Du côté de Bela Bartok

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A n’en pas douter c’est l’un des deux ou trois plus importants compositeurs classiques du siècle dernier. Et néanmoins il est plutôt méconnu bien que joué assez régulièrement. La langue hongroise constitue probablement un obstacle pour bien des candidats à la biographie.
Il se trouve qu’une étudiante, Claire Delamarche, a appris le hongrois et la musique : elle a consacré un volume chez Fayard, sorte de « Pléïade » des compositeurs, préfacé par l’organiste Vincent Warnier et postfacé par le compositeur Thierry Escaich. Il s’agit pour B.Bartok, d’un artiste (pianiste de renom et créateur fertile) de la première moitié du XX°, mort juste à la fin du second conflit mondial et devenu de nos jours un « Classique ».
A la suite de Franz Liszt et de quelques autres noms moins familiers s’inscrit B.Bartok ; le public ignore, pour l’essentiel, l’intérêt qu’il a accordé à la recherche des musiques populaires de son pays et de ses voisins. C’est même le premier mérite de cette biographie qui nous révèle un véritable continent, travail tellement exhaustif que l’on risque parfois de s’y noyer et en même temps d’en mieux repérer les traces dans nombre de ses œuvres. D’autant que B.Bartok, qu’on savait de santé fragile, aux moyens matériels limités, même secondé par certains de ses collègues, tel Zoltan Kodaly, compositeur de quelques pièces.marquantes. Pratique du cymbalum et de la csardas qui a remplacé la valse et la polka. Les enquêtes et enregistrements ont été menés tant dans les pays de l’ex Yougoslavie, qu’en Algérie, en Roumanie, Turquie etc.
N’oublions pas que nous sommes au pays de la « Double Monarchie, Vienne et Budapest. Evolutions politiques en dépit des tentatives déjà lointaines et victimes de la répression du « Printemps des Peuples » de 1848…Grand pianiste concourant fréquemment et présent en Europe dans de multiples concerts, B.Bartok a, évidemment, subit l’influence de R.Wagner, G.Mahler, de F.Busoni qu’il a connu et particulièrement de R.Strauss (« La vie d’un héros ») et le souvenir de H. Berlioz « La marche de Rakosi » voire son « Kossuth », icône nationale.
Il troque ces influences en découvrant C.Debussy, M.Ravel et ce qui a été appelé « la musique naturelle ». Plusieurs œuvres ont été composées, durant cette période fertile, y compris en conquêtes féminines. Jusqu’à la première « Guerre Mondiale » durant laquelle il ne fut pratiquement pas mobilisé, période qui se clôt, si l’on peut dire, par le Traité de Trianon remodelant une grande partie de l’Europe Orientale.
NOUVEAU  MONDE  :  VERS  LA  FIN
Les évènements s’enchaînent entraînant B.Bartok vers l’exil : « l’Anschluss » mars 38, création en Hongrie du « Parti fascisant des Croix Fléchées », le « Pacte Germano Soviétique » et l’ « invasion de la Pologne ». Sur   le plan professionnel B.Bartok participe à la création « La Société Internationale de Musique Contemporaine » et à la parution en France de la « Revue Musicale » ouverte aux vents nouveaux tandis que les Editions musicales « Universal » liquident à Vienne leur personnel non nazi ; mais nombre d’exclus rejoignent les éditions anglophones « Bossey /Hawkes » avec lesquelles collaborera notre compositeur.
Après avoir accompli un voyage de reconnaissance eux Etats-Unis en octobre 40, et s’être interrogé sur « Où aller ? », B.Bartok et sa seconde femme Dita Pastory s’embarquent pour New-York en octobre 40 tandis que le nouveau Roi Michel s’installe à Bucarest assisté de sa « Garde de Fer » de sinistre mémoire.
Parallèlement les œuvres se multiplient, pratiquement toutes existant au disque. Avec comme librettiste Bela Balazs, un néo-symboliste que l’on connaît mal ici, pour Ballets, « Le Prince de Bois », « Le mandarin merveilleux » page orchestrale extraordinaire , objet d’un scandale prétendument « érotique » et surtout « Le château de Barbe Bleue », opéra s’inscrivant dans une longue tradition où le librettiste a mis sa patte (on pense à un autre opéra de Paul Dukas Maurice  Maeterlinck « Ariane et Barbe Bleue), deux « Sonates pour piano et violon » ; les « Six Quatuors », sommet qui aurait dû s’augmenter d’un 7°, hélas commande posthume. Les « Trois Concertos pour piano », le troisième, petite rente, était destiné à n’être joué que par Dita Pastoury, il a été l’objet de polémiques. B.Bartok a travaillé pour plusieurs Universités Américaines, dont Columbia, Washington, conférences à Harvard (lire une splendide description  de l’une d’entre elles avec des étudiants et le compositeur au piano). La « Sonate pour deux pianos et percussion » sorte d’ovni merveilleux  de poésie et rythmique autour d’une chimie percussive toute personnelle « Le Concerto pour Orchestre  rejeté par certains pour sa modération». Souvenir d’un visionnage télévisuel, datant de quelques années, dirigé par Pierre Boulez dans un monastère de Lisbonne, le célèbre chef reconnaissait la valeur et l’intérêt de l’œuvre, et une possible erreur de jeunesse, S. Koussevitzky l’ayant commandée et créée. Parmi les maîtres de l’interprétation  au 20°Siècle, Yehudi Menuhin eut la riche idée  de créer une Sonate pour son instrument. A ce propos comment ne pas être frappé que des chefs aussi célèbres qu’Arturo Toscanini et Bruno Walter n’aient jamais songé à B.Bartok. Certes B.Bartok est un musicien difficile d’accès et le public nord américain était parfois réticent. Quand on a le prestige de ces deux maestros il faut savoir prendre des risques ; en témoigne à l’inverse l’altiste William Primrose, lui n’a pas hésité et est parvenu à obtenir un « Concerto pour cordes et alto », d’un B.Bartok déjà très malade (leucémie jugée alors inguérissable, la pénicilline faisait juste son apparition). Dans le monde musical des exils on signalera volontiers les problèmes rencontrés par Arnold Schoenberg mais aussi par Alexandre von Zemlinsky, etc..
Sur ces entrefaites B.Bartok retrouve dans New-York son fils Peter juste libéré de l’armée américaine dans laquelle il s’était engagé, il sera l’organisateur des « Archives Bartok ».
Son pays était associé à une alliance parfaite avec Hitler, enclenchant une immense rafle des juifs hongrois. Tandis que le musicien, âgé de 62 ans, décédait le 21 septembre 45, après 37 ans consacrés à la recherche des musiques populaires, mais paradoxalement ne s’est pas arrêté à la musique des Noirs américains tout en soulignant l’extrême nouveauté du jazz (cf. ses « Contrastes » écrits pour le clarinettiste, blanc il est vrai, Benny Goodman) .T.Escaich parle d’un « musicien de la synthése, plus tourné ver Beethoven que vers Mozart, et Jean-Sébatien Bach, tendance actuelle. Dans le livre de Claire Delamarche, massif mais indispensable, soulignons la présence d’un catalogue des œuvres et d’un bilan de la Correspondance.

Claude Glayman.

* Claire Delamarche : « Bela Bartok » Fayard, 1036 p. 39 E.

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Nouveau 04/09/2013, 17:30 | Par Leséparges

Merci pour cet hommage à Bela Bartok un des plus grands compositeurs du 20 éme siècle .

Qui sont, de mon point de vue , plus de trois !

Je me suis replongé dérechef dans le château de Barbe Bleue : ça fait du bien …

http://www.youtube.com/watch?v=Wbr_rDmkAD8

Théoriquement c’est la cinquième porte , le noeud du drame , qui se situe vers la 30 ème minute de l’opéra . Il y en a plein de versions sur Y Tube .

http://www.youtube.com/watch?v=sS_ChOvYBJY

Et son concerto N° 1 pour piano :

http://www.youtube.com/watch?v=XMwH3011tTk

http://www.youtube.com/watch?v=Ijc90fbi9kY

Et puis ……!!!! ?????

Nouveau 04/09/2013, 17:55 | Par jamesinparis

Béla Bartók – Chansons populaires hongroises, no. 6 Allegro © Oistrakh-Kremer

Nouveau 04/09/2013, 20:00 | Par Leséparges en réponse au commentaire de jamesinparis le 04/09/2013 à 17:55

Jamesinparis : oui aussi  ! Celui qui allait recueillir inlassablement dans les villages toute la musique populaire pour la préserver .

Et le Bartok des études : http://www.youtube.com/watch?v=NPrZkZNS7T4

http://www.youtube.com/watch?v=G2E058Ep99Y

Nouveau 04/09/2013, 20:20 | Par Michel MURACCIOLE

Vous auriez pu indiquer qu’il a lui-même demandé à rejoindre la liste des « dégénérés » alors qu’il n’était pas inquiété, pour soutenir les artistes « juifs ». Sa grandeur morale était à la mesure de sa virtuosité.

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