir l’ampleur de la voix et le caractère indomptable, en particulier dans son affrontement avec Scarpia. Ce dernier était chanté par une « doublure » qui a parfaitement tenu son rôle et mérité les louanges du public. Quant à Norbert Xerri, il a proposé un Cavaradossi avec une  voix de qualité un peu desservie par un jeu scénique bien conventionnel.

L’orchestre de l’Opéra Nomade surprend initialement par son volume sonore d’orchestre de chambre pour qui est habitué aux imposantes phalanges des grands opéras européens mais cela conduit à une lecture plus analytique, plus légère de la musique de Puccini et au total c’est très convaincant.

Reste un problème qui ne relève pas des artistes : la qualité acoustique déplorable de la salle.  Le son est dur, métallique, sans épaisseur. On plaint les chanteurs et l’orchestre.

N’y a-t-il donc aucune possibilité pour améliorer cette situation ?

L’amateur ripérien.

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