Edito

On ne se rend pas compte de l’extrême pauvreté des chefs d’orchestres.

Un pauvre vieillard comme Kurt Masur est obligé de continuer à travailler malgré son grand âge |84 ans| et il est même obligé de courir le cacheton..

Non seulement il est atteint par les ans comme nous toutes et nous tous, mais en plus il tutoie Parkinson d’un peu près.

Qu’est-il arrivé ?

Ce qui devait arriver : il a fini par se casser la figure en se marchant dessus hier au soir au cours d’un concert[1] consacré à des musiciens morts.

En pleine symphonie de P. I. Tchaïkovski il a chu.

Pathétique.

Pathétique comme une symphonie.

Le talent de ce chef d’orchestre n’est pas en cause naturellement. Mais ne serait-il pas largement temps de laisser la place à ces nombreuses et nombreux chefs jeunes et talentueux qui peuplent les classes de direction des conservatoires et les stages de direction internationaux ?

Nous souhaitons un rapide rétablissement à ce digne représentant de la direction d’orchestre allemande mais nous souhaitons aussi qu’il encourage, par son départ à la retraite, les jeunes chefs pleins |nes| de talent qui piaffent d’impatience.

Floremon

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Turquie : le pianiste Fazil Say s’exile au Japon

Par Culturebox (avec AFP)  Publié le 23/04/2012 à 12H00 0

Fazil Say, compositeur et pianiste turc de renom international, a annoncé qu’il avait décidé de quitter son pays pour le Japon. Le musicien, ardent défenseur de la laïcité, s’inquiète de la montée du conservatisme islamiste

« J’ai été exclu à 100% (de la société turque). Je pense qu’il est temps pour moi de m’installer au Japon », a indiqué Fazil Say dans une interview au journal Hürriyet lundi. Il se dit victime d’une intolérance sociale et de la censure du régime sur ses œuvres.

« Quand j’ai dis que j’étais athée (…) on m’a insulté. La justice a été saisie sur ce que j’ai écrit sur Twitter. Je suis peut-être la première personne au monde à faire l’objet d’une enquête en justice pour avoir déclaré mon athéisme », a déclaré celui qui est un des grands talents contemporains de Turquie et porte-parole des milieux laïques.
Le pianiste a récemment attiré les foudres des conservateurs en Turquie en publiant sur Twitter des messages sur l’islam teintés de provocation. Un influent député du parti islamiste au pouvoir (AKP, Parti de la justice et du développement), Samil Tayyar, lui avait répondu en  insultant ouvertement sa mère « sortie d’un bordel », provoquant des remous dans la classe politique, la presse et les réseaux sociaux.

Le pianiste craint pour sa carrière
« Si je suis condamné à la prison, ma carrière sera terminée », a ajouté le musicien âgé de 41 ans qui passe une grande partie de son temps à l’étranger.

Dans le passé, Fazil Say avait déclaré qu’en Turquie, où les épouses de presque tous les ministres portent aujourd’hui le voile islamique, les laïques devenus minoritaires subissent la pression de la majorité qui cherche à imposer à tous, de plus en plus ouvertement, un mode de vie traditionnel basé sur les valeurs religieuses.

En Turquie, officiellement à 99% musulmane, la laïcité est un des piliers de la Constitution. Mais les laïques craignent qu’elle soit mise à mal par l’AKP, qui dirige le pays depuis 2002. Celui-ci nie toute volonté d’islamiser la société turque. Mais la pression sociale gagnerait en intensité, notamment dans les petites villes et les zones rurales.
La loi turque réprime l’ « insulte aux valeurs religieuses » de trois mois à un an de prison.

Fazil Say, qui joue dans le monde entier, sera en concert le 10 mai à Strasbourg avec l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Né à Ankara en 1970, il a étudié la musique en Turquie avant de poursuivre ses études à Dusselforf. Il a remporté en 1994 le prix européen des jeunes concertistes.

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Opéra de Bordeaux : la régisseuse encaissait les chèques sur son compte

Sud-Ouest jeudi 19 04 12

La régisseuse aurait détourné près d’un million d’euros. Son mari et elle ont été mis en examen.

La régisseuse et son mari encourent dix ans de réclusion.

La régisseuse et son mari encourent dix ans de réclusion. (photo archives éric despujols)

Ce n’est pas « l’Opéra de quat’sous » de Bertolt Brecht et Kurt Weill. Au terme de deux jours de garde à vue dans les locaux de la division des affaires économiques et financières de la direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Bordeaux, Corinne Auguin, 51 ans, régisseuse des avances et recettes de l’Opéra national de Bordeaux aurait déjà avoué près d’un million d’euros de détournement de fonds publics.

Tout est parti d’une enquête interne aussi rapide que confondante (lire notre édition d’hier). Des employés se sont posé des questions sur un chèque au nom de la régisseuse qui ne semblait adossé à aucune facture et aucune prestation. En fouillant un peu, les services administratifs et financiers ont établi que plus de 137 000 euros en espèces et chèques avaient été détournés de leur utilisation depuis janvier 2012. Et les soupçons se sont portés sur Corinne Auguin, qui bénéficie toujours de la présomption d’innocence à ce stade de la procédure.

Dans un communiqué diffusé mardi, l’Opéra a tout de suite réagi, précisant avoir porté plainte et avoir immédiatement suspendu la quinquagénaire (lire ci-dessous). Les investigations policières ont pris le relais de la procédure interne, se concentrant d’abord sur le patrimoine de la régisseuse qui a ensuite été auditionnée. En poste depuis près de quinze ans, elle aurait commencé ses agissements frauduleux en 2006. Peut-être quand son mari est tombé malade. L’ensemble du préjudice n’a pas encore été évalué mais depuis 2009, plus de 900 000 euros auraient été engrangés par Corinne Auguin.

Des abus finalement tout à fait traçables puisqu’elle encaissait les chèques du Trésor Public sur son compte ! Elle aurait en fait ajouté des lignes comptables à son profit sans pour autant fabriquer de fausses factures et falsifié les rapprochements bancaires. Elle aurait également puisé dans les espèces de son fonds de roulement. Avec des revenus mensuels ainsi considérablement améliorés, elle pouvait mener grand train.

Dix ans de prison encourus

Selon le parquet de Bordeaux, son mari, placé en garde à vue hier matin, assure n’avoir rien soupçonné. « Pourtant le couple avait manifestement un train de vie bien supérieur à ses ressources officielles ». En perquisition mardi à son luxueux domicile de Bonnetan, les policiers ont pu constater que la régisseuse ne lésinait pas sur les dépenses. Piscine dernier cri, mobilier de prix, technologie de pointe, bijoux de créateurs, vêtements de marque…

Déféré hier, le couple encourt dix ans de prison. La régisseuse a été mise en examen pour « détournement de fonds publics par un comptable public ou son subordonné ». Son mari sera inquiété pour « recel habituel » de ce même délit. Le parquet a requis un placement sous contrôle judiciaire avec cautionnement.

Devant ces grossières manipulations des chiffres, se pose déjà la question d’autres responsabilités ou négligences dans cette hémorragie de fonds publics. L’enquête se poursuit sur commission rogatoire et pourrait approcher ceux qui avaient droit et devoir de regard sur les comptes.

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La Grande Messe à s’Hertogenbosch – Les nouveaux élus – Le Français, langue officielle – La France ou les concours mal-aimés – Une valeur sûre, cependant…

Blog de Claude Samuel

17 avril 2012 à 9:28 – France

Ce sont les Pays-Bas qui viennent d’accueillir pendant ce dernier week-end la 56ème Assemblée générale de la Fédération mondiale des Concours de Musique, et trois compétitions ont associé leurs forces pour cette grande messe annuelle : le Concours de percussion de Eindhoven, le Concours de piano Franz Liszt d’Utrecht et le Concours de chant de s’Hertogenbosch (en français : Bois-le-Duc), cité où se sont déroulés nos travaux.

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On est venu de loin pour participer à la manifestation, et nous avons pu croiser ainsi nos collègues de Calgary, de Melbourne, de Rio de Janeiro, de Tbilisi ou d’Hamamatsu, confronter des expériences, lancer de nouvelles idées et, ainsi qu’à chaque session, se prononcer sur de nouvelles candidatures. Donc, après consultation détaillée des dossiers (l’exigence de qualité est de rigueur !) et vote de l’assemblée, quatre compétitions ont été admises aux côtés des cent dix-neuf membres actuels : deux compétitions allemandes (le Concours Henri Marteau pour le violon de Lichtenberg et le Concours de contrebasse Johann Matthias Sperger de Ludwiglust), le Concours de piano James Mottram de Manchester et le Concours de musique de chambre de Trondheim, en Norvège.

En la matière, la mondialisation est une évidence, quoique la carte du monde représentée sur le site internet de la Fédération révèle de grandes disparités, sinon de réelles surprises : zone d’extrême concentration du Portugal à la Pologne, terre africaine pratiquement désertée, quelques îlots extrême-orientaux.

 

 

 

C’était la semaine dernière, au pays des tulipes…

La fierté d’Utrecht

Et la France ? Je dois bien constater que, si le français reste l’une des deux langues officielles de cette Fédération créée à Genève en 1957, la délégation française (absente actuellement du Comité) a été modeste aux Pays-Bas : Concours de direction de Besançon, Concours de quatuor à cordes de Bordeaux, Concours de piano d’Epinal, Concours d’Orléans (« répertoire de 1900 à nos jours »), et les concours pluridisciplinaires de la Ville de Paris (Maurice André, Lily Laskine, Olivier Messiaen, Jean-Pierre Rampal, Rostropovitch, Martial Solal, Etienne Vatelot) que je tente de sauver du naufrage, après le récent désengagement officiel de la municipalité parisienne ; et, vendredi après-midi, j’ai ressenti quelque nostalgie en entendant le maire d’Utrecht expliquer sa fierté de participer activement à la révélation des jeunes talents. Ici, hélas, la fierté consiste davantage à compter le nombre de Parisiens qui chercheront dans quelques semaines un éventuel soleil sur les berges de la Seine…

 

Pas de miracle

Sujet de réflexion passablement déprimant au cours d’une campagne électorale où il aurait été miraculeux que le mot « musique » fût prononcé, mais non, il n’y a pas eu de miracle… Dieu sait si j’ai eu l’occasion d’évoquer la question devant plusieurs de nos ministres de la Culture, attentifs, et même encourageants, mais il n’existe toujours pas de ligne « Concours de musique » dans le budget du ministère, une ligne sinon très consistante mais révélatrice d’une volonté politique. Restent les collectivités territoriales (au gré du goût personnel de nos élus), et les mécènes qui, c’est bien normal, choisissent leur créneau d’intervention au nom d’une politique promotionnelle déterminée. Pour survivre, et certains d’entre eux ne survivent pas, les Concours français doivent se livrer à d’épuisantes acrobaties, ce qui est un comble dans un pays où, plus qu’ailleurs, infiniment plus qu’ailleurs, l’argent public contribue intensivement aux activités musicales.

A s’Hertogenbosch, la semaine dernière, il a été question de la crise, dont ont été victimes récemment certains concours membres de la Fédération, mais, considéré sur une longue période, le Concours de musique, essentiel au début d’une carrière de soliste, reste une valeur sûre, une belle cause à défendre ! Et un investissement financier dérisoire par rapport aux nouveaux édifices culturels dont les gouvernements de la planète sont si fiers !

Congrès à Washington, 4 mai 2001

Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue Diapason d’avril : « Ce jour-là, 13 juillet 1935 »

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Alfred Brendel : « Poser un baiser sur la musique qui dort »

Quobuz

Al­fred Bren­del a ar­rêté sa car­rière en 2008, après soixante ans d’ac­ti­vité. Un des plus grands pia­nistes de notre époque, il reste un per­son­nage cen­tral de la vie mu­si­cale et une ré­fé­rence pour de nom­breux in­ter­prètes. Ren­contre ex­clu­sive.

PAR Olivier Bellamy | RENCONTRES | 11 avril 2012

Une nou­velle édi­tion ré­vi­sée de votre essai Ré­flexions faites vient de pa­raître chez Bu­chet-Chas­tel. Pour­quoi avoir voulu, trente-quatre ans après, re­ma­nier cer­tains pas­sages ?
— En fait, c’est Bu­chet-Chas­tel qui a sou­haité ré­édi­ter ce livre, et j’en ai été très heu­reux. Or il se trouve que j’ai une amie et col­lègue [la pia­niste Chara Ia­co­vi­dou – Ndlr] qui parle très bien plu­sieurs langues et qui a été ca­pable de cor­ri­ger toutes les er­reurs qui s’étaient glis­sées dans la pre­mière édi­tion fran­çaise.

Vous avez fait vos adieux au concert en 2008. À Paris, c’était au Théâtre du Châ­te­let, lors d’un ré­ci­tal com­pre­nant des œuvres de Haydn, Mo­zart, Bee­tho­ven et Schu­bert, le cœur de votre ré­per­toire. Avez-vous eu des re­grets par la suite ou ca­ressé, même fu­gi­ti­ve­ment, le désir de re­mon­ter sur scène ?
— Pas un seul ins­tant. Ma dé­ci­sion était mû­re­ment ré­flé­chie et j’avais une idée très claire de ce que je vou­lais faire après avoir donné des concerts pen­dant soixante ans de ma vie. J’ai aussi une ac­ti­vité lit­té­raire, comme vous l’avez si­gnalé, et j’ai pensé que le mo­ment était venu d’écrire da­van­tage, de don­ner des confé­rences, de lire ma poé­sie et d’of­frir des mas­ter classes.

RÉ­ÉDI­TION RÉ­VI­SÉE

L’ou­vrage d’Al­fred Bren­del Ré­flexions faites, paru pour la pre­mière fois en 1979 en fran­çais, vient d’être ré­édité chez Bu­chet-Chas­tel dans une ver­sion ré­vi­sée. Celui qui s’est re­tiré de la scène en 2008 (sans dé­lais­ser l’en­sei­gne­ment ni l’écri­ture) a re­ma­nié et en­ri­chi son pas­sion­nant essai vieux de trente ans de nou­veaux ar­ticles sur Mo­zart, les Va­ria­tions Dia­belli de Bee­tho­ven, la So­nate en si de Liszt et le Concerto pour piano de Schoen­berg. Es­sen­tiel.

Tra­duit de l’al­le­mand par Bri­gitte Vergne et
Do­mi­nique Laure Mier­mont, édi­tion ré­vi­sée
par Chara Ia­co­vi­dou (240 pages – 17 €)

Al­fred Bren­del avec Oli­vier Bel­lamy lors de cette in­ter­view dif­fu­sée le 16 fé­vrier 2012 (qui peut être écou­tée sur le site www.radioclassique.fr.

Pen­sez-vous avoir été utile dans votre vie, ou re­ven­di­quez-vous la ma­gni­fique et né­ces­saire in­uti­lité de l’ar­tiste ?
— Bon, on ne risque pas sa vie à jouer du piano… et je n’ai tué per­sonne. Donc, je n’ai pas mau­vaise conscience. Et je pense avoir rendu des gens heu­reux au cours de ma car­rière. Mais évi­dem­ment, il y a cer­tai­ne­ment d’autres moyens d’ai­der ses contem­po­rains à mieux vivre. J’ai sim­ple­ment fait fruc­ti­fier le ta­lent que j’avais reçu et cela m’a rendu moi-même heu­reux.

Avez-vous par­fois mar­ty­risé les ac­cor­deurs de pia­nos qui avaient la charge de ré­gler votre ins­tru­ment avant les concerts ?
— J’ai tou­jours de­mandé beau­coup aux tech­ni­ciens qui m’as­sis­taient. J’ai ren­con­tré des per­sonnes ex­tra­or­di­naires et j’ai passé d’ex­cel­lents mo­ments avec ceux qui ai­maient ce que je fai­sais et qui com­pre­naient ce que je vou­lais ob­te­nir. Quant à ceux qui ne savent pas réel­le­ment ce qu’est un concert, le tra­vail a été, certes, plus com­pli­qué.

Pen­sez-vous qu’un in­ter­prète puisse être, dans une cer­taine me­sure, un créa­teur ?
— Il existe des in­ter­prètes qui uti­lisent les pièces qu’ils jouent comme si elles étaient les leurs. Je suis convaincu, pour ma part, que l’in­ter­prète n’est pas le créa­teur. Sans le com­po­si­teur, l’in­ter­prète n’est pas grand-chose. Nous de­vons venir en aide au créa­teur. À ce pro­pos, le pia­niste Edwin Fi­scher a dit :  » L’in­ter­prète doit rendre vie à l’œuvre sans la bru­ta­li­ser. «  C’est ma po­si­tion. Cer­tains pensent que la mu­sique com­mence à prendre vie au mo­ment où ils l’in­ter­prètent, sinon l’œuvre n’existe pas. Je ne crois pas que ce soit la vé­rité. La mu­sique est déjà écrite, mais elle dort. Nous sommes là pour poser un bai­ser afin qu’elle se ré­veille.

Les grands chefs-d’œuvre de la mu­sique sont in­épui­sables. Vous ar­rive-t-il, en­core au­jour­d’hui, d’y trou­ver de nou­velles ri­chesses aux­quelles vous n’aviez pas songé au­pa­ra­vant ?
— Ab­so­lu­ment. Par­fois, au beau mi­lieu de la nuit, cer­taines mu­siques me tra­versent l’es­prit, très en dé­tail. Ce qui est in­té­res­sant pour moi, à mon âge, alors qu’une par­tie de mon es­prit s’éva­pore un peu, inexo­ra­ble­ment, c’est que la mu­sique reste très pré­sente, très vi­vante. Elle conti­nue à se dé­ve­lop­per en moi, à gran­dir. Je vois, j’en­tends et je sens cer­taines choses avec beau­coup plus de pré­ci­sion qu’au­tre­fois. C’est ce que je re­marque quand je tra­vaille avec des mu­si­ciens et que je les conseille.

In­ter­pré­ter la mu­sique est à la fois in­tel­lec­tuel et phy­sique. Vous sen­tez-vous par­fois comme un ma­thé­ma­ti­cien qui doit ré­soudre un pro­blème dé­li­cat, puis comme un ac­teur qui doit l’in­car­ner ?
— Il y a beau­coup de choses à faire en même temps, ef­fec­ti­ve­ment. Mais en ce qui concerne ma per­son­na­lité, je ne me sens pas comme un ma­thé­ma­ti­cien, non. Et je ne sé­pare pas for­cé­ment le temps de la ré­flexion de celui de l’ac­tion. Quand je joue, cer­taines choses sont le fruit de la pen­sée et d’autres ap­par­tiennent à l’ins­tant pré­sent. Ce qui est im­por­tant, c’est de lire la par­ti­tion avec exac­ti­tude — c’est bien plus dif­fi­cile qu’on ne le pense — et aussi de com­prendre que ce qui a été cou­ché sur le pa­pier n’est qu’une par­tie de ce que le com­po­si­teur avait en tête.

Vous sen­tez-vous de plus en plus libre avec l’âge ?
— Oui. Mais, à mon âge, je sens qu’il est très im­por­tant que l’in­ter­prète se sou­vienne de toutes les étapes de son évo­lu­tion. Il faut toutes les gar­der en soi et pas seule­ment en écar­ter une par­tie pour pas­ser à l’autre. La mu­sique a be­soin de tous ces dif­fé­rents pa­liers, in­té­grés, mé­mo­ri­sés, de l’évo­lu­tion d’un ar­tiste.

Quand vous étiez jeune, une par­tie des so­nates de Schu­bert était quasi in­con­nue du pu­blic. Vous avez contri­bué à sa re­con­nais­sance, avec une sorte de fa­mi­lia­rité in­time, de sorte qu’Ed­win Fi­scher a pu vous dire que vous jouiez sa mu­sique comme s’il était un oncle à vous. En êtes-vous fier ?
— C’est vrai qu’après la guerre, le pu­blic ne connais­sait qu’un très petit nombre de so­nates de Schu­bert. J’ai eu la chance de dé­cou­vrir cette mu­sique et de l’of­frir aux au­di­teurs. J’ai même pu tour­ner treize pe­tits films pour la té­lé­vi­sion et j’ai écrit sur ces œuvres, alors que très peu de choses sé­rieuses, à l’époque, avaient été pu­bliées à leur sujet.

Dans Ré­flexions faites, l’un des cha­pitres s’in­ti­tule « Liszt, cet in­com­pris ». Pen­sez-vous qu’on le com­prend mieux au­jour­d’hui, grâce à vous et à quelques autres ?
— La si­tua­tion s’est net­te­ment amé­lio­rée. Quand j’étais jeune, l’homme cultivé pen­sait que Schu­mann était un com­po­si­teur pro­fond, que Cho­pin était un poète et que Liszt était seule­ment un vir­tuose de salon. Ce n’est pas vrai si l’on prend en compte tout l’œuvre de Liszt. Force est de consta­ter qu’il es­saie d’at­teindre un ni­veau trans­cen­dan­tal et qu’il y par­vient. Liszt a uti­lisé le piano de ma­nière ex­haus­tive mais il n’a pas eu le temps de se poser, de choi­sir, de faire le tri. À mon sens, les plus belles pièces qu’il a écrites n’en res­tent pas moins ses œuvres pour le piano.

Un pia­niste doit-il être à la fois comme un chan­teur et comme un chef d’or­chestre à son piano ?
— Dans ma vie de mu­si­cien, j’ai plus ap­pris des chan­teurs et des chefs d’or­chestre que de mes col­lègues pia­nistes. Pour moi, la mu­sique qui pré­cède le XXe siècle trouve son es­sence dans le can­ta­bile. Et en même temps, le piano a presque tou­jours été traité de ma­nière or­ches­trale, pas seule­ment à l’époque ro­man­tique, mais aussi à l’époque de Bach et dans cer­taines so­nates de Mo­zart. D’ailleurs, Hans von Bülow (1) avait l’ha­bi­tude de dire que le pia­niste avait un or­chestre dans ses dix doigts.

Hans von Bülow était à la fois pia­niste et chef d’or­chestre…
— Oui, c’est peut-être le seul cas dans l’his­toire d’un très grand pia­niste qui était aussi un très grand chef d’or­chestre.

Res­tez-vous un mu­si­cien en écri­vant des poèmes, et un pia­niste doit-il être une sorte de poète, car ces deux arts semblent très proches ?
— Quand je joue du piano, je ne suis pas un écri­vain, et lorsque j’écris, même si c’est de la poé­sie, je ne suis pas un mu­si­cien. C’est peut-être un peu né­ces­saire d’être poète en jouant du piano, mais la poé­sie n’est pas l’es­sence de la mu­sique. Je dirai que c’est une épice en­chan­te­resse. Si un mu­si­cien est ex­clu­si­ve­ment un poète, il ren­con­trera des dé­faillances dans d’autres do­maines qui consti­tuent la mu­sique.

Alors, qu’est-ce que la mu­sique ?
— La mu­sique se com­pose de sons or­ga­ni­sés. Mais il faut y voir bien da­van­tage. Le phy­si­cien Max Born écri­vait à Ein­stein que l’émo­tion et l’in­tel­lect y sont per­ni­cieu­se­ment mêlés. Dans la grande mu­sique, le grand art et la grande lit­té­ra­ture, l’en­che­vê­tre­ment des deux li­bère et élève l’es­prit. La mu­sique est dif­fé­rente en ce qu’elle n’est pas liée aux mots ou à la réa­lité. C’est ce qui la rend si mys­té­rieuse.

Pen­sez-vous que les grands com­po­si­teurs avaient tou­jours la conscience des pos­si­bi­li­tés conte­nues dans leurs œuvres ou que celles-ci leur échappent, et même que, par­fois, l’œuvre soit plus grande que l’idée que le créa­teur s’en fai­sait ?
— Lorsque l’œuvre quitte le com­po­si­teur, elle vit sa propre vie, jus­qu’à un cer­tain degré. Nous es­sayons tou­jours de com­prendre le com­po­si­teur, de sa­voir ce qu’il a voulu ac­com­plir, de sen­tir com­ment son es­prit mu­si­cal fonc­tionne. Grâce, no­tam­ment, aux autres œuvres qu’il a com­po­sées. C’est très im­por­tant pour le pia­niste parce que les grands maîtres du piano ont aussi com­posé de la mu­sique d’en­semble ou de la mu­sique vo­cale, sauf Cho­pin. C’est pour cette rai­son que Cho­pin doit être consi­déré comme un cas à part. Mais ce qui reste fon­da­men­tal, en tout cas, c’est de res­pec­ter une cer­taine dis­ci­pline qui est la base même de l’in­ter­pré­ta­tion de la mu­sique. Si le pia­niste est tout seul, il peut être amené à pen­ser :  » Je suis libre de faire ce qui me passe par l’es­prit. » Cette li­berté doit être re­mise en ques­tion et consi­dé­ra­ble­ment nuan­cée par ce qui consti­tue les lois de la mu­sique, à l’ex­cep­tion des pas­sages qui sont liés à l’im­pro­vi­sa­tion ou qui évoquent des ré­ci­ta­tifs d’opéra. L’in­ter­prète est libre à condi­tion de sa­voir se di­ri­ger lui-même et d’avoir des qua­li­tés de chef d’or­chestre. Je m’en suis sou­vent rendu compte, au cours de ma car­rière, en jouant des concer­tos avec de grands chefs d’or­chestre. Vous com­pre­nez à ce mo­ment que les chan­ge­ments de tempo ont un sens or­ga­nique, un sens d’en­semble, et qu’ils ne sont pas uni­que­ment le fruit d’une in­tui­tion char­mante.

Il y a plus de pia­nistes en ac­ti­vité au­jour­d’hui dans le monde qu’à aucun autre mo­ment de notre his­toire. Est-ce selon vous une bonne ou une mau­vaise chose ?
— Plus on en­re­gistre de disques et plus on a de chances d’en trou­ver des bons. C’est une ques­tion de pro­ba­bi­lité.

Louis Jou­vet di­sait que la base du tra­vail de l’ac­teur ré­si­dait dans l’art d’ai­mer et l’art d’ad­mi­rer, et il ajou­tait que, mal­heu­reu­se­ment, le théâtre était pra­ti­qué par des gens égoïstes et imbus d’eux-mêmes. Pen­sez-vous la même chose des mu­si­ciens ?
— Un in­ter­prète doit aimer son père, et son père, c’est le com­po­si­teur. S’il cri­tique son père ou s’il le dé­teste, il de­vrait plu­tôt es­sayer de de­ve­nir un com­po­si­teur lui-même.

Ou « tuer le père », comme disent les psy­cha­na­lystes. Ran­gez-vous Glenn Gould dans cette ca­té­go­rie ?
— C’est ainsi que je le res­sens. Il traite cer­tains com­po­si­teurs comme s’ils étaient ses en­ne­mis. Vi­si­ble­ment, cer­taines per­sonnes aiment ce trai­te­ment un peu… sau­vage.

Que pen­sez-vous de la dé­mo­cra­ti­sa­tion de la mu­sique clas­sique ? Est-ce une bonne nou­velle pour l’ave­nir de l’hu­ma­nité ou le signe d’un dé­clin de l’idée qu’on peut se faire du grand art ?
— Le grand art est aris­to­cra­tique par es­sence. Ce qui ne veut pas dire que la mu­sique clas­sique doit être un pri­vi­lège pour une poi­gnée de pri­vi­lé­giés. Je suis très heu­reux de consta­ter que de plus en plus de gens ont accès à cette belle mu­sique, mais en même temps l’ac­cès à une mu­sique plus pauvre est net­te­ment plus im­por­tant. En fait, il y aura tou­jours une mu­sique qui sera l’apa­nage d’un petit nombre de per­sonnes qui au­ront eu la chance d’y être fa­mi­lia­ri­sées. Pre­nez Haydn, par exemple : peu de gens savent à quel point il est un com­po­si­teur ex­tra­or­di­naire, qu’il a créé un uni­vers dans ses qua­tuors à cordes, qu’il a in­tro­duit de l’hu­mour dans sa mu­sique, qu’il a in­venté des formes. Il est un aven­tu­rier bien plus qu’un com­po­si­teur « clas­sique ». Cette prise de conscience re­lève en grande par­tie de la res­pon­sa­bi­lité des in­ter­prètes. Au final, je dirai qu’il existe deux sortes d’in­ter­prètes : ceux qui éclairent l’œuvre de l’ex­té­rieur et ceux qui illu­minent l’œuvre de l’in­té­rieur. Et cela, c’est beau­coup plus rare.

Et bien plus dif­fi­cile…
— Oui, cela im­plique beau­coup plus de tra­vail.

Écou­tez-vous par­fois de la mu­sique « pauvre » ou pré­ten­due telle : de la va­riété, du jazz, de la pop ?
— Je n’en écoute pas par plai­sir, elle existe par­tout et m’ir­rite sou­vent car elle est dif­fu­sée trop fort. Je res­pecte le jazz et je com­prends la né­ces­sité de ce style, mais ce n’est pas une mu­sique dont j’ai be­soin et qui me rend heu­reux.

Dans vos poèmes, édi­tés chez Chris­tian Bour­gois, qui était votre ami, votre sens de l’hu­mour, votre sens de l’ab­surde nous ré­vèlent une autre face de votre per­son­na­lité. D’où cela vous vient-il : de vos ra­cines mo­raves ou de l’An­gle­terre, votre pa­trie d’adop­tion ?
— Je ne sais pas. Même en Al­le­magne, il y a un sens de l’hu­mour ! Cu­rieu­se­ment, je ne le res­sens pas en France. Il y a de l’es­prit, oui, mais l’hu­mour, c’est autre chose… Et pour­tant, vous avez eu Ra­be­lais ! Il faut pou­voir ac­cep­ter ce qui a du sens et ce qui n’en a pas. C’est cela, l’hu­mour ! Et je crois que c’est plus dif­fi­cile pour cer­taines per­sonnes que pour d’autres.

Ai­mez-vous Paris ?
— Dans une pro­chaine vie, lorsque je pour­rai bien par­ler le fran­çais, je vi­vrai une par­tie de ma vie ici. Je suis tou­jours ravi de me pro­me­ner dans les rues de Paris, sur­tout si le so­leil brille. La beauté de cette ville va bien au-delà des autres cités du monde mo­derne. Un im­meuble moyen à Paris est plus beau que n’im­porte le­quel ailleurs.

Et vous avez une grande ad­mi­ra­tion pour le pia­niste fran­çais Al­fred Cor­tot…
— Oui. Je l’ai en­tendu en concert alors qu’il n’était plus qu’un ves­tige mu­si­cal, mais à cer­tains mo­ments, on pou­vait avoir une idée ce que qu’avait été son apo­gée. Ses en­re­gis­tre­ments des an­nées 1930 sont un exemple – non pas à imi­ter, bien sûr – pour com­prendre jus­qu’où on peut aller, c’est-à-dire le plus haut ni­veau d’ima­gi­na­tion so­nore qu’un pia­niste puisse at­teindre. Ses Pré­ludes de Cho­pin en­re­gis­trés à Londres en 1933-1934 (2) sont l’un des plus beaux disques de piano ja­mais réa­li­sés, tout comme son Concerto n° 4 de Saint-Saëns avec Charles Münch ou ses Va­ria­tions sym­pho­niques de Franck. Il était un chef d’or­chestre ad­miré par De­bussy, il a tra­vaillé à Bay­reuth, a créé des opé­ras de Wag­ner à Paris, puis, sitôt qu’il a cessé de di­ri­ger, il est par­venu au som­met de son art, au piano.

Pen­sez-vous que vos disques vous sur­vi­vront, mal­gré l’évo­lu­tion de la tech­no­lo­gie, ou que ce sont vos textes qui res­te­ront, car le texte reste en l’état ?
— Même quand le texte reste, le lan­gage évo­lue. On ne parle plus au­jour­d’hui comme au temps de Sha­kes­peare, Chau­cer (3) ou Ra­be­lais. J’es­père que quelques-uns de mes en­re­gis­tre­ments se­ront pré­ser­vés. Mais il fau­drait que ce soient les meilleurs et qu’ils sonnent tou­jours comme je les en­ten­dais.

Pro­pos re­cueillis par Oli­vier Bel­lamy

(1) Pia­niste et chef d’or­chestre du XIXe siècle, d’abord marié avec la fille de Liszt, Co­sima, avant que celle-ci n’épouse Wag­ner. Il a no­tam­ment créé la So­nate de Liszt et Tris­tan et Isolde de Wag­ner.
(2) Great Pia­nists of the XXth Cen­tury (vol. 21) 2CD
(3) Ecri­vain et poète du XIVe siècle, au­teur des Contes de Can­ter­bury

AL­FRED BREN­DEL

« Ce qui est in­té­res­sant pour moi, à mon âge, c’est que la mu­sique reste très vi­vante. Elle conti­nue à
se dé­ve­lop­per en moi, à gran­dir »

« La mu­sique est écrite, mais elle dort. L’in­ter­prète est là pour poser
un bai­ser afin qu’elle se ré­veille »

« Il existe deux sortes d’in­ter­prètes : ceux qui éclairent l’œuvre de l’ex­té­rieur et ceux qui illu­minent l’œuvre de
l’in­té­rieur. Et cela, c’est beau­coup
plus rare »

« J’es­père que quelques-uns de mes en­re­gis­tre­ments se­ront pré­ser­vés. Mais il fau­drait que ce soient les meilleurs et qu’ils sonnent tou­jours comme je les en­ten­dais »

Photo AFP / Getty images

1931
Naît à Wie­sen­berg, en Tché­co­slo­va­quie (au­jour­d’hui Loucná nad Des­nou en Ré­pu­blique tchèque).

1948
Pre­mier ré­ci­tal à Graz (Au­triche)

1952
Pu­blie son pre­mier disque.

1958
Pre­mier pia­niste à en­tre­prendre l’en­re­gis­tre­ment de l’œuvre in­té­gral pour piano de Bee­tho­ven, qu’il ter­mine en 1964

1970
Com­mence à en­re­gis­trer l’in­té­grale des concer­tos pour piano de Mo­zart avec Ne­ville Mar­ri­ner, finie en 1984.

2008
Der­nier concert à Vienne, le 18 dé­cembre

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Jazz en piano solo

Mediapart

 16 Avril 2012

Amorcer la semaine en jazz ? Oui, ce plaisir est accessible grâce au journaliste Claude Carrière,  qui publie Piano Solo Legends.

Cette anthologie réunit non seulement les pianistes de  jazz les mieux reconnus mais encore, choisies parmi des siècles d’enregistrements, des œuvres de grande qualité. « Les standards  « Honeysuckle Rose » et « ‘Round About Midnight » interprétés par leurs compositeurs respectifs, quoi de plus simple ? » objecterez-vous. Certes. Mais, outre le fait qu’il ne gâte jamais rien d’entendre Fats Waller ou Thelonious Monk, il est intéressant, plus rare aussi, d’entendre Bill Evans donner Lucky to be me, Dave Brubeck jouer The Duke ou  Hank Jones exécuter Gone with the wind. Un choix véritable, un délicieux divertissement dont il serait dommage de se priver.

 

La parole du jour : «Je me souviens que le premier microsillon que j’ai écouté était le concerto pour hautbois et orchestre de Cimarosa».

« Piano Solo Legends » Sélection musicale de Claude Carrière. Label Cristal Records. Distribution Harmonia Mundi

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Présidentielle : la filière musicale présente ses doléances

Musicologie

On y était | Hadopi, diversité musicale, offre légale étaient au programme d’une table ronde avec les politiques. Le PS a avancé l’idée de quotas sur Internet…

Le 12/04/2012 à 14h51
Odile de Plas

L’ennui guettait, et puis Hadopi est arrivé et l’habituelle guéguerre entre pro et anti a repris, avec son lot d’exagérations et de raccourcis savoureux (« les jeunes internautes qui piratent »). Mercredi 11 avril 2012, la filière musicale, réunie sous une nouvelle bannière, Tous pour la musique, recevait les représentants des candidats à la présidentielle. Objectif de la table ronde : obtenir de leur part des réponses concrètes pour soutenir une industrie musicale frappée par la crise. Terminées les dissensions internes, finies les querelles de clochers entre producteurs phonographiques, éditeurs, producteurs de spectacles et artistes… devant la gravité de la situation (50 % d’emplois supprimés en dix ans, Sony, qui vient d’annoncer 10 000 licenciements dans le monde…), l’industrie musicale fait front commun derrière Hadopi, plus déterminée que jamais à remonter la pente, pour peu que les pouvoirs publics lui garantisse « un cadre dans lequel prendre des risques », expliquait en préambule Stéphan Bourdoiseau, président de l’UPFI (Union des producteurs phonographiques français indépendants). Trois thèmes étaient à l’ordre du jour : amélioration de la diversité musicale dans la médias, développement de l’offre digitale légale, mise en œuvre du Centre national de la musique.

Ce CNM, qui rassemblerait toutes les structures d’aide et de soutien existantes (Centre national des variétés, Fonds d’action et d’initiative rock, Bureau export…) s’apparente à un guichet unique, inspiré du Centre national du cinéma. Comme lui, il serait financé par des redistributions (droits voisins, pourcentage de la billetterie…) et une partie de la taxe existante sur les fournisseurs d’accès à Internet. Confirmé par une loi cadre en janvier 2011, sa mise en place est prévue pour l’année 2013. Son utilité ne fait plus débat dans le monde de la culture, en dehors du Syndeac (représentant des scènes nationales principalement), qui redoute un démantèlement du ministère. Même consensus parmi les partis présents ce mardi (Front de gauche, EELV, Parti socialiste, UMP – invités, le FN et le Modem ne sont pas venus), qui reconnaissent tous l’intérêt du projet. A une réserve près : EELV s’inquiète de la transparence de gestion de ces établissements publics alors qu’un audit vient justement d’être demandé par le Sénat sur les comptes du CNC.

Consensus également au sujet de la diversité, doublé de quelques bonnes intentions : plus de francophonie ! Plus de découvertes ! De vraies émissions de variété ! Un CSA qui jouerait son rôle ! La gauche veut agir en amont (pour avoir de bons programmes, il faut créer le cadre, sortir de la culture de la rentabilité, attribuer équitablement les canaux de diffusion…). La droite en aval, qui titille les producteurs (« A vous de proposer des programmes créatifs : les Victoires de la musique sont décevantes ? Changez-les ! », suggère Franck Riester de l’UMP).

La surprise est venue d’ailleurs, d’une proposition de Christophe Girard (PS) : établir des quotas francophones sur Internet. Pas vis-à-vis de l’internaute (pour trois Beatles écoutés, un Bénabar d’office ?), mais sur les webradios et les mises en avant éditoriales sur les plateformes de distribution et de diffusion (achat ou streaming). « Une façon de diversifier l’offre faite aux internautes », a justifié le représentant du PS, soucieux également de rassurer la filière sur la suppression de l’Hadopi (« Elle sera transformée »). Sa proposition a rencontré un écho plutôt favorable dans l’assemblée. Elle ressemble fort pourtant à un verrou de plus posé sur Internet, avec le risque d’affadir un peu plus sa saveur à mesure que l’offre légale grandit. Quinze ans après la mise en place des quotas à la radio et à la télévision, le bilan est pourtant mitigé lorsqu’on se penche sur les chiffres de la filière. L’industrie musicale française existe encore (elle aurait disparu sans ces quotas, assurent les producteurs de disques), mais la diversité musicale n’a jamais été aussi faible qu’aujourd’hui à la radio et à la télé française, éteignant chaque jour un peu plus la création locale et la curiosité du public. Faut-il y voir un cercle vicieux ?

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