Dutilleux, qui est-ce ?

Edito Lettre du Musicien
Les obsèques du compositeur Henri Dutilleux – qui s’est éteint à l’âge de 97 ans – se sont déroulées en présence d’une assistance émue, où se comptaient de nombreux musiciens, compositeurs et interprètes. Cependant, nombre d’entre eux ont été choqués par l’absence de tout représentant de l’Etat.

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Même s’il ne porte aucun intérêt à la musique, même s’il ignore qu’Henri Dutilleux fut l’un des plus grands compositeurs de son temps, salué comme tel des Etats-Unis au Japon, un représentant de l’Etat aurait dû au moins savoir que le disparu avait été élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur (la plus haute distinction que décerne l’Etat). Ils ne sont que quatre musiciens à avoir été ainsi reconnus par la France : Fauré, Saint-Saëns, Messiaen et Dutilleux. La République aurait pu témoigner davantage de considération pour le dernier d’entre eux.
En 1924, quand Fauré mourut, une délégation de l’Institut vint demander au ministre de l’Instruction publique s’il ne serait pas convenable de lui accorder des obsèques nationales. Réponse du ministre : « Fauré, qui est-ce ? » Mais Fauré eut quand même des obsèques nationales.
Autres temps, autres mœurs. On n’attendait évidemment pas de cérémonie dans la cour des Invalides pour le compositeur de Métaboles. Mais on espérait au moins que l’Etat ne se montrerait pas à ce point indifférent à la disparition de ce grand musicien.
Sans compter que Dutilleux avait été, pendant la guerre, membre d’un mouvement de résistance, le Front national de la musique (rien à voir avec l’actuel parti politique), aux côtés de Désormière, Rosenthal, Munch, Paray, Elsa Barraine, Durey, Poulenc, Auric, Delvincourt, Irène Joachim…
La ministre de la Culture Aurélie Filippetti se serait d’autant plus honorée d’être présente aux obsèques du compositeur qu’elle n’a pas manqué d’assister quelques heures plus tard à celles de Georges Moustaki. Il est vrai qu’il y avait davantage de caméras de télévision pour filmer les people venus dire adieu au chanteur – lui aussi musicien de grande qualité, la question n’est pas là – que pour témoigner de l’hommage discret mais fervent rendu par ses pairs à Henri Dutilleux.
Les médias eux-mêmes ont manifesté la même indifférence. Un seul exemple : dans l’hebdomadaire Le Point (30 mai), rubrique “Décédés”, on peut lire une notice sur Moustaki, longue d’une quinzaine de lignes et accompagnée d’une photo. Un peu plus bas, dans la même rubrique, on lit en moins de deux lignes : « Henri Dutilleux, 97 ans. Compositeur français. » Rien de plus.
D’un autre côté, avec la modestie qui l’a toujours animé, le compositeur se serait sans doute accommodé d’un adieu limité à la sphère musicale, peut-être même l’aurait-il ­souhaité. L’essentiel est ce qui restera de lui : son œuvre, considérable par sa qualité.

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