« Traviata et nous » Projection-Débat le jeudi 17 octobre à 19h15 à Cap-Cinéma

La Ligue des Droits de l’Homme Chancelade

 

avec le soutien du CMMD de Périgueux,du CRD de la Dordogne et de CINE-CINEMA,

 

présente

le jeudi 17 octobre 2013 à 19h15

 

une séance spéciale consacrée au film

 

 » Traviata et nous ».

 

Outre la projection du film de Philippe Béziat avec Nathalie Dessay, un débat sera organisé sur le thème :

 

« L’Opéra, une entreprise collective au service d’une voix ».

 

Le débat, auquel sont conviées des personnalités du monde de l’opéra, sera animé par

Jean-Marie Lelièvre,

Délégué Régional Aquitaine de la LDH professeur au CMMD de Périgueux.

 

Un tarif réduit est proposé à tous les élèves des conservatoires :

5€50

sur présentation d’une contremarque exclusivement délivrée aux élèves des deux établissements.

traviata 2

Pour tout renseignement complémentaire merci d’appeler au 06 41 89 41 22.

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PÉTITION POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA MENTION DE MUSICOLOGIE EN LICENCE

MUSICOLOGIE

Lien direct pour signer la pétition : http://bit.ly/16Bi0HK

lundi 9 septembre 2013

DANS LE PROJET DE REFONTE DE LA NOMENCLATURE DES DIPLÔMES UNIVERSITAIRES

Une proposition ministérielle pour une nouvelle nomenclature des intitulés de licences, censée entrer en application à la rentrée de 2015, prévoit de faire disparaître l’actuelle mention Musicologie pour la réduire au statut d’un simple « parcours » d’une mention « Arts du spectacle » regroupant pêle-mêle cinéma, théâtre, danse, musicologie, audiovisuel… Les arguments des concepteurs de cette réforme sont ceux d’une lisibilité accrue de l’offre de formation, afin de favoriser la mobilité étudiante.

Où est la « cohérence » ?

Tout d’abord, il est écrit que cette nouvelle nomenclature « doit être mise en concordance avec celle du master ». Or, dans la liste des mentions de masters, une mention « Musique, Musicologie » apparaît en toutes lettres. D’autre part, alors que la volonté de « cohérence » est rappelée dans ces deux propositions de nomenclatures de licences et masters, on constate en licence, outre la mention fourre-tout « Arts du spectacle » déjà évoquée et une mention « Arts plastiques », une autre mention « Arts », sans aucune précision, dont on ne voit pas très bien ce qu’elle recouvre. En master, outre la « Musique, Musicologie », on trouve une mention « Arts du spectacle, arts de la scène » à côté d’une mention « Théâtre, danse, cirque, arts de la rue » : si la musique, la danse et le théâtre (voire le cirque) font l’objet de mentions spéciales, on ne voit pas très bien ce que recouvrirait cette autre mention « Arts du spectacle, arts de la scène ». On constate donc un flou important dans cette nomenclature. Serait-ce là le signe d’une réforme engagée dans l’urgence, sans concertation avec les spécialistes de la discipline ? En tout cas, c’est la marque d’une certaine ignorance de ce qui fait la spécificité de nos domaines de spécialités. En l’état, une telle réforme marquerait la fin de plus de 60 années de musicologie universitaire et constituerait une régression scientifique et intellectuelle sans précédent.

Pourquoi la musicologie n’est pas un art du spectacle ?

Il est probable qu’en classant la musicologie parmi les Arts du spectacle, les promoteurs de cette réforme ont présentes à l’esprit la pratique scénique de la musique et aussi les licences « artistes interprètes » qui ont été mises en place ces dernières années dans de nombreuses formations universitaires de musicologie, en partenariat avec les conservatoires dans le cadre du LMD. Mais ces nouvelles formations, qui ne font que poursuivre en France ce qui se pratique couramment en Amérique du Nord par exemple, sont destinées à offrir un socle théorique à des interprètes et à orienter plus finement leurs choix actuels et futurs d’interprétation. Il s’agit donc d’enseignements fondamentaux de musicologie. Ce que l’on entend plus largement par musicologie (ou « études musicales », etc.) concerne l’étude de la pensée, de l’esthétique, de la production, de l’exécution et de la réception musicales, dans une perspective historique comme contemporaine. Discipline analytique étudiant l’œuvre et sa genèse, mais aussi la place et le rôle de la musique dans une société donnée, son organisation sociale, ses représentations symboliques, ses codes et outils, ses grands courants, les discours qu’elle a générés, ses instruments, ses interprètes, etc., la musicologie ne peut se ramener à la simple étude de l’exécution musicale, qui, très souvent, n’est pas du tout « spectaculaire » au sens instauré par cette nomenclature ministérielle mais peut être rituelle, solitaire et intimiste, initiatique, etc. La Messe en Si mineur de Bach, le Requiem de Biber, Kind of Blue de Miles Davis, un « bocet » (lamentation funéraire roumaine), un rigodon du Dauphiné joué par le violoneux Emile Escale, le chant grégorien, etc., relèvent-ils des « arts du spectacle » ? La formidable interdisciplinarité que la musicologie a générée, au fil de son affirmation comme champ disciplinaire, et qui est nécessaire à son projet scientifique (analyse musicale, histoire, sociologie, ethnologie et anthropologie, iconologie, organologie, philosophie et esthétique, philologie et linguistique, psychologie, etc.), ne peut en aucun cas être ramenée à une étude en « Arts du spectacle ».

Cette nomenclature ampute la Musicologie de sa dimension de Science Humaine et Sociale.

Dans cette proposition de nomenclature, la « Musique, Musicologie », simple parcours des Arts du spectacle, se situe dans le domaine « ALL » (Arts, Lettres, Langues »), l’un des quatre domaines destinés à régir l’ensemble des disciplines universitaires en France. Mais alors que la dimension sociale et culturelle de la musique est au cœur des études musicales, alors qu’une branche non négligeable de la recherche musicologique actuelle est en psychologie cognitive, pourquoi les musicologues seraient-ils dans un autre « domaine » que les sociologues, ethnologues, anthropologues, psychologues, etc. ? Alors que depuis plus de 150 ans, l’histoire sociale de la musique est l’une des composantes actives de la musicologie, alors que de nombreux sociologues de la musique revendiquent une forte proximité disciplinaire et méthodologique avec les ethnomusicologues, alors que la musique est aujourd’hui étudiée comme un « fait social total », et que depuis une vingtaine d’années, les études musicologiques, ethnomusicologiques et en sociologie de la musique sont de plus en plus croisées, alors que des formations universitaires de licence et de master reflètent aujourd’hui cette pluridisciplinarité, pourquoi fragmenter la musicologie sur des « domaines différents » ? Où sont la « cohérence » et la « lisibilité » revendiquées par les concepteurs de cette réforme ?

Pour toutes ces raisons, pour la défense, la promotion et la reconnaissance de la musicologie et de ses multiples approches disciplinaires, nous refusons cette nomenclature.

Nous demandons au Ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur de la retirer et de s’engager dans une véritable concertation avec les principaux intéressés : les enseignants-chercheurs.

C’est pourquoi, nous vous engageons à signer cette pétition publique : http://bit.ly/16Bi0HK

- Contre la disparition de la mention Musicologie de la nouvelle nomenclature de licence
- Pour une politique active de promotion et de la valorisation de notre discipline.


Frédéric BILLIET, Professeur, Musicologie, Université Paris-Sorbonne Luc CHARLES-DOMINIQUE, Professeur, Ethnomusicologie, Université Nice Sophia Antipolis Laurent CUGNY. Professeur, Musicologie, Université Paris-Sorbonne

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Poulenc, musicien de la Résistance

Blog Médiapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/antoine-perraud/260913/poulenc-musicien-de-la-resistance

Beaux concerts de l’orchestre de Paris, mercredi 25 et jeudi 26 septembre à la salle Pleyel. Avec à la clef, ce phénomène musical et biologique essentiel : un vieux chef déclare forfait et donne sa chance à une jeune pousse soudain dans la lumière. En juin dernier, Pierre Boulez (né en 1925) avait laissé le podium au Finlandais Mikko Franck (né en 1979), qui nous avait gratifiés d’un Daphnis et Chloé enflammé de Ravel.

Rebelote trois mois plus tard : le vétéran Georges Prêtre (né en 1924), souffrant, abandonne la baguette au Letton Andris Poga (né en 1980), qui dirige une puissante et rayonnante Cinquième symphonie de Tchaïkovski, avec un orchestre de Paris à son meilleur, en particulier Philippe Berrod, clarinettiste de légende.

La première partie était consacrée à Francis Poulenc. Les sœurs Katia et Marielle Labèque, auxquelles Jacques Chancel avait offert la gloire cathodique au siècle dernier, ont interprété, non sans leur frénésie habituelle, le merveilleux concerto pour deux pianos, que le compositeur avait créé, au début des années 1930, avec Jacques Février (quelque trente ans plus tard, les deux compères ont été filmés interprétant, sous la direction du jeune… Georges Prêtre, cette même œuvre à la pulsation électrisante : c’est à voir ici).

La surprise était l’entrée au répertoire de l’orchestre de Paris d’une suite d’orchestre de Francis Poulenc : Les Animaux modèles. L’œuvrette nous ramène en pleine occupation. C’est une commande de l’opéra de Paris et de son grand manitou, Serge Lifar, serviteur accommodant voire empressé de l’ordre hitlérien. Francis Poulenc semble se plier à l’idéologie du retour à la terre en adaptant six fables de La Fontaine. Mais dans la deuxième pièce, Le Lion amoureux (le ballet mettait en scène un maquereau, provocateur pour l’ordre moral en vigueur, qui faisait écran avec la musique), le compositeur dépose une véritable bombe. Cet attentat sonore, passé inaperçu à l’époque, aurait pu coûter très cher à Poulenc.

Imaginez le Palais Garnier, lors de la création le 8 août 1942, empli d’officiers nazis : vert-de-gris sur fauteuils rouges. Le chef d’orchestre, Roger Désormière, appartient au groupe proche de la Résistance, le Front national de la musique, dont faisait également partie Francis Poulenc. Les membres composaient en secret et refusaient de distraire l’occupant ou de se compromettre avec lui (Georges Auric, que Poulenc appelait « mon frère jumeau » – ils étaient tous deux nés en 1899 – personnifie cette forme de dignité silencieuse).

Toutefois, le coup de génie effronté de Poulenc, en 1942, demeure le seul exemple de défi aussi hardi que crypté jeté à la face de l’ennemi installé alors en maître à Paris. Jugez plutôt : Francis Poulenc introduit dans Le Lion amoureux le thème de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, le chant de 1871, dont le refrain affirmait haut et fort :

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine
Et, malgré vous, nous resterons Français
Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur vous ne l’aurez jamais !


Jeudi 25 septembre 2013 à 22h30, à la sortie du concert, discussion avec un violoniste de l’orchestre de Paris dans le métro. Il n’était pas au courant de l’histoire de cette pièce qu’il venait d’interpréter (tout en faisant immédiatement, en bon musicien, le lien avec Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine dès qu’il en fut question dans la conversation). D’où ce billet, pour mettre à la disposition du public, un tel secret de fabrication, historique et politique, connu des seuls spécialistes.

 

Tous les commentaires

 

Nouveau 26/09/2013, 16:42 | Par Martine henot

Plus des seuls spécialistes: il faut absolument voir l´excellent documentaire « un air de résistance à l´Opéra Garnier ». Il me semble l´avoir appris là. C´est aussi une magnifique lecon de politique, de syndicalisme et de résistance, qui n´a cessée pendant toute l´occupation, juste en face (!) du QG allemand à Paris !

 

 

Nouveau 26/09/2013, 20:12 | Par Antoine Perraud en réponse au commentaire de Martine henot le 26/09/2013 à 16:42

 

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Shenzhen vaut bien une symphonie

La voiture file au milieu des collines bordant les Nouveaux Territoires. A droite, on reconnaît Kowloon, tandis qu’au loin se profile un barrage de contrôle. Hong-kong a beau avoir été rétrocédée à la Chine en 1997, elle conserve son autonomie juridique, politique et financière, et il faut traverser deux postes-frontières avant de pénétrer dans Shenzhen. Difficile de croire qu’il y a un peu plus de trente ans, cette métropole plantée de gratte-ciel – deuxième place financière en Chine continentale après Shanghai -, était un village de pêcheurs. Ils sont désormais près de 15 millions à vivre dans cette Zone économique spéciale (comme Zhuhai, Shantou et Xiamen) créée par Deng Xiaoping pour attirer les investisseurs et qui a prospéré au-delà des espérances : l’aéroport de Shenzhen, inauguré en 2004, est le quatrième du pays avec 20 millions de passagers en 2008, et son port se classe au quatrième rang mondial en volume de containers.

Comme nombre de villes nouvelles, Shenzhen est à la fois sinistre et charmante, selon que l’on regarde ses parcs sous le soleil ou ses dortoirs de béton sous la pluie. Si Shenzhen fusionnait avec la région administrative spéciale de Hongkong, ce qui pourrait arriver lorsque le métro reliera les deux villes, elle rivaliserait avec Londres et New York. Certes, Shenzhen n’a clairement pas le charme de Hongkong mais, contrairement à ce que pourrait laisser penser Window of the World – un parc de loisirs de 48 hectares reproduisant nombre de sites touristiques mondiaux, de la tour Eiffel au Taj Mahal -, elle n’est pas totalement privée d’histoire.

La France en exemple

Entre autres vestiges de son passé, on peut visiter la forteresse de Dapeng, construite en 1394 pour protéger la ville des invasions par la mer, le temple Chiwan Tianhou et les mausolées de l’amiral Lai et de l’empereur Shaodi. Mais ce qui impressionne le plus, ce sont ses infrastructures culturelles. Notamment la salle de concert n’ayant rien à envier à la Philharmonie de Berlin et la grande bibliothèque et médiathèque, qui se partagent le cœur du quartier de Futian.

«Nous avons pris exemple sur la France», explique Ding Zhongyuan, le directeur adjoint du service des relations internationales de la municipalité. Il affirme cela avec un tel enthousiasme que l’on n’ose lui apprendre que le gouvernement français est actuellement en train de réduire le budget de la culture. Il ajoute : «Entre la croissance à deux chiffres du PIB, celle du commerce extérieur, et le niveau record pour la Chine des revenus par habitant, les citoyens de Shenzhen étaient en droit d’attendre qu’on leur offre des équipements et des manifestations culturelles qui donnent un sens à leur vie.» Si l’orchestre symphonique a été créé dès 1982, la politique d’investissement dans la culture et l’environnement est une conséquence du boom industriel de la région. Sans ses musées, salles de spectacles et espaces verts, Shenzhen serait devenu proprement invivable.

A peine installé dans la ville, on sillonne ses arrondissements, dont sept sont équipés d’une bibliothèque et d’un centre culturel. Nanshan abrite les plus importants musées. Le Shenzhen Grand Theater se trouve, lui, à Luohu. Les arts de la scène, à savoir musique, théâtre et danse, ont leurs temples à Futian, qui compte également la plus grande bibliothèque (50 000 m2 accueillant 12 000 visiteurs par jour) et les musées d’art ancien et moderne. Signé par l’architecte japonais, Arata Isozaki, le Shenzhen Music Hall aux murs et toit de verre, se signale par la lumière dorée qu’il projette à la tombée du soir.

C’est là que l’on se rend dès le lendemain matin pour assister à une répétition de l’orchestre symphonique, le premier à avoir été créé en Chine, peu après que Deng Xiao Ping a lancé la transformation de Shenzhen. A quelques heures du dernier concert de la saison, on profite de la pause pour faire connaissance avec ses musiciens. Wang Bingchen, le deuxième bassoniste, âgé de 27 ans, a intégré l’orchestre il y a trois ans. Pour lui, «le plus difficile, c’est le travail de groupe». Un problème qui tend néanmoins à se résorber du fait que «de plus en plus de musiciens chinois vont se former ou se perfectionner à l’étranger». On lui demande d’où vient cet individualisme qui pose problème, et s’il s’agit d’une conséquence de la politique de l’enfant unique et il répond : «Non, je ne crois pas. C’est surtout parce que la musique traditionnelle chinoise n’implique pas de travail collectif.»

Esprit de compétition

Pour l’altiste Yibo Zhang, qui a rejoint l’orchestre il y a huit ans, la seule façon de progresser, c’est de «travailler avec des chefs étrangers qui peuvent nous enseigner les différents styles des compositeurs». Nombre de solistes permanents de la formation ont déjà travaillé à l’extérieur de la Chine. C’est notamment le cas de Sophie Chen, violoncelliste solo. Forte de neuf ans d’expérience au sein de l’Orchestre symphonique de San Diego en Californie, elle pointe les mêmes carences dans l’enseignement de la musique en Chine : «Beaucoup de jeunes sortant de conservatoires n’ont, contrairement à leurs homologues européens ou américains, aucune expérience de l’orchestre.» Pour en avoir discuté avec nombre de pianistes chinois, de Lang Lang à Yuja Wang, on sait que l’esprit de compétition des étudiants en musique du pays n’a rien à envier à celui des sportifs. «Je ne sais pas s’ils veulent devenir des superstars, mais je pense que tout cela est en train de changer», ajoute Sophie Chen. Originaire de Taipei et membre permanent du Philharmonique de Munich, la violoniste Ching-Ting Chang fait une vacation d’une semaine à Shenzhen. Son diagnostic est sans appel : «Il y a de bons musiciens dans l’orchestre, mais ils n’ont pas cette culture allemande de la discipline. Ils font illusion dans la musique romantique, où il faut avant tout un jeu passionné, mais dans le répertoire classique qui demande précision et délicatesse, ils ont beaucoup de mal.»

En attendant le concert, on décide d’aller rendre visite aux créateurs de Juooo, une société de production et de marketing de spectacles qui a commencé en 2007 comme un simple service de billetterie, équivalent du Ticketmaster américain. En 2011, Cai Wu, le ministre de la Culture chinois, annonçait que les industries culturelles du pays avaient rapporté en douze mois, rien moins que 130 milliards d’euros. Huliangzi, vice-président de Juooo, nous montre sur une carte l’étendue du réseau qu’il a mis en place et qui englobe désormais vingt-cinq villes chinoises, dont Shanghaï, Pékin et Canton, mais également le Japon, la Corée, quelques pays européens et les Etats-Unis, où il est en train de s’implanter. D’ici 2016, il compte contrôler l’industrie du spectacle dans 200 villes chinoises.

Que la compagnie ait été créée à Shenzhen n’est pas anecdotique, puisque l’industrie culturelle est la quatrième en ordre d’importance après les hautes technologies, la finance et la logistique. Entre 2007 et 2011, l’offre de spectacles à Shenzhen est passée de 100 à 450 propositions par an et, depuis 2011, la municipalité alloue un crédit annuel de 61 millions d’euros à la seule promotion des industries culturelles.

«Shéhérazade» rutilant de mille couleurs

Trois tasses de thé plus tard, il est l’heure de se changer et de rallier la salle de concerts. Bicentenaire de la naissance de Wagner oblige, l’orchestre se lance dans un prélude de Lohengrin ni fait ni à faire. Il faut préciser qu’il n’est pas aidé par la gestique totalement superficielle du chef qui ne lui indique pas comment nourrir le registre grave et créer tension et mouvement dans les écarts dynamiques. Suit un Concerto pour clarinette de Mozart proprement calamiteux, où orchestre et soliste invité cumulent décalages et faux départs ; puis, c’est l’entracte. Vingt minutes plus tard, l’orchestre livre une Shéhérazade de Rimski-Korsakov rutilant de mille couleurs et portée par un vrai souffle ; occasion de découvrir l’excellent niveau des solistes (basson, hautbois, trombone, trompette…) sollicités par la partition.

La proximité géographique, le caractère pictural et les motifs orientalisants de ce poème symphonique expliquent-ils que les musiciens chinois comprennent mieux la musique russe qu’allemande ? On en discute en coulisses avec Qin Yi, qui a étudié au conservatoire de Kiev en Ukraine, et qui joue dans l’orchestre depuis cinq ans. «Il est évident que nous sommes meilleurs dans Tchaïkovski ou Chostakovitch que dans Mozart, et que le public de Shenzhen préfère les œuvres dansantes et colorées à l’abstraction des symphonies de Beethoven», ajoute-t-elle en rangeant son violon dans son étui.

Jiang Bo, qui joue du trombone basse et qui a été formé au conservatoire de Shanghaï, confirme : «Rien n’est plus éloigné de notre tradition que la musique classique, c’est-à-dire Mozart, Haydn et Beethoven. Mais il faut reconnaître que l’orchestre a beaucoup évolué en seize ans. Grâce au chef Zhang Guo Yong, la musique russe est enfin dans nos cordes, même si l’on a toujours du mal avec les rythmes irréguliers du Sacre du Printemps. Le maestro Yu Feng nous a ensuite initiés à Brahms et Mahler, qui n’étaient pas non plus évidents à comprendre pour nous.»

Huang Guang Qiang, directeur administratif de l’orchestre nous invite à dîner dans un restaurant servant des visages de volatiles cuits et autres pattes de crocodiles en sauce. Voyant notre début de panique à la lecture du menu abondamment illustré, son assistante confie : «La province de Canton est réputée pour le fait que ses habitants mangent tout ce qui marche, sauf les humains, et tout ce qui vole, sauf les avions.»

Né à Shanghaï de parents cantonais, et formé au Conservatoire de Pékin, Huang Guang Qiang a intégré l’orchestre symphonique de Macao comme contrebassiste, avant d’en devenir le vice-directeur. Il évoque les missions de l’orchestre symphonique de Shenzhen, dont il est actuellement le directeur. Dans l’ordre : «La promotion des compositeurs chinois vivants, la diffusion de la musique classique auprès du public et la pédagogie dans les écoles». Avec 70% de financement public, un taux inférieur à celui des orchestres de Shanghaï et Pékin, l’orchestre doit redoubler d’efforts. «En plus des trente concerts annuels, auxquels s’ajoutent autant de soirées de musique de chambre données par les solistes, l’orchestre tourne dans toute la Chine et joue également en fosse à l’Opéra de Canton, comme il le fera, encore cette année, en assurant les représentations de la Traviata et de Turandot.»  Une contrainte bénéfique puisque Madame Butterfly, donné par l’Opéra de Canton avec l’orchestre symphonique de Shenzhen, a été récompensé «spectacle de l’année» par un jury de professionnels. Bien que le public chinois soit plus réceptif aux tubes – Boléro de Ravel, Concertos pour piano n°2 et n°3 de Rachmaninov, symphonie «pathétique» de Tchaïkovski -, Huang Guang Qiang ne renonce pas à faire jouer Schubert, Schumann, Brahms et même Britten : «Pour le centenaire de sa naissance, en novembre, on donnera sa Simple Symphony et son concertopour violon.»

Bienveillance et droiture

En attendant, Huang Guang Qiang est impatient de faire entendre son orchestre à Paris. Ce sera le 21 septembre, à l’Unesco, dans le cadre de la Journée mondiale de la paix (1). Au programme : une symphonie chorale de Wang Ning intitulée Ode To Virtue, traduction approximative du chinois à laquelle Han Wang Xi, coauteur des textes, préfère celle d’Eloge de l’humanisme. Ce dernier n’est pas simplement poète ou écrivain, il est aussi directeur du bureau d’information du gouvernement municipal de Shenzhen qui a passé commande de l’œuvre à Wang Ning il y a six ans. Eloge de l’humanisme a été créée le 16 mai au Shenzhen Concert Hall, lors du concert d’ouverture de ICIF 2013 (la deuxième foire internationale des industries culturelles de Shenzhen) par le Shenzhen Symphony Orchestra et son chœur, augmentés des Shenzhen Senior High School Choir et Lily Children’s Choir.

Peu connu en Occident, le compositeur, né en 1954, enseigne et dirige le département de composition du Conservatoire de Pékin. Il a pourtant livré des opéras, des symphonies, des concertos, des pièces pour orchestre de chambre, pour le chœur et pour la voix, ainsi que des œuvres de musique éléctro-acoustique. Son langage est tonal et syncrétique, au sens où, comme Qigang Chen et Tan Dun, il mêle éléments de musique traditionnelle chinoise et de musique occidentale. Cela s’entend dans son roboratif Eloge de l’humanité, ultramélodique et tissé d’harmonies riches et complexes.

Han Wang Xi tient à nous «expliquer le message» de l’œuvre et on le retrouve le lendemain midi. Il nous raconte que le texte chanté par le chœur est le «programme d’un nouvel humanisme» en accord «avec les valeurs défendues par l’Unesco». Chacun des cinq mouvements de cette symphonie reprend, selon lui, un concept cardinal de la philosophie confucéenne et l’illustre. «L’idée qu’il faut trouver l’harmonie dans la diversité est aussi dans la Bible qui nous dit : « Si tu veux que les gens soient bonxs avec toi, il faut que tu sois bon avec eux. »» Les concepts – «bienveillance», «droiture ou justice», «respect de l’individu», «sagesse», «fidélité» – reflètent «la véritable identité du peuple chinois», même si, «au cours de l’histoire», ces notions ont été «oubliées ou bafouées». Fait-il allusion à la Révolution culturelle comme apparemment le suggèrent les notes de programme évoquant une œuvre qui cherche à «édifier le peuple chinois dans son désir de contribuer au rêve d’une renaissance nationale» ? Un porte-parole répond à sa place : «Avec le développement économique et industriel, les Chinois se posent des questions existentielles et réfléchissent à leur passé. Comment faire, quelle est la véritable morale chinoise par-delà la Révolution culturelle ? La plupart des Chinois sont d’accord pour reconnaître que cette révolution fut injuste. Même le gouvernement réalise que cela fut une catastrophe et a retardé de vingt ans le développement de la Chine.»

10 000 animaux sauvages

Eloge de l’humanisme étant une symphonie chorale, on demande à rencontrer Yang Hong Wei, chef du chœur de l’orchestre de Shenzhen, fondé en 2007 et qui compte actuellement 80 personnes. Elle nous explique qu’il ne s’agit pas d’un chœur professionnel, ses membres ayant tous d’autres activités. L’an dernier, à Noël, le chœur qui possède déjà un vaste répertoire allant du Requiem de Mozart au Carmina Burana de Carl Orff, a interprété le Messie de Haendel. En décembre, ses membres célébreront l’année Verdi en chantant les grands chœurs de Aïda, Nabucco et la Traviata. Certains suivent un apprentissage musical, car le niveau du chœur ne cesse de monter : «Désormais, nous chantons en anglais, allemand, italien, mais pas encore en français», dit Yang Hong Wei. Elle ajoute : «En Chine, il n’y a pas de tradition chorale, comme chez vous en Europe, où grâce à la religion, on chante en chœur depuis des siècles. Pour les Chinois, le chant choral est une nouveauté et peu de compositeurs nationaux écrivent pour le chœur par crainte d’être incompris. N’oubliez pas que le chœur, pour nous, n’est pas lié à l’art mais à la politique, aux chants de l’armée Rouge.»

A peine quitté Yang Hong Wei, on repart sillonner la ville tentaculaire. Avec plus de 1 500 établissements, le parc hôtelier de Shenzhen rappelle à qui en douterait que l’on ne vient pas seulement ici pour affaires mais également pour le tourisme. Beaucoup de Chinois visitent Shenzhen en raison de Window of the World et Splendid of China, un parc qui reproduit, lui, 80 lieux touristiques nationaux en miniatures, car ils ne pourront s’offrir un tour de la Chine, de l’Europe ou du monde.

Une même logique a présidé à la construction de Safari Park, qui recèle 10 000 animaux sauvages de 300 espèces différentes, ainsi que celle de Waterlands Resort, au bord d’une mer de Chine que beaucoup n’ont vue qu’à la télévision et sur Internet. Ce qui explique que même par mauvais temps, la plage de Dameisha, où l’on se rend, soit pleine de vacanciers. Les touristes que l’on croise n’arrivent pas exclusivement de la Chine rurale : nombre d’habitants de Hongkong et Canton viennent également dévaliser les centres commerciaux ultramodernes de Shenzhen, où l’on trouve vêtements, bijoux ou électronique à prix réduits. De fait, ce sont plus de 180 millions de personnes qui franchissent, tous les ans, la frontière qui sépare Shenzhen de Hongkong pour rejoindre leur poste de travail, leur domicile, effectuer des achats ou simplement changer d’air.

«Ni ostracisme ni snobisme»

Au quatrième jour passé dans la ville, on est saisi par sa douceur de vivre. Une jeune étudiante nous explique : «Il n’y a pas d’ostracisme ou snobisme ici, comme c’est le cas à Pékin ou Shanghaï. Pour la simple raison, que personne, hormis une infime minorité de la population, n’est originaire de Shenzhen. On peut parler aussi bien cantonais que mandarin, cela ne dérange personne.» On invite cette étudiante à boire un verre. Elle nous propose d’aller au OCT Contemporary Art Terminal and Loft Area, le quartier design de la ville, abritant boutiques, cafés et restaurants qui n’attendent que d’être photographiés pour illustrer des magazines branchés. Le soir venu, le quartier de Nanshan, avec sa place gigantesque et ses enseignes lumineuses, rassemble autochtones et touristes.

Le lendemain midi, avant de rentrer à Hongkong, on visite la Shenzhen Arts School où ont été formés les pianistes Xue Xiao-Qiu et Yundi Li, le plus jeune lauréat du Concours Chopin de Varsovie qu’il remporta, en 2000, à 18 ans. Situé dans le district de Futian, ce lycée artistique abrite des salles de classe, des studios de musique, de danse et peinture, et des résidences pour les étudiants. Les parents chinois aimant couver leurs petits prodiges, le prix des loyers dans le quartier a été multiplié par quatre. Pour accompagner l’explosion démographique, et accueillir plus d’étudiants à la Shenzhen Arts School, la municipalité a été contrainte de lancer la construction d’un deuxième bâtiment dans le quartier de Nan Shan, qui ouvrira ses portes fin 2013. Sur le pont enjambant la rivière de Shenzhen et qui relie la ville à Hongkong, on se demande à quoi ressemblera l’agglomération dans cinq ans. En une heure de train à grande vitesse, Shenzhen sera connectée à Canton et le delta de la rivière des Perles rassemblera 50 millions d’habitants. Si le déclin de la productivité et le recul de la croissance se confirment, le soutien de la culture et le respect des valeurs confucéennes, chères à monsieur Han Wang Xi, seront-ils toujours des priorités ?

Eric DAHAN

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Sarlat : la masterclass 2013 prête pour son récital

Sud-Ouest

Les élèves de la 7e Académie de l’orgue et du clavecin, en stage depuis lundi, jouent ce vendredi à Sarlat, en Dordogne

Yasuko et Michel Bouvard, accompagnés de leurs stagiaires et de Bernard Podevin (à droite)

Yasuko et Michel Bouvard, accompagnés de leurs stagiaires et de Bernard Podevin (à droite) (Photo Thierry Dumas)

 

Dans un autre style, disons plus moral, ça ressemble un peu à la « Star Academy », avec des pensionnaires qui révisent toute la semaine en vue du prime time du vendredi, face au public.

« Et cette année, le niveau de cette masterclass 2013 est excellent et homogène », se félicite Michel Bouvard, l’un des meilleurs organistes français.

Pour la troisième année consécutive, dans le cadre du Festival du Périgord noir, le directeur artistique de Toulouse-Les Orgues a encadré douze stagiaires venus du monde entier en compagnie de sa femme Yasuko, spécialiste du clavecin.

D’habitude, le couple accepte huit à dix élèves, mais a succombé devant la forte demande. « On est monté à douze et on a refusé quand même cinq personnes. Du coup, elles sont déjà inscrites pour la prochaine édition », sourit Michel Bouvard.

Cosmopolite

Le succès du rendez-vous n’a rien d’étonnant vu le tarif pratiqué : 300 euros la semaine, hébergement (hôtel des Récollets) et trajets en bus compris. « Car on est allé à Montpon-Ménestérol et on va à Bordeaux samedi pour voir d’autres orgues », précise Jean-Philippe, un Belge exilé à Rouffignac-Saint-Cernin. « Et puis c’est aussi l’occasion de visiter une superbe ville », ajoute Guillaumine, 21 ans, originaire de Toulouse. Avec son compère alsacien Thomas, membre du conservatoire de Paris, ils se destinent à une belle carrière d’organiste.

Pour Jean-Philippe, qui vient juste de s’y remettre, l’intérêt était différent : « Je n’ai pas leur niveau, mais j’ai beaucoup appris avec Michel Bouvard. Il sait tout, mais il sait se remettre en question. Il a beaucoup d’humilité malgré son talent. Pour l’instant, je ne stresse pas trop en vue du concert, mais juste avant, ce sera peut-être autre chose. En plus, mes proches seront là. »

À ses côtés, Ivan, un Géorgien qui vit entre la Norvège et les États-Unis, où il avait rencontré son professeur du jour : « C’était à Rochester, au nord de New-York, où il enseignait. Michel m’a parlé de Sarlat et de ce stage. C’était l’occasion de venir et de découvrir le foie gras ! » L’Espagne, le Japon et les États-Unis étaient également représentés dans cette masterclass 2013, largement attirée par la réputation flatteuse dont jouit l’orgue de Sarlat, construit en 1752 et rénové en 2005 par Bertrand Cattiaux. « C’est justement pour faire connaître cet orgue et le rendre accessible que nous avons créé en 2007 cette Académie de l’orgue et du clavecin. Et si le coût de participation n’est pas très élevé, c’est aussi car la Ville fait un effort en la matière », conclut l’organiste de la cathédrale Saint-Sacerdos, Bernard Podevin.

Commentaires fermés sur Sarlat : la masterclass 2013 prête pour son récital Publié dans Actualités

Du côté de Bela Bartok

Blog

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-glayman/040913/du-cote-de-bela-bartok

A n’en pas douter c’est l’un des deux ou trois plus importants compositeurs classiques du siècle dernier. Et néanmoins il est plutôt méconnu bien que joué assez régulièrement. La langue hongroise constitue probablement un obstacle pour bien des candidats à la biographie.
Il se trouve qu’une étudiante, Claire Delamarche, a appris le hongrois et la musique : elle a consacré un volume chez Fayard, sorte de « Pléïade » des compositeurs, préfacé par l’organiste Vincent Warnier et postfacé par le compositeur Thierry Escaich. Il s’agit pour B.Bartok, d’un artiste (pianiste de renom et créateur fertile) de la première moitié du XX°, mort juste à la fin du second conflit mondial et devenu de nos jours un « Classique ».
A la suite de Franz Liszt et de quelques autres noms moins familiers s’inscrit B.Bartok ; le public ignore, pour l’essentiel, l’intérêt qu’il a accordé à la recherche des musiques populaires de son pays et de ses voisins. C’est même le premier mérite de cette biographie qui nous révèle un véritable continent, travail tellement exhaustif que l’on risque parfois de s’y noyer et en même temps d’en mieux repérer les traces dans nombre de ses œuvres. D’autant que B.Bartok, qu’on savait de santé fragile, aux moyens matériels limités, même secondé par certains de ses collègues, tel Zoltan Kodaly, compositeur de quelques pièces.marquantes. Pratique du cymbalum et de la csardas qui a remplacé la valse et la polka. Les enquêtes et enregistrements ont été menés tant dans les pays de l’ex Yougoslavie, qu’en Algérie, en Roumanie, Turquie etc.
N’oublions pas que nous sommes au pays de la « Double Monarchie, Vienne et Budapest. Evolutions politiques en dépit des tentatives déjà lointaines et victimes de la répression du « Printemps des Peuples » de 1848…Grand pianiste concourant fréquemment et présent en Europe dans de multiples concerts, B.Bartok a, évidemment, subit l’influence de R.Wagner, G.Mahler, de F.Busoni qu’il a connu et particulièrement de R.Strauss (« La vie d’un héros ») et le souvenir de H. Berlioz « La marche de Rakosi » voire son « Kossuth », icône nationale.
Il troque ces influences en découvrant C.Debussy, M.Ravel et ce qui a été appelé « la musique naturelle ». Plusieurs œuvres ont été composées, durant cette période fertile, y compris en conquêtes féminines. Jusqu’à la première « Guerre Mondiale » durant laquelle il ne fut pratiquement pas mobilisé, période qui se clôt, si l’on peut dire, par le Traité de Trianon remodelant une grande partie de l’Europe Orientale.
NOUVEAU  MONDE  :  VERS  LA  FIN
Les évènements s’enchaînent entraînant B.Bartok vers l’exil : « l’Anschluss » mars 38, création en Hongrie du « Parti fascisant des Croix Fléchées », le « Pacte Germano Soviétique » et l’ « invasion de la Pologne ». Sur   le plan professionnel B.Bartok participe à la création « La Société Internationale de Musique Contemporaine » et à la parution en France de la « Revue Musicale » ouverte aux vents nouveaux tandis que les Editions musicales « Universal » liquident à Vienne leur personnel non nazi ; mais nombre d’exclus rejoignent les éditions anglophones « Bossey /Hawkes » avec lesquelles collaborera notre compositeur.
Après avoir accompli un voyage de reconnaissance eux Etats-Unis en octobre 40, et s’être interrogé sur « Où aller ? », B.Bartok et sa seconde femme Dita Pastory s’embarquent pour New-York en octobre 40 tandis que le nouveau Roi Michel s’installe à Bucarest assisté de sa « Garde de Fer » de sinistre mémoire.
Parallèlement les œuvres se multiplient, pratiquement toutes existant au disque. Avec comme librettiste Bela Balazs, un néo-symboliste que l’on connaît mal ici, pour Ballets, « Le Prince de Bois », « Le mandarin merveilleux » page orchestrale extraordinaire , objet d’un scandale prétendument « érotique » et surtout « Le château de Barbe Bleue », opéra s’inscrivant dans une longue tradition où le librettiste a mis sa patte (on pense à un autre opéra de Paul Dukas Maurice  Maeterlinck « Ariane et Barbe Bleue), deux « Sonates pour piano et violon » ; les « Six Quatuors », sommet qui aurait dû s’augmenter d’un 7°, hélas commande posthume. Les « Trois Concertos pour piano », le troisième, petite rente, était destiné à n’être joué que par Dita Pastoury, il a été l’objet de polémiques. B.Bartok a travaillé pour plusieurs Universités Américaines, dont Columbia, Washington, conférences à Harvard (lire une splendide description  de l’une d’entre elles avec des étudiants et le compositeur au piano). La « Sonate pour deux pianos et percussion » sorte d’ovni merveilleux  de poésie et rythmique autour d’une chimie percussive toute personnelle « Le Concerto pour Orchestre  rejeté par certains pour sa modération». Souvenir d’un visionnage télévisuel, datant de quelques années, dirigé par Pierre Boulez dans un monastère de Lisbonne, le célèbre chef reconnaissait la valeur et l’intérêt de l’œuvre, et une possible erreur de jeunesse, S. Koussevitzky l’ayant commandée et créée. Parmi les maîtres de l’interprétation  au 20°Siècle, Yehudi Menuhin eut la riche idée  de créer une Sonate pour son instrument. A ce propos comment ne pas être frappé que des chefs aussi célèbres qu’Arturo Toscanini et Bruno Walter n’aient jamais songé à B.Bartok. Certes B.Bartok est un musicien difficile d’accès et le public nord américain était parfois réticent. Quand on a le prestige de ces deux maestros il faut savoir prendre des risques ; en témoigne à l’inverse l’altiste William Primrose, lui n’a pas hésité et est parvenu à obtenir un « Concerto pour cordes et alto », d’un B.Bartok déjà très malade (leucémie jugée alors inguérissable, la pénicilline faisait juste son apparition). Dans le monde musical des exils on signalera volontiers les problèmes rencontrés par Arnold Schoenberg mais aussi par Alexandre von Zemlinsky, etc..
Sur ces entrefaites B.Bartok retrouve dans New-York son fils Peter juste libéré de l’armée américaine dans laquelle il s’était engagé, il sera l’organisateur des « Archives Bartok ».
Son pays était associé à une alliance parfaite avec Hitler, enclenchant une immense rafle des juifs hongrois. Tandis que le musicien, âgé de 62 ans, décédait le 21 septembre 45, après 37 ans consacrés à la recherche des musiques populaires, mais paradoxalement ne s’est pas arrêté à la musique des Noirs américains tout en soulignant l’extrême nouveauté du jazz (cf. ses « Contrastes » écrits pour le clarinettiste, blanc il est vrai, Benny Goodman) .T.Escaich parle d’un « musicien de la synthése, plus tourné ver Beethoven que vers Mozart, et Jean-Sébatien Bach, tendance actuelle. Dans le livre de Claire Delamarche, massif mais indispensable, soulignons la présence d’un catalogue des œuvres et d’un bilan de la Correspondance.

Claude Glayman.

* Claire Delamarche : « Bela Bartok » Fayard, 1036 p. 39 E.

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Nouveau 04/09/2013, 17:30 | Par Leséparges

Merci pour cet hommage à Bela Bartok un des plus grands compositeurs du 20 éme siècle .

Qui sont, de mon point de vue , plus de trois !

Je me suis replongé dérechef dans le château de Barbe Bleue : ça fait du bien …

http://www.youtube.com/watch?v=Wbr_rDmkAD8

Théoriquement c’est la cinquième porte , le noeud du drame , qui se situe vers la 30 ème minute de l’opéra . Il y en a plein de versions sur Y Tube .

http://www.youtube.com/watch?v=sS_ChOvYBJY

Et son concerto N° 1 pour piano :

http://www.youtube.com/watch?v=XMwH3011tTk

http://www.youtube.com/watch?v=Ijc90fbi9kY

Et puis ……!!!! ?????

Nouveau 04/09/2013, 17:55 | Par jamesinparis

Béla Bartók – Chansons populaires hongroises, no. 6 Allegro © Oistrakh-Kremer

Nouveau 04/09/2013, 20:00 | Par Leséparges en réponse au commentaire de jamesinparis le 04/09/2013 à 17:55

Jamesinparis : oui aussi  ! Celui qui allait recueillir inlassablement dans les villages toute la musique populaire pour la préserver .

Et le Bartok des études : http://www.youtube.com/watch?v=NPrZkZNS7T4

http://www.youtube.com/watch?v=G2E058Ep99Y

Nouveau 04/09/2013, 20:20 | Par Michel MURACCIOLE

Vous auriez pu indiquer qu’il a lui-même demandé à rejoindre la liste des « dégénérés » alors qu’il n’était pas inquiété, pour soutenir les artistes « juifs ». Sa grandeur morale était à la mesure de sa virtuosité.

Commentaires fermés sur Du côté de Bela Bartok Publié dans Articles de fond